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n était urgent de prendre des mesures énergiques pour rétablir le bon ordre. Ce fot inutilement que , pour ôter tout prétexte à la révolte , les conseillers avaient fait entrer dans la ville une grande quantité de blé , le désordre continua. Trop faible d*abord pour résister, le gouverneur Pompone Trivulce réunit les forces dont il disposait à celles qui étaient aux ordres d'Antoine Varey; le sieur de Boutières fournit un détachement de cent hommes d'armes. Ces troupes s'introduisirent dans Lyon en silence , et par petits pelotons, pour n'inspirer aucune défiance ; quand elles furent réunies , Trivulce marcha aux hommes de l'émeute ; ils ne firent qu'une faible résistance. On dressa huit potences en diverses places, à la porte du Rhône , devant l'Hôtel-Dieu, au Puits-Pelu , aux Cordeliers , à la porte de la Lanterne , et au pont de la Saône; les plus coupables furent jugés et pendus. Un pauvre prêtre étranger se trouvait parmi les condamnés , il avait été saisi parmi les pillards; on le pendit, mais la corde se rompit et le gibet tomba. Sa délivrance parut un jugement de Dieu ; on le laissa aller : arrêté par la foule dans la rue , il avait été contraint de la suivre. Grand nombre d'ouvriers avaient pris la fuite ; le prévôt de l'hôtel fit faire des battues à la Pape , à M iribel et à M eyzieux : tel fut le sanglant dénouement de ce désordre, que plus de prudence et une meilleure police auraient prévenu peut-être. *
Lyon rentra dans son calme accoutumé ; il en sortit à l'occasion de la délivrance des enfants de France, rendus à leur père par Charles-Quint , en échange de beaucoup d'or. Toutes les bonnes villes avaient été invitées à signaler leur allégresse officielle par des fêtes; le consulat fit de grands préparatife. n ordonna la fermeture des boutiques et la suspension des affaires commerciales pendant trois jours , et la représentation de moralités et de mystères sur des théâtres élevés à la Grenette
1. — Symphorien Champier a été ThMlorien de l'émeute du 25 août 1529; voici le litre du livre dans lequel il la raconte :
m Cy commence ung petit livre de lantiquite , origine et noblesse de la ires antique cite ^e Lyon ; ensemble de la rebeync et coniuration ou rébellion du populaire de la dicte ville contre les conseillers de la cite et notables marchans» i cause des bleds : faicte ceste présente année mil cinq cens XXIX , ung dimenche iour sainct Marc. » Lyon (sans date), tmiwAMt à liste galiqtie dicte Lyonnoise , gr. in-8'' goth.
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et aux Cordeliers. Dès le matin les cloches des paroisses sonnaient à triple carillon ; il y eut de belles processions , et des jeux de toutes sortes. Quand la nuit était venue , on allumait des feux de joie sur les places publiques ; un bateau chargé de bois brûla sur la Saône, au grand plaisir des spectateurs. n y eut des distributions gratuites de vivres , et grand nombre de citoyens manifestèrent leurs sentiments de dévouement à la famille royale par d'ingénieux emblèmes placés devant leurs fenêtres et éclairés pendant la nuit. Mais l'entrée solennelle , à Lyon , d'Eléonore d'Autriche lut un spectacle bien plus pompeux encore ; elle a marqué parmi les plus belles cérémonies de ce genre. Partie de TIle-Barbe sur un bateau éléganmfient orné , la reine , entourée de sa cour , s'arrêta au bourg de Vaise, et, montée sur une estrade , vit défiler devant elle tout le cortège. Les chanoines-comtes et les ojB&ciers de l'archevêché ouvraient la marche; venaient ensuite le lieutenant-général de la sénéchaussée et les officiers royaux , vêtus de belles casaques à manches de satin bleu, et tenant à la main un bâton blanc semé de fleurs de lis ; ils précédaient le gouverneur, qu'entourait un groupe de chevaliers et de barons. On vit ensuite défiler les cent vingt arquebusiers de la ville, la compagnie des soixantedix Florentins en pourpoints de velours noir et en hauts-dechausse de satin cramoisi tailladé et brodé , le pennonage du Bourg-Chanin , puis les principaux corps de métiers , parmi lesquels on remarquait cent cinquante pelletiers habillés de noir, et galanunent parés sur la manche de la devise de la reine ; et deux cents imprimeurs habillés de satin cramoisi et de satin vert, et portant aussi la devise d'Eléonore sur la manche droite. Le capitaine des enfants de la ville les suivait : il avait un brillant costume fiiit d'une toile d'argent et d'or ; puis venaient les marchands étrangers, lucquois, allemands, savoyards, très bien parés ; les bourgeois notables , et à leur suite une troupe d'enfants de la ville , tous à cheval, tous vêtus , soit de drap d'or ou d'argent, soit de satin et de velours cramoisi , et précédés de laquais en livrée. Enfin,douze trompettes, également couverts de la livrée de la ville , et les mandeurs ou massiers , deux bâtons à la main et revêtus d'une tunique dont la manche était ornée d'un lion brodé , marchaient devant les douze conseillers-éche-
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vins, qui étaient parés de leurs belles robes de satin doublées de velours. Eléonore d'Autriche et François parurent très sensibles à la bonne réception qui leur était faite; la ville leur donna de superbes fêtes, à Tune desquelles parut Taimable poète Jean Second. Cest vers ce temps que la Bretagne fut définitivement réunie à la France.
La guerre avait recommencé avec vivacité ; elle était entretenue par Tanimosité qui existait entre les deux monarques. Charles-Quint envahit la Provence avec une formidable armée; François accourut à Lyon pour organiser une vigoureuse défense. C'est pendant son séjour dans cette ville (1536) qu'il accorda à la fabrique des étoflTes de soie cette protection don les résultats lurent si heureux; nous verrons bientôt cette précieuse industrie définitivement naturalisée sur les bords de la Saône , et en pleine prospérité. Un événement funeste signala la même année : fatigué d'un exercice violent et ayant très chaud, le dauphin but imprudemment un verre d'eau firoide ; il se sentit aussitôt indisposé , mais ne tint aucun compte du malaise qu'il éprouvait, et partit pour Tournon. A peine arrivé dans cette ville, le jeune prince tomba gravement malade et mourut. On crut qu'il avait élé empoisonné par l'ordre de l'empereur Charles-Quint; François, qui en était persuadé , livra aux tribunaux le comte de Montécuculli, qu'un arrêt du grand conseil déclara coupable de ce crime et condamna à mort : rien cependant n'était moins démontré. Montécuculli fut écartelé sur la place Grenette , en présence du roi et de ses courtisans qui eurent le triste courage d'assister à cet affreux spectacle. François quitta Lyon bientôt après; les deux monarques rivaux, fatigués de leurs longues querelles, et dans l'impuissance de se détruire l'un l'autre, signèrent enfin une paix définitive à Crespy en Valois. Quelque temps auparavant > Charles avait eu assez de confiance dans la loyauté de son viei ennemi pour traverser la France , en allant en Flandre réprimer une révolte des Gantois ; François lui donna des fêtes magnifiques, et ne céda point au conseil qu'il reçut de mettre à profit l'imprudence de l'empereur. Le roi redoubla de rigueur contre les protestants de ses états pendant les dernières années de son règne ; il autorisa ou plutôt ordonna l'épouvantable massacre de la population vaudoise do (vabrières : vingt - deux bourgs ou