HENRI 11 A LYON. XVI® 81ÈCLE
chambre et la garde suisse renvironnaient. Il avait auprès de lui les princes , les cardinaux , le grand écuygr, et une troupe dorée de seigneurs et de pages : c'était un coup d'œil magnifique.
Tout le royal cortège défila devant un obélisque haut de soixante-trois pieds , sur lequel on lisait cette inscription :
TOTIVS GALLIifi RESTAVRATOai M. PLANCVS LVGDVNI RESTAVRATOR.
Un croissant d'argent couronnait cette pyramide; on y avait inscrit ces paroles : nomen qvi terminât astris. Mais ce qui appelait davantage encore l'attention, c'était une petite forêt placée à droite de l'obélisque et remplie de cerfs, de biches et de chevreuils , que poursuivaient Diane et ses nymphes en habits élégants de chasse. Quand le roi parut, Diane s'empara d'un lion, l'amena prisonnier aux pieds de Henri, et prononça un fort joli compliment en vers. On avait élevé sur plusieurs points des arcs de triomphe , et on rencontrait à chaque pas des inscriptions , des devises et des allégories analogues à la circonstance. Toutes les rues et même l'intérieur des boutiques , sur le passage du cortège, étaient revêtus de tentures de soie, de velours et même de drap d'or ; on croirait lire les Mille et une Nuits.
Henri fut reçu sous un riche dais à la première des portes de la ville, celle de Bourgneuf, par quatre des plus anciens conseillers. Il rencontra bientôt après sur sa route , sur deux autels antiques, deux jeunes et jolies Lyonnaises : elles représentaient symboliquement, l'une la vertu et l'autre l'immortalité. Le Rhône et la Saône, sous la forme de deux figures colossales , attendaient le roi à l'arc de triomphe du port Saint-Paul, appuyés sur leurs urnes qui versaient, l'une du vin rouge et l'autre du vin blanc. On vit, à la place du Change, le spectacle allégorique de la ville de Lyon entre Neptune et Pallas ; les deux divinités se disputèrent l'honneur de la nommer : Neptune, frappant la terre de son trident, en fit sortir un cheval, et d'un coup de sa lance Minerve donna naissance à un olivier. Le roi continua sa marche jusqu'à la cathédrale , où se trouvaient pour le recevoir le cardinal de Ferrare, archevêque de Lyon , et les hauts dignitaires du clergé. Il fut conduit au palais, qui avait été décoré avec la plus grande somptuosité.
Ainsi finit cette splendide journée, que le roi , cependant, dut trouver plus d'une fois bien fatigante ; il y eut le lendemain une
seconde représentation de toutes les cérémonies pour l'entrée de la reine, sans autre c^ngement que la substitution des couleurs de Catherine à celles du roi. La ville donna à ses illustres hôtes le spectacle de la Calandra , jouée par des comédiens qu'on avait fait venir tout exprès d'au-delà les monts , et celui d'une représentation dramatique d'un genre extraordinaire, une naumachie à rantique.Toutle port en face du palais archiépiscopal était rempli de gondoles, de galères, de bucentaures et d'autres navires. *