‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 248 sur 262 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Al- XV!' SièCLE.

^ i. Travaux publics : fortifleations , eneetiUe de !• tîllê ; maisons et mes.'- % 5. Commerce : monnaies, doaaneâ, fabrique de drapa d'or, fabrique de soieries; Etienne TarquelU , Barthélemi Narix , et Thomas Gadagne. — § 3. Secours publics : hôpital du pont du Rhône , Aumône générale ; François Rabelais , médecin de l'Hôtel-Dieu; prix du pain à Ljmn au seliUme siècle ; Jean Kléberg. — | 4. Mœurs publiques : relâchement dans les monastères; un exorcisme au couTcnt des dames de Saint-Pierre ; fêtes de U Basoche ; chevauchée de l'âne. — § K. Instruction publique: collège de la Trinité; Barthélemi Aneau, Hillieu , Ducber. — § 6. Beaux-Arts : Philibert Delorroe. — % 7, LUmprimerie à Lyon : Sébastien : Gryphe , Guillaume Roville, Etienne Dolet , Jean de Tournes, Cardon, etc.; marques des imprimeurs lyonnais; bibliothèque de Jean Grollier. — % 8. Littérature : l'académie de Foorrièrtf. -« Archéologie : Belliévre, Champier, Paradin, da Choul , Court, Bullioud, etc. ; Erasme à Lyon. — Art dramatique : mystères, soties, moralités. Aneau, Matthieu ; théâtre de Jean Neyron. — Poe'sies : Clément Murot & Lyon ; Jacques Brunel, Trellon. — Femmes lyonnaises : Louise Labé, Cléraenee de Bourges, Pernette du Guillet, etc.

§ I. Le seizième siècle fut la plus belle époque de la civrlisation lyonnaise; on ne vit, en effet, en aucun temps un essor si général et si grand de la pensée , et un nombre si considérable de personnages distingués dans tous les genres. Toutes les branches principales des connaissances humaines prospérèrent avec une vigueur égale pendant cette période si intéressante de nos annales :, il y avait alors à Lyon, non-seulement des historiens , des savants et des poètes , mais encore des architectes , des imprimeurs du plus grand mérite et d'habiles médecins'. L'art dramatique, de plus en plus aimé du peuple,

I. — « Lyon, dit M. de SaiDte-B«uve, était un centre plus h portée de l'Italie , et qui gagnait à ce voisinage quelques rayons plus liâlifs de cette docte et bénigne influence ; Lyon avançait, on peut te dir(! , sur le reste de nus provinces , et peut-être, è certains égards ^ sur la capitale. Des Florentins en grand nombre, à chaque trouble survenu dans la république de Médicis» avaient émigré sur ce point et y avaient fondé une espèce de colonie qui continuait d'associer, comme dans la pntrie première , l'instinct et le génie du négoce au noble goôl des arts et des lettres,» {Portrattn divers, III, 161.)

éprouvait une transformation nouvelle ^ au temps même où la ' fabrique des étoffes de soie s'établissait enfin parmi nous sur de grandes proportions. Tandis qu^on bâtissait des quais et des rues mieux percées, qu'ornaient des maisons mieux construites, toute cette population d'intelligences supérieures, que Lyon possédait alors , donnait à la société une vive impulsion : du Ghoul , Claude Bellièvre , pendant son séjour à Lyon , et Louise Labé réunissaient, dans leurs salons, de brillantes assemblées d'hommes et de femmes de mérite , à l'époque où la bienfaisance des citoyens créait l'Aumône générale , et l'institution du collège célèbre de la Trinité était contemporaine du magnifique portail de Saint -Nizier. Lyon non -seulement produisait un nombre remarquable d'esprits d'élite , il donnait encore asile à des écrivains d'une haute célébrité. Aucune ville, en France, n'éprouva au même degré l'influence de la renaissance, et ne prit un rang si distingué dans la civilisation.

C'est par l'étude des améliorations matérielles que je commencerai le tableau des progrès de l'esprit humain pendant le seizième siècle : une des plus considérables fut l'établissement d'une bonne ligne de défense, de l'ouest à l'est, et l'exécution de grands travaux pour les fortifications.

La guerre devenait un art de plus en plus savant; elle disposait de puissants moyens d'attaque, contre lesquels les tours rondes ou carrées , et les murailles grossières du moyen-àge , ne présentaient qu'une vaine résistance. Une révolution complète dans les moyens de défense des villes avait été le résultat du développement qu'avait reçu l'art de l'artillerie depuis Louis XI; elle n'était point encore appliquée à la vaste enceinte de Lyon. Cependant des guerres continuelles et souvent malheureuses exposaient fréquemment la seconde ville du royaume aux chances d'un siège; elle n'était point fermée, et il importait beaucoup de la mettre à l'abri des insultes de l'étranger.

On a vu quels travaux de fortifications avaient été exécutés sous Louis XI , Charles VIII et Louis XII: très imparfaits en euxmêmes, ils étaient cependant quelque chose, et suffisaient pour mettre la ville à l'abri d'un coup de main. Mais il n'y avait point de ligne de défense , suffisante du moins , du côté de la Savoie et de la Suisse, de la Saône au Rhône, à partir du bourg de

Vaise jusqu'à la porte Saint -Clair. Des lettres- patentes de Louis XII, données en 1512, pourvurent à cette lacune : il fiit décidé qu^une grosse et puissante muraille, garnie de tours, de boulevards et de bastions, partirait de la rive gauche de la rivière , monterait sur le plateau de la Croix-Rousse , enfermerait toute la colline Saint-Sébastien , et viendrait finir sur la rive droite du fleuve. On avait creusé autrefois , sur plusieurs points dans cette direction , un large fossé dont les particuliers s'étaient emparés pour le transformer en jardins; ces emplacements utiles furent restitués à la ligne de défense, et FEtat en reprit possession.

La dépense devait être nécessairement fort considérable ; comment y suffire ? Lyon n'avait qu'un très faible revenu , et le royaume était trop obéré pour exécuter à ses frais des travaux qui cependant auraient dû être à sa charge. Le roi ordonna de prélever, pendant six ans, sur les droits d'octroi, une somme qui serait affectée aux fortifications. Il taxa l'Eglise de Lyon , alors si riche ; il n'y eut d'exempts que le chapitre de Saint-Just et les religieux de Saint-Irénée , dont le domicile était en dehors de la ligne de défense. Ces ressources financières étaient insuffisantes; aussi vit-on de fréquentes interruptions dans les travaux : il fallut plus d'un siècle pour les terminer.

On commença en 1513. François P' donna une grande impulsion à ces constructions pendant les premières années de son règne ; il les poussa avec activité , et détermina les servitudes militaires à ces limites : un quart de lieue au dehors de la muraille , et quarante pas en dedans. Il y avait déjà beaucoup de fait en 152ft, mais il restait encore plus à faire quand survint la funeste journée de Pavie. On continua les travaux avec plus de diligence, lorsque l'imminence du danger eut mieux fait connaître encore leur nécessité ; ils étaient assez avancés en 1539 pour que le gouvernement permît la démolition de quelques débris inutiles d'anciennes fortifications , entre autres , dans le cœur même de la ville , celle d'un vieux mur qui traversait le fossé de la Lanterne. Enfin , vers le miUeu du seizième siècle , la muraille bastionnée s'étendait, sans lacune-, de la Saône au fleuve, et ce côté de la ville était garanti. Mais d'autres points n'étaient pas défendus : ainsi , au Midi ^ la presqu'île était ouverte et acces-

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sible sur tous les points, 11 n'y avait là que l'insuffisante enceinte du temps de Charles V. Du côté du Nord on construisit, dans la seconde moitié du quinzième siècle , cette muraille bastionnée qui, partant de la rive droite de la Saône, vis-à-vis du fort Saint- Jean, gravissait rextrémité Nord du plateau de Four\'ière, et allait se relier aux anciennes fortifications. On a vu ailleurs qu'elle avait été construite avec peu de soin et de solidité. Quand la nouvelle enceinte fut près de son achèvement , on démolit les fausses portes du Griffon, de Saint-Marcel et de la Lanterne, devenues inutiles. *

Le seizième siècle ne vit pas finir l'enceinte de la Croix- Rousse ; elle ne fut terminée qu'en 1620. Cette ligne de défense, alors complète , se composait de neuf bastions liés par une mu-

1. — Une lettre (publiée par M. Breghot), sigoée du nom gracieux de Diane de Poitiers, se rnpporle aux fossés de la Lanterne; on y trouve quelques renseignements curieux:

J Mestietirs les eschevins et conseillers de la ville de Lyon , à Lyon,

m Messieurs . j'ay entendu par ma niepce de Sainct Pierre , comme il y a quHque temps que pour agrandir les fossés de votre ville vous auriez prins quelques maisons et jardins sur les fossés de la Lanterne qui estoient de la directe et censive de son monastère de Sainct Pierre pour convertir en fossés , et que despuys le roy auroit faict faire les murailles et fossés pour la deffense de la ville beaucoup plus liault vers Sainct Sebastien , à raison de quoy à présent lesdicls vieulx murs et fossés de la Lanterne ne servent de rien , et pour ce que vouliez abbaltre lesd. murailles et combler lesd. fossés et les nbeneviser et bailler à rente à des particuliers , cl que j'ay esté adverlie que lad. muraille que vouliez abattre est bien près de celle de Indicte abbaye de Sainct PieiTC , et n'y a que une petite ruetlc entre deulx , et que estant la vostre abbattue , celle dud. monastère demeurera bien foible pour re^pondre aux passages , vents et pluyes , et pour ce je vous ay bien voulu prier bien fort , d'autant qu'il me semble estre fort raisonnable , ou de leor bailler ladite ruette et vieilles murailles , ou pour le moins leur rendre leur directe et rente des maisons qui se mouvoient d'elles , qui ont esté occupées pour faire lesd. fossés que l'on remplis! à présent , et seroil contre toute raison que vous eussiez le leur et de ce vous approprier , et parce que j'ay esté advertie que aulcuns veullent dire que leur baillant lesd. murailles , ce seroit dilformer la place qu'on vcnlt faire , certes j'ay esté informée par gens de bien que n'y aura autcune difformité ny incommodité, parce que la place sera plus grande qu'il ne s'en apparoistra rien ; et par ce je vous prye, messieurs , ne vous arresler en si peu de chose, mesmc que leur rente et censive vault mieux , et que cela sera employé à l'honneur de Dieu et de lad. religion , et pour empescher que si l'on bastissoit de l'atiltre costé qu'on ne veist dans lad. religion , comme l'on feroit facilement, vous assurant que si en cela vous leur faictes ce plaisir et œuvre charitable que je le cognoistrai en tous endroicts où vous me vouidrez employer; et sur ce , messieurs . je prye Dieu vous donner ce qucplus desirez. De Bloys , ce XXVII jour de janvier Tan mil cinq cens cinquante-cinq.

•• V.re byen bonne amye ,

« ( Signé ) Diane de Poytiebs. »

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