XVI® SIÈCLE. FRANÇOIS
nent les mêmes mesures que si Pennemi était sous les murs de la ville; on tend les chaînes surlaSaône^ àPierre-Scise et à Ainay. Toutes les barques sur la rivière sont enchaînées; douze bateliers aux ports Saint-Paul et de Roanne feront passer les citoyens d'une rive à l'autre , mais seulement depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir.
Les mauvais jours du royaume* étaient revenus : malgré les plus déplorables exemples, on n'avait pas changé de politique, et la fortune de la France était toujours intimement liée à celle du roi. Maître de la personne de François P', Charles-Quint Tétait en même temps d'une partie des états du roi vaincu , quoiqu'il n'y eût pas encore un seul Espagnol sur le sol français. Il abusa de sa victoire , et rendit la captivité de son prisonnier la plus dure possible , afin d'obtenir des concessions meilleures. C'est le démembrement de la France qu'il voulait. Fatigué de son emprisonnement et inquiet sur l'avenir, le roi vaincu accepta sans débat les conditions les plus humiliantes , et signa un traité qu'il était bien résolu de ne pas tenir. Ni la Provence , ni le Lyonnais n'auraient consenti à redevenir terres impériales : un roi de France , même au seizième siècle , n'avait pas le droit d'aliéner une partie du royaume. La rançon du roi fut fixée à la somme énorme de trois milUons d'écus ; chaque bonne ville eut son contingent à fournir : on taxa Lyon à trente-cinq mille écus, payables dans un bref délai.
Cet inmiense désastre de Pavie, et l'épuisement du royaume qui en fut le résultat , eurent de funestes conséquences ; toute la force morale de Tautorité disparut. Il y avait tant de misère, la guerre et les agents du fisc avaient réduit les Français humiUés à une détresse si grande , qu'un bouleversement général paraissait imminent. De bien petites causes eurent à Lyon, en 1529, de fâcheux effets ; une émeute soudaine troubla la tranquillité publique pendant plusieurs jours. Obligé de pourvoir à la réparation des fortifications, et manquant d'argent, le consulat avait mis un léger impôt sur quelques denrées : ce fut un prétexte pour des gens mal intentionnés. Il y avait eu cette année une longue sécheresse et une mauvaise récolte ; le blé s'était élevé au prix inouï de trente-cinq sous le bichet; on se plaignait de la cherté et de la mauvaise qualité du pain. Plusieurs attroupe-
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ments se formèrent dans les rues et sur les places publiques; des ouvriers , qui se disaient bien informés , parlaient d'accaparements du blé par les riches, pour afiamer le peuple ; ils furent écoutés j et le mécontentement des classes pauvres se manifesta par une explosion terrible. Une masse compacte de plus de deux mille hommes, précédés de plusieurs centaines de femmes furieuses, se précipita dans les rues, criant contre la rapacité des riches , et demandant la visite de leurs maisons. On entendait partout le tocsin sonner, et d'heure en heure le tumulte devenait plus considérable. La £o\i\e irritée se ruait sur les maisons qu'on lui désignait , brisait les portes et envahissait tous les appartements , depuis la cave jusqu'au grenier. Elle n'allait plus à la recherche des prétendus accaparements de blé; son but, c'était la dévastation et le pillage. Ivres du vin dont ils s'étaient gorgés, ces forcenés tantôt défonçaient les tonneaux et tantôt les montaient dans la rue; puis ils contraignaient les passants à boire avec eux. Symphorien Champier s'était rendu odieux au peuple par ses prétentions aristocratiques et par la hauteur de ses manières ; sa maison fut ravagée et détruite : elle était située au coin de la rue qui porte aujourd'hui le nom de ce savant. Celle d'Humbert Gimbre fiit menacée ; ce riche marchand était au moment de marier deux filles : averti des mauvaises dispositions du peuple , il s'enferma chez lui et barricada portes et fenêtres ; mais les pillards n'abandonnèrent pas leur proie. Us pénétrèrent dans la maison voisine; parvenus sur le toit, quelques-uns d'entre eux passèrent , par la fenêtre d'un grenier, dans l'habitation de leur victime : Gimbre avait eu le bonheur de fiiir. Un pauvre pâtissier fat tué au sac de la maison Champier. Quelques citoyens , moins endurants que les autres , résistèrent courageusement : ainsi le baron d'Yoin, de la maison deFougières, chargea avec vigueur les gens de l'émeute , suivi seulement de trois de ses valets; il blessa quelques-uns d'entre eux, et repoussa les autres. On avait fait croire à la multitude qu'il y avait du blé et des armes au monastère de l'ïle-Barbe; elle y courut avec la même fureur : c'est en vain que les religieux essayèrent de la calmer en lui ouvrant leurs portes eux-mêmts; il y eut aussi chez eux des scènes de violence et de pillage. L'émeute fut maîtresse de Lyon pendant plusieurs jours.