‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 250 sur 262 · GOMMEBCE, DOUANE, MONNAIES. — XVI® SIÈCLE · texte numérisé non relu

GOMMEBCE, DOUANE, MONNAIES. — XVI® SIÈCLE

périté : son commerce , de plus en plus considérable , s'était enrichi d'une industrie qui devait en devenir le principal objet.

S II. Les colonies des marchands étrangers établis à Lyon se maintinrent florissantes pendant le cours entier du seizième siècle; elles formaient des corporations distinctes, et ne se confondirent avec la population que dans Fâge suivant. On les voit figurer aux cérémonies publiques et aux entrées solennelles des princes : Florentins , Lucquois , Génois, Vénitiens , Allemands y paraissent en groupes séparés et sous des costumes différents. Tous ces étrangers s'occupaient-ils d'affaires de banque ? ne vivaient-ils que des transactions commerciales qu'amenaient les foires franches ? c'est ce qu'il est difficile de croire. Beaucoup s'occupaient du commerce d'exportation, d'autres du transit : Lyon était un des grands marchés de l'Europe , tout y venait , tout y passait. Chacune des nations italiennes qui y étaient domiciliées s'y approvisionnait des marchandises à sa convenance, et l'Allemagne faisait de même. On a compté , à cette époque , jusqu'à douze variétés des monnaies de cette ville ; mais les monnaies étrangères y circulaient en bien plus grand nombre. '

Un édit de Charles IX institua un tribunal pour juger les contestations auxquelles la perception des droits de douane donnerait lieu. Us n'étaient établis, avant François P"", que sur les draps d'or et de soie fabriqués à l'étranger; mais on les étendit aux matières premières, c'est-à-dire aux soies teintes ou cuites envoyées par le comtat Venaissin ou par l'Italie. Fixés d'abord à cinq pour cent , ils furent bientôt augmentés de moitié. La douane de Lyon prit une extension considérable à la fin du seizième siècle; elle recevait toutes les provenances du Levant, et des marchandises d'Angleterre et d'Allemagne en transit pour l'Espagne ou l'Italie. Mais le commerce du Nord ne tarda pas à s'ouvrir avec le Midi une route plus directe et moins onéreuse.

Une des branches de commerce les plus prospères , c'était celle

1. — Lyon fit frapper, en 1499^ h VUà\e\ de la Monnaie , une médaille en Thonneur de Loais XII et de la reine Anne; l'effigie est en buste: c'était alors une nouveauté. Une autre médaille était sortie quelques années auparavant des mêmes ateliers ; elle présente l'effigie de Charles VIII, et la ville de Lyon j prend celte légende : lvgdvni rbspvblica. caydetb. C'est une pièce fort curieuse ; elle est gravée dans le Sylloge nnmismatum de Luckius.

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des draps d'or et de soie ; Lyon les tiraîl en grande quantité de ritalie , soit pour sa consommation , soit pour les exportations dans le Nord. On a dit que des bas de soie parurent pour la première fois aux noces de la sœur de Henri II , portés par le roi de France, et qu'ils furent considérés comme un grand objet de luxe : reproduite cent fois sans discussion, cette anecdote, (ju'aucune autorité compétente n'appuie , supporterait difficilement un examen sérieux. S'il n'est question que de la fabrication des bas, elle peut être admise jusqu'à vérification ; quant aux vêtements de soie , ils n'étaient ni rares ni chers à Lyon pendant le seizième siècle. Qu'on lise les relations officielles de l'entrée des souverains , on voit des corps nombreux de métiers y figurer parés de satin , de velours et de damas. C'est avec ces tissus précieux qu'on décore les estrades élevées dans les rues et sur les places publiques pour la représentation des mystères : on consommait donc beaucoup d'étojSes de soie. Un fait d'un autre ordre le démontre : c'est le revenu de la ferme de l'entrée des drapS de soie , d'or et d'argent ; il figura bientôt pour un chiffre important dans le budget de la cité. De riches marchands offrirent , en échange de la concession de cette ferme , une forte contribution annuelle , destinée à pourvoir à la dépense des fortifications. Quand François P' devint roi , la ville de Lyon sollicita la ferme de l'entrée des draps de soie , avec l'intention de la remettre aux marchands lucquois et florentins, et proposa , comme prix de ce privilège, l'avance au gouvernement d'une somme de cinquante mille écus.

Mais il y avait quelque chose de mieux à faire : c'était de fabriquer à Lyon même les velours , les satins , les damas , les draps de soie ; c'était d'affranchir la France du tribut qu'elle payait , pour ces tissus , à l'ItaUe. Il y avait dans la ville des ateliers de tissage depuis longtemps ; c'est ce que démontrent les leltrespatentes de Louis XI en date du 24 novembre i 466 , qu'on a lues plus haut. Cette fabrication ne s'y était point introduite sans rencontrer des obstacles , même de la part des échevins , qui réclamèrent d'abord contre les lettres-patentes du roi , mais dont l'erreur ne fut pas de longue durée. Cependant les métiers étaient en petit nombre et produisaient peu ; il n'y avait pas de capitalistes disposés à les soutenir : on ne peut guère les considérer.

de \ 466 à 1 536, que comme des essais médiocrement encouragés On ne fabriquait à Lyon ni velours ni damas, et c'était toujours de rilalie qu'on tirait à grands frais les tissus d'or , d'argent et de soie.

Il y avait à Lyon , en 1 536 , deux étrangers , ouvriers selon les uns , marchands selon les autres , tous deux de Gherasco en Piémont ^ , et nommés l'un Barthélemi Nariz , et l'autre Etienne Turquetti. Etaient-ils fabricants ou marchands d'étoffes de soie? avaient-ils dés métiers, ou se bornaient-ils à faire venir d'Italie , en commission, les draps de soie? il est certain qu'ils n'étaient pas tisseurs. Ces deux hommes se présentèrent, aux conseillers de la ville , et leur dirent que, s'ils pouvaient obtenir des privilèges semblables à ceux dont jouissait la fabrique de Tours, ils feraient venir des ouvriers de leur pays, et qu'ils établiraient de grands ateliers. Ils montrèrent des échantillons d'étoffes tissées à Lyon , comme garantie de ce qu'on pourrait faire ; elles soutinrent très bien la comparaison avec celles de Gênes. Il s'agissait de l'importation à Lyon d'une industrie qui retiendrait en France les sommes considérables d'argent que coûtaient les draps de soie italiens: à cette proposition, les conseillers -échevins répondirent par l'expression de quelques doutes ; mais l'insistance de Nariz et de Turquetti , appuyée des sollicitations de quelques hommes éclairés, triompha de cette hésitation. La ville prêta aux deux entrepreneurs une petite somme , qui leur suffit pour monter dans le quartier Saint-George trois métiers , auprès desquels vinrent s'installer un chaudron de teinture et quelques rouets. Telle fiit l'humble origine de la fabrique de Lyon, dont l'inventaire, trois siècles plus tard, constata la présence de trente mille métiers et de quatre-vingt mille ouvriers employés, sous divers titres , à l'exploitation de cette immense industrie.

Ce n'étaient ni l'argent ni les encouragements qui pouvaient manquer à Barthélemi Nariz et à Etienne Turquetti , mais trou-

1. — Ce nom est altéré de plusieurs manières dans les historiens; on le trouve écrit ainsi: Quieré , Chiers, Zuiers. Mêmes variations sur la patrie des deux marchands : on les a dits florentins , Incquois, piémontais , génois ; même désaccord sur leurs prénoms. Ces dissidences sont parfaitement insignifiantes ; le fait seul importe. Barthélemi Nariz et Etienne Turquetti sont les véritables créateurs de la fabrique d'étoffes de soie à Lyon ; elle n*a point été établie «laus celte ville par les mivriers lucquois. — Voy"7. le règne de Henri IV.

veraient-ils des ouvriers habiles et en nombre suflBsant? 11 fallait nécessairement les faire venir de l'étranger , par l'attrait d'un salaire considérable et de grands privilèges. Les deux Piémontais avaient beaucoup de relations avec les fabriques de soieries de Gènes; ils comptaient sur elles pour l'établissement de leurs ateliers. Le consulat sollicita ces privilèges; François P*" était à Lyon; il agréa une requête dont l'objet importait si fort au pays. Ses lettres-patentes du mois d'octobre 1536, contresignées Boucherel et vérifiées en parlement au mois d'août de l'année suivante, permettent à Turquetti, à Nariz, aux ouvriers de Gênes et de toute autre nation étrangère, de venir habiter Lyon avec leurs femmes et leurs enfants , pour travailler au tissage des étoflPes de soie. Elles leur accordent le droit d'acquérir des biens meubles et immeubles en France, et d'en disposer comme bon leur semblera et au profit de qui il leur plaira , sans droits à payer et sans être tenus de -se faire naturaliser français. Ces ouvriers sont déclarés francs de tous impôts, tailles, emprunts, guets et gardes, sinon dans le cas de nécessité urgente, et reconnus en possession de tous les droits octroyés aux ouvriers de Tours , sous la seule condition de se présenter au consulat en arrivant à Lyon , et de faire inscrire leurs noms et sur^ noms sur les registres de l'Hôtel-de-Ville. Nariz et Turquetti tirèrent grand parti de ces lettres-patentes ; leurs sollicitations pressantes et l'offre d'un fort salaire déterminèrent beaucoup d'ouvriers génois et lucquois à venir à Lyon fabriquer des draps de soie. On organisa des ateliers de teinture et de dévidage ; les essais réussirent. Alléchés par les gains considérables que Élisaient les deux Piémontais, des concurrents étabhrent des ateliei^s dans de plus amples proportions; ils avaient promis de monter vingt métiers , et en mirent sur pied plus de cinquante. Lyon vit augmenter rapidement sa population et sa prospérité; on y comptait déjà , en i 554 , douze mille ouvriers employés, à divers titres, à la fabrication des tissus de soie. Us ne suffisaient cependant pas à tous les besoins de la consommation , et une grande quantité d'étoffes, fabriquées à Troyes et même à Gênes, arrivait encore sur le marché à l'époque des foires. Cette concurrence inquiéta les tisseurs lyonnais ; ils ne la supportaient pas sans beaucoup de difficultés : leurs rivaux avaient un avantage

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