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aux pauvres , elle avait dénoncé les abus : radininisiration consulaire le menaça de poursuite ; il se rétracta.
On ne saurait méconnaître cependant une améliorration dans la condition matérielle des classes inférieures : magistrats et marchands s'efforçaient à Fenvi de la rendre plus douce, au moyen, soit des institutions de charité, soit du travail. La société lyonnaise, considérée dans son ensemble, avait gagné beaucoup sous le double point de vue du bien-être et de la moralité.
S IV. Faire connaître la situation du commerce et des secours publics à Lyon pendant le seizième siècle , c'est déjà décrire les mœurs; il me reste à indiquer quelques traits exceptionnels, et à parler de certains usages bizarres tolérés alors.
Un des progrès de la civilisation à cette époque , c'est la haute moralité du clergé ; il avait non-seulement acquis beaucoup sous le rapport de la science et des lettres , mais encore dans la pratique des vertus évangéliques. Des temps plus calmes avaient amené de grands changements; on ne pouvait plus lui adresser ces reproches dont il avait été quelquefois l'objet, avec plus ou moins de fondement, pendant la première moitié du siècle dernier. Des réformes nécessaires dans la discipline avaient rendu aux monastères toute leur antique considération.
Un seul cependant avait résisté, et persévérait dans ses habitudes de relâchement : c'est le couvent des dames de Saint- Pierre. Fières de leur naissance et de leurs richesses, ces reUgieuses mettaient peu en pratique l'obéissance et l'humilité ; elles sortaient à. leur gré de l'enceinte du monastère , paraissaient aux processions , et vivaient avec trop de liberté. C'est en vain que l'archevêque François de Rohan essaya de les ramener à une vie plus édifiante, et les menaça des censures de l'Eglise; l'abbesse Antoinette d'Ârmagnac déclina la juridiction ecclésiastique , et maintint son indépendance. Elle défendit son droit auprès de la cour de Rome ; le pape condamna les prétentions de l'archevêque. Il fallut l'intervention du roi et du parlement pour contraindre à des moeurs plus régulières le monastère des dames de Saint- Pierre.
Une des religieuses , Alis de Tésieux , belle et d'un esprit très agréable , avait fait parler d'elle beaucoup plus qu'il ne convenait; elle fréqpientait les sociétés mondaines, se montrait aux
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fêtes , et gardait peu de mesure daus sa conduite. Son châliment fut sévère , une maladie horrible la frappa ; rien ne lui resta de sa beauté : misérable et déshonorée , Alis mourut délaissée au milieu des champs. Il y avait alors au monastère une jeune fille de dix-huit ans , issue d'une bonne famille du Dauphiné, et qui se nommait Antoinette de Grôlée; elle avait été amie d'Âlis. Antoinette crut recevoir, pendant la nuit, la visite surnaturelle d'une religieuse ; elle informa Fabbesse de cette étrange apparition. Etait-ce l'âme inquiète d'Alis de Tésieux qui venait implorer sa réhabilitation ? On le pensa. Cette singulière nouvelle se répandit bientôt dans Lyon, et y causa une sensation très vive; toute la ville s'occupa du monastère de Saint-Pierre et de l'événement qui s'y passait. On fit l'exhumation du corps d'Alis, et on le rapporta au couvent ; mais l'apparition ne cessa point. Aucun doute ne s'élevait sur la bonne foi d'Antoinette et de l'abbesse; deux dignitaires ecclésiastiques , Adrien de M ontalembert , aumônier du roi , et l'évéqpe Barthélemidu Bois, administrateur du diocèse en l'absence de l'archevêque , se rendirent au monastère et procédèrent à une information régulière. Us crurent aussi que la jeune religieuse était possédée ; l'exorcisme eut lieu selon les rites de l'Eglise le 17 février 1527. Adjuré solennellement par révêque , Fesprit n'abandonna pas facilement la place ; il céda enfin aux paroles sacrées : l'âme repentante d'Alis trouva grâce auprès de la miséricorde céleste ; Antoinette de Grôlée obtint son absolution , et la paix rentra dans le monastère de Saint-Pierre *. Cette anecdote singulière, mais bien authentique, est un trait de l'histoire des moeurs de ce temps : tout Lyon crut à l'apparition de l'esprit, comme, plus tard, une partie considérable de Paris eut foi aux miracles du diacre et des convulsionnaires.
A cet incident succéda un spectacle d'une autre nature, mais plus firéquent , et devenu une coutume : c'est celui que donnaient à nos pères les clercs du palais quand ils nommaient leur roi de la Bazoche , chaque année , le 21 mai. L'élec-
I. — MoNTALBMBERT (/Adrien). La merveilleuse Histoire de l'esprit qui depuis naguères s'est appiiru aux religieuses de Suiiil-Pierre de I jou. PariSf 15S8, in-4^. Ou ta trouve reproduite tians le Traité des apparitions de Leiiglet-DuOresnoy.
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tion avait lieu à la pluralité des suffrages; elle était autorisée par le roi de France. C'est au nom du nouveau souverain que se rendait la justice ; il y avait un chancelier qui portait pour armoiries trois écritoires en sautoir : on appelait les causes devant ce tribunal ; elles étaient plaidées par les clercs. On observait avec ponctualité le cérémonial du couronnement : quand le roi de la Bazoche avait nommé ses grands officiers, ses sujets plantaient avec pompe des branches d'arbres devant les portes de la maison du monarque et du lieutenant-général du roi de France ; puis le roi de la Bazoche, suivi de toute sa cour et d'un grand nombre de curieux, se rendait par eau à l'fle-Barbe; la flottille saluait en passant , du feu de son artillerie , le château de Pierre- Scize , et ramenait le soir tout le cortège royal au palais. Cette cérémonie burlesque méritait bien un Homère; elle Ta trouvé dans Philibert Girinet , qui a chanté dans un poème en vers latins Favénement de Pierre Gautier au trône de la Bazoche. '
La fête de la Bazoche n^était qu'une innocente saturnale; elle n'avait rien de la grossièreté de ces Chevauchées de l'àne dont le seizième siècle fut témoin plusieurs fois. C'est encore un trait curieux du tableau des mœurs , que ces manifestations de la dérision populaire envers un homme notoirement connu pour se laisser battre par sa femme. Tantôt le mari trop débonnaire , tantôt son voisin le plus proche , était juché à rebours sur unàne dont la queue retroussée lui servait de bride. Un cortège improvisé se formait autour du revêche animal, et parcourait avec lui les rues et les places de la ville , aux vifs applaudissements de la multitude. L'àne marchait en tête, conduit par un guide; il y avait toujours autour de lui nombre d'hommes déguisés en femmes, faisant grand bruit aux oreilles du patient avec des chaudrons et autres ustensiles de cuisine. Il fallait que ce divertissement eût une bien grande popularité, puisqu'on le voit figurer parmi les réjouissances que la ville offirit à la duchesse de Nemours, en 1566, lorsqu'elle fit son entrée à Lyon. C'est Bubys qui atteste ce fait. ^
1. — Pbtri Galtbeii îd Pragmaticorum LugduDensium priticipem ekctioiie Idyllioii. Trad. en françois par M. Bréghot. Lyon, 1838, m-W*.
i. — Recueil faict aa vrai de la Chevauchée de l'asne faicte en la ville de Lyon, et commencée le premier iour du mois de septembre mil cinq cent soiianle-six , avec tout l'ordre