‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 255 sur 262 · INSTRUCTION PUBLIQUE. — XVI* SIÈCLE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION PUBLIQUE. — XVI* SIÈCLE

Mais rexamen de riastraction publique à Lyon , pendant le seizième siècle, est une étude plus sérieuse et plus intimement liée avec les mœurs de ce temps.

$ V. On s'occupa de bonne heure, à Lyon, de l'instruction publique; les archevêques et le chapitre en firent l'objet de leurs soins assidus , mais ils lui donnèrent une direction surtout ecclésiastique : ce qu'ils désiraient , c'était une école de prêtres capables pour le service du diocèse. Quand le pouvoir temporel passa aux bourgeois , l'éducation de la jeunesse lyonnaise devint un des devoirs du consulat. Il ne songea pas d'une manière sérieuse à former un établissement permanent et gratuit avant le règne de François P''. Lorsqu'il annonça ce projet , l'archevêque réclama en faveur des privilèges et des droits de l'Eglise. Gomme la querelle s'échauflFait , le prélat menaça de firapper d'interdit l'école municipale ; après une longue contestation , il fut permis aux échevins de présenter à la nomination de l'archevêque un recteur et un professeur. On établit l'école gratuite dans les granges de la TYinité • , et une allocation fîit inscrite au budget de la ville pour faire face à la dépense du nouvel établissement. Guillaume Durand , homme de talent et de bonne volonté , dirigea l'institution naissante : on y enseignait la grammaire , la rhétorique , la poésie et Thistoire. Mais les ressources du collège étaient si médiocres, qu'il avait beaucoup de peine à se maintenir. L'établissement, toutefois, ne tarda point à prospérer; il fallut augmenter beaucoup le local , nommer de nouveaux professeurs , et rétribuer renseignement d'une manière moins mesquine. Ce fut bientôt un véritable collège , bien organisé , et confié à des hommes d'un grand mérite.

tenu en icelle. Lyon , GuiUaumo Testêfort {%zm dale)| in-8^ de 40pag. —Recueil de la Chevauchée faicle en la ville de Ljon le dix-sept novembre 1578, avec tout l'ordre tenu en icelle. Lyon , par les trois suppôSf petit in-8^ de 34 pag. — Nouvelle édition, avec des notes et un glossaire (par MM. Bréghot , Péricaud et Duplessis). Lyon, Barret , 18S9, in-8^. Revoîl a fait plusieurs jolis dessins pour divers exemplaires de celle édition.

1. — Les conseitlers-échevins fondèrent en 1527 l'ancien collège, en exécution de lettrespatentes de François I«r et d'un traité passé avec la célèbre confrérie de la Trinité. Sjmphorien Champier et Claude Bellievre eurent beaucoup de pari h la création de Tinstitution. On fit venir la plupart des professeurs de ta ville de Bonrgps.

Un d'eux, Bartbélenii Aneau, mérite une mention particulière. Sa renoimuée lavait fait appeler à Lyon ; peu de savants pouvaient lui être comparés. Versé profondément dans la science des langues grecque et latine , Aneau possédait les principales des langues vivantes , parlait bien et écrivait avec facilité. Appelé dans le nouveau collège en 1529 , pour y professer la rhétorique, il eut un succès d'éclat; sa chaire devint célèbre. Dans ses moments de loisir , Férudit professeur composait des ouvrages sur des sujets divers ; il faisait agréablement des vers latins et français : on remarqua ceux qu'il écrivit à l'occasion d'accidents singuliers arrivés à Lyon, la mort de trois jeunes gentilshommes qu'avait écrasés la cbute d'un plancher, et la délivrance d'un ouvrier sexagénaire sorti vivant du fond d'un puits , après y avoir été enseveli pendant sept jours par un éboulement de terre. Telle était l'activité de Barthélemi Aneau, que le collège de la Trinité prit une grande extension et obtint une véritable popularité lorsque ce professeur distingué eut été nonmié, par le consulat, principal de l'établissement; d'habiles professeurs secondèrent ses eftbrts. Aneau conçut l'idée , heureuse et nouvelle alors , d'exercices littéraires, pour former la mémoire et le jugement de ses élèves à la fin de chaque année scolaire ; il composa , dans ce but , des essais dramatiques dont quelques-uns ont été imprimés et ont pris place parmi les singularités bibliographiques '. Une mort bien malheureuse mit un terme à ses succès ; le récit de cette catastrophe appartient à un autre ordre de faits.

J'ai dit que d'habiles professeurs contribuèrent beaucoup à la

1. — Lyon marchant , satyre françoise sur la comparaison de Paris , Rohan (Rouen), Lyon, Orléans , et sur les choses mémorables depuis Tan mil cinq cens vingt- quatre ; soobz allégories et énigmes par personnages mystiques, iouée au collège de la Trinité i Lyon, l'an M.D.XLII. On les vend à Lyon, en la rne llferciere, par Pierre de Tottre,

L'édition originale de cet opuscule de vingt feuillets est d'une si grande rareté , que son prix égale presque eelui d'une bibliothèque entière. Voici d'autres ouvrages fort rechercbét de Barthélemi Aneau : Mystère de la Nativité par personnages, etc. Lyon , Sébastien Graphe , 1537. — chant natal, contenant sept Noelz , etc. Lyon , Séb, Cryphe^ 1539, in -4". — Décades de la description , forme et vertu naturelle des animauk tant raisonnables que brutz. Lyon , Barth, AmovlUt, 1549 et 1550, i parties petit iu-8<». — Alector, histoire fabuleuse. Imprime a Lyon par Pierre Fradin , 1560 , petit in-8^-

CocHAtD et BtienoT, SoiXct sur Barlhélemi Aneau. — Bbb««ot, Notes miniucriles. — Biographie universelle. — PaakiTTi » tyonnuit digaet de mémoire. — Coloru.

MARCUB DE LA CIVILISATION A LYON. — XVI* 8IÀGLB. 6i7

répotation du collège : trois d'entre eux ne doivent point être oubliés dans Thistoire de cet établissement ; ce sont : Christophe MiUiea (Mylœus) ^ Gilbert Ducher et Claude Bigotier. Millieu enseignait les humanités ; il s'occupait d'antiquités locales et de recherches archéologiques '. Quant à Gilbert Ducher, il professait aussi les humanités, et, de plus, faisait des vers latins ^. Claude Bigotier écrivit un poème en l'honneur de la Bresse et des Bressans. ^

Le collège ne fut pas fermé avant la mort déplorable de Barthèlemi Aneau; il était ardemment convoité par les Jésuites : une excellente occasion d'en prendre le gouvernement se présentait. C'était aux défenseurs de la foi qu'il paraissait convenable de confier un établissement fortement soupçonné de protestantisme, et de la plus haute importance; telle fiit l'opinion du cardinal de Tournon et de l'archevêque de Lyon, Antoine d'Albon. Un jésuite d'un vrai mérite, Emond Auger, avait une grande influence qu'il devait à son savoir , a son zèle pour les intérêts do la foi catholique , et aux services qu'il avait rendus pendant la peste meurtrière de 1564 *; elle facilita beaucoup le résultat des démarches que fit la Compagnie de Jésus. Emond Auger avait une parole éloquente ; il était recteur du collège de Tournon : deux conseiUers-èchevins , Nicolas de Cbaponaj et Antoine de Servière, négocièrent avec lui la cession du collège royal aux Jésuites. Emond Auger mît a la disposition du consulat le P. Annibal Codret et deux autres professeurs. Lainez , général de l'ordre , nomma l'écossais Guillaume Creighton principal du collège royal de la Trinité. C'est le i®'' mai 1565 que les Jésuites

1 . — De primordiis clarissiius urbis Lugduni CommeoUrius. Litgdnnl , Sêh» Gryphiuê , 1545 , |>eiit iD-4''.

2. — EpigrammatoD libri duo. Lu'jdunif apud Sebast. Gryphium , 1538 , in-8^. Oo trouve dans ce recueil des renseigoements divers sur des Lyonnais de distiucliou , contemporains ou amis de Gilbert Ducher : ce sont B. Buatbier, cbamarier de Saint-Paul, Robert Bullioud , Guillaume Durand , Jean des Gouttes , Jean du Pejrat , Jean de Talaru , etc.

B«à«HOT, Nouveaux mélanget * p. 978.

3. — Ce poème , iulttulé : Rapina , i9u Raporum êncomittm , lui valut le soroom de Poeta raptcius,

4. — On peut consulter sur Emond Auger les auteurs suivants : Tolo.^ia , II ; — Péricvo» (^//il.), Archives statistiques du Rh6ne , VU, 100 j — Bhégmot , Nouveaux mélanges, 41 ♦.

618 XVI^ 8IËCLB. — BBACX-ARTS; PHILIBERT PELORME.

reçurent enfin les cle& de cet établissement; Fouverture solennelle des classes eut lieu le 3 octobre de la même année, en présence du gouyemeur du Lyonnais , du consulat , et d'un grand nombre de bourgeois notables : un professeur distingué de rhétorique , Perpinien, prononça le discours d'ouverture. Confiée aux Jésuites, l'instruction publique fit beaucoup de progrès; quelque opinion qu'on ait sur cette compagnie , on doit ie dire , elle entendit fort bien l'éducation de la jeunesse lyonnaise, et eut soin constamment de confier l'enseignement à des maîtres d'un haut savoir. *

S VI. Tandis que l'instniction publique prenait un développement rapide par l'établissement du collège royal de la Trinité , quelques-uns des beaux -arts avaient pour représentants des hommes d'un vrai talent. Philibert Delorme régénérait l'architecture , et construisait le portail de Saint-Nizier.

Ce. grand artiste naquit à Lyon, mais dans quelle année? on l'ignore. Gomme tant d'hommes de génie , Delorme eut une origine obscure : tout ce qu*on sait avec certitude , c'est qu'il alla en Italie , bien jeune encore , étudier son art, et qu'il s'y distingua par un zèle et par une aptitude extraordinaires. De retour dans sa ville natale vers i 556 , il se fit bientôt connaître par ses travaux : de belles maisons particulières s'élevèrent sous sa direction ; on lui confia la restauration ou plutôt l'exécution du portail de Saint-Nizier. Delorme s'en occupait avec activité , et déjà ce bel ouvrage était fort avancé , lorsque sa renommée déjà grande le fit appeler à Paris. On sait combien fut belle sa fortune : Delorme bâtit l'escalier en fer-àcheval du palais de Fontainebleau, travaiUa au château de Meudon avec le Primatice, et prit beaucoup de part à la con-

1 . — Voici les noms de quelques-uns de ces jésuites professeurs : Antoine MilUeu , aatenr du Jlfoiêt viaiorf poème épique en vers laliiis; Pliiiiberi Monet, conuu par son Delectus latû nitatis ; Michel Coyssard , qui écrivit le Thêsaunts Firgilii ; Alexsndre Fichel , qui dono* une édition épurée du Corpuâ poetarum -, Pierre Bullioud , qui a laissé un manuscrit en latin sur l'histoire sacrée et profane de la ville de Ljon ; le P. de Bussières , historien et poète ; Pierre l'Abbé , grand amateur de pointes , esprit paradoxal et sans goAl, dont on a des éloges f des poèmes et des disserUtions archéologiques ; François Pomey et Joseph Joubert , célèbres par leurs Dictionnaires françois et latins , etc. J'anticipe déjà sur le tableau de la civilisation au dii-septième siècle, pour ne pas scinder l'histoire ancienne du collège, sur laquelle on peut consulter les notices dt* MM. Rabanii et Demongeot.

BKAt^-ARTS; PUlLiBBRT DELORMK. X.V1^ 8IÈCLK. 619

slruction du palais des Tuileries , dont le pavillon du centre fut élevé sur ses dessins. On sait combien son goût était pur; c'est Philibert Delorme qui porta le dernier coup à l'architecture gothique : il fit dans son art la révolution que la peinture dut au génie de David à la fin du dix-huitième siècle. Ses ouvrages sur l'architecture ont eu beaucoup de succès, et le méritaient; on y trouve réunis le précepte et l'exemple ^ Il excellait surtout à construire les voûtes ; on lui doit, en ce genre, de véritables chefsd'œuvre.

Les travaux que Delorme a exécutés, à Lyon, figurent au rang de ses meilleurs ouvrages. Une maison, bâtie rue. Juiverie pour le receveur Antoine BuUioud , présente encore sa galerie à l'admiration des curieux. Mais la plus remarquable de ces constructions , c'est Félégant portail de l'église Saint-Nizier, conmiencé en 1536, interrompu quelques années après, et terminé plus tard d'après d'autres principes^. On reproche à Delorme le caractère même de son travail, qui est en désaccord complet avec le genre tout gothique de la façade et de l'édifice; cette critique admise , il n'y a plus que des éloges à donner à l'excellent goût de Tarchitecte. Je dois laisser à des écrits spéciaux la description technique du portail de Saint-Nizier. H. Leymarie pensait qu'on ne devait attribuer à Delorme que la coquille ; ainsi l'architecte du seizième siècle n'aurait commis ni la petite porte latérale , ni la partie supérieure de la façade : des continuateurs sans goût ont gâté la conception primitive.

Ce qu'il importe d'apprécier, c'est l'influence de Philibert Delorme sur l'architecture lyonnaise au seizième «siècle. On n'a peut-être point assez fait remarquer que les architectes

I. —Nouvelles lOYentioDS pour biee bâtir et à petits frais. PariSf 1561. — Œuvres d'architecture. Paritf 1626| S tomes en i volume in-fol. , avec de belles gravures sur bois.

S. — L'église Saint-Nizîçr est un des monuments de Lyon les plus remarquables ; sa riche nrchi lecture est l'œuvre du quiiizièmei du seizième, du dix-septième et du dix-neuvième siècle. Des hommes d*un grand talent ont été chargés de son exécution. Poil et , qui s'est occupé beaucoup de l'intérieur , a eu la bonne pensée de mettre la décoration des chapelles en harmonie avec l'époque pendant laquelle vivait leur patron. On achève la façade , dont la porte latérale gauche n'avait pas été construite (1847) ; l'élargissement de la rue qui conduit du portail au pont de Nemours , permet de découvrir toute la grâce du beau travail de Philibert Delorme.

slnspirèrent beaucoup de ses travaux et s'eflbreèrent de Tiiuiter : il y eut , S0U6 ce rapport , une émulation dont Lyon eut fort à s'applaudir. Us renoncèrent à ce système de constructions disgracieuses dont on retrouve encore tant de traces dans l'ancienne ville y et commencèrent à comprendre qu'il importait de faire circuler Tair et la lumière dans les habitations particulières. On ne doit pas moins de reconnaissance à Philibert Delorme pour les progrès dont il a été le point de départ, que pour les travaux qu'il a exécutés. Lyon est fier d'avoir produit un architecte qui s'est fait une place si large et si honorable dans l'histoire de l'art, et qui s'est élevé afu rang des hommies les plus éminents qu'a produits le seizième siècle. '

Mais l'architecture n'est pas le seul des beaux-arts qui ait illustré Lyon à cette époque mémorable; un autre, le plus distinr gué peut-être, l'imprimerie, parut dans cette ville avec un vif éclat au même temps, quoiqu'elle fût bien voisine de l'âge de son berceau. EUe a exercé une influence si profonde sur la marche de la civilisation , et fait tant d'honneur à la patrie de Philibert Uelorme, qu'on me permettra sans doute de lui consacrer quelques instants.

S VU. Le seizième siècle fut le beau temps de l'imprimerie à Lyon ; c'est à cette époque de progrès que l'art de Guttenberg y atteignit toute sa perfection et tout son développement. Connue branche de commerce , il donnait de l'occupation à une miultitude d'ouvriers dont ia condition paraît avoir été bonne, si l'on en juge par certaines circonstances. On a vu en eftet figurer, à rentrée solennelle d'un de nos rois, plusieurs centaines d'imprimeurs marchant en corps de métier, bannière en tête, et vêtus de belles robes de soie et de pourpoints aux manches tailladées de satin. Un costume si magnifique suppose chez eux beaucoup d'aisance. Mais c'est sous un autre rapport que leur profession doit être examinée ; elle était très honorable , et devait la grande considération dont elle était entourée , au savoir et au talent des honmies qui Texerçaient. Alors un imprimeur était non-seule-

l. — Flachbkor, Eloge de Ph. Delorine ( \fss. de C Académie). — l.bVMAtiK (//.) , Rituc (iii I.^OQuais. — Biogra|iIiie uiiivei»ell<'. — Noliot» sur Ph. Delorme (/?erMe du lifonnais ), II.

L*1MPBIMEEIE ; GRTPUE. XVl^ SIÈCLE. 631

ment un artiste dans Tacception du root la plus élevée, c'était encore un homme de lettres, un érudit, et souvent un écrivain éminent. Sébastien Gryphe ', Etienne Dolet, Jean de Tournes, Guillaume Roville -, Horace Gardon tenaient fort bien leur place parmi les savants ; ils s'étaient préparés à la pratique de leur art par une éducation très forte, et surtout par une élude approfondie des langues grecque et latine. On l'a dit , tout le monde parlait latin chez Henri Etienne, depuis la cave jusqu'au grenier; un simple ouvrier était capable de corriger les épreuves d'un livre écrit dans l'une de ces deux langues mortes : aussi les savs^nts de profession avaient-ils une estime profonde pour les imprimeurs lyonnais; ils entretenaient avec eux une correspondance littéraire, et venaient à Lyon soigner eux-mêmes l'impression de leurs ouvrages. Plusieurs d'entre eux ont même été ouvriers typographes : Josse Bade fut correcteur chez Trechsel , qui devint son beau-père ; il eut de son mariage avec Thalie deux filles qui épousèrent, l'une, Robert Estienne , et l'autre, Michel Vascosan , noms princiers dans la typographie. Etienne Dolet avait été simple ouvrier chez Sébastien Gryphe , qui eut encore dans ses ateliers , pour la lecture de ses épreuves , une autre célébrité , Jean de Tournes. Ces imprimeurs lyonnais sont loués en vers et en prose par les écrivains du temps. Sébastien Gryphe avait une instruction solide et variée ; Nicolas Bourbon et Scaliger ont vanté son érudition. L'érudit Conrad Gesner a dédié le douzième hvre de ses Pandectes à cet imprimeur; il le loue sur le bon choix et le grand nombre de livres que ses presses mettaient au jour, sur la beauté de ses caractères et sur la correction de ses éditions. Un poète de ce temps, Jean Voulté, a

1. — Sébastien Gryphe était né à Reullingeo ; il fui imprimeur h Lyon de 15i8 k 15%6 : sa fille épousa Guillaume Roville. On distingue, parmi les éditions qu'il a publiées, la Bible latine et lu Thésaurus linguœ sanctœ de Santo Pagnino.

S. — Roville légua à l'Hôtel-Dieu sa maison de PAnge , rue Mercière ; son testament est du 15 décembre 1586 : il y a an codicille de 1589. Les revenus accumulés de cette maison sont remis, de cinq années en cinq années, an descendant le plus pauvre de la famille de cet imprimeur. Voici une des éditions les plus importantes qui sont sorties des presses de Guillaume Roville : Promptuarii iconum insigniorum a sxculo hominum , etc. Lngduni , apnd Gutll Rovittiwn , 1553, in-4<*. Roville donna en 1581 une édition française d^ ce livre. — Le Rime del Petrarclie, 1550, overo 1551, in-16 ; et 1552 , 2 |»arties in-16.

caractérisé vu quatre vers le mérite particulier des trois plus

célèbres imprimeurs de son temps :

loler lot , iiorunt libros qui cudere , Ires suiit

Insignes : languet estera turba famé.

Castigal Stephaniis , sculpil Colinaeus ; utrumqoe

Grjphius edocta mente ma nuque fiacit.

On connaît la considération dont jouissait Guillaume Roville , et la réputation européenne de sa maison de librairie , située rue Mercière , à l'enseigne de Técu de Venise. RoTille occupait , à Lyon, un rang distingué; il fut éhi trois fois conseiller de la ville , honneur qui fut décerné aussi à Horace Cardon , gentilhomme lucquois , que Fimprimerie rendit fort riche , et dont un des plus beaux vallons du paysage lyonnais a conservé le nom. C'est là que ce typographe avait sa maison des champs. On trouve souvent, dans les éditions lyonnaises de ce temps, des préfaces et des épîtres dédicatoires écrites en fort bon latin par l'imprimeur.

Les presses lyonnaises avaient au seizième siècle une activité extraordinaire, et il ne faut pas moins admirer la quantité que la quaUté de leurs produits. Un nombre très considérable d'éditions, dans tous les formats, sont sorties des ateliers de Sébastien Gryphe , dont on estimait beaucoup le caractère italique , si exact et si net ; la Bible en lettres rondes est un chef-d'œuvre. Guillaume Roville ne fit pas un commerce moins considérable; il fit paraître des livres d'une très belle exécution , et ornés de gravures en bois dont le mérite n'a pas été surpassé. On sait combien sont recherchées les charmantes éditions qu'ont publiées Jean de Tournes et son fils , deuxième du nom ; elles rivalisent presque avec ce que les Ëlzévirs ont fait de mieux K Ces imprimeurs avaient, dans la rue Raisin, une maison

I. — On distingue parmi ces l>ijoux tjfpograpliiquca les éditions sinnotes : Evvres de Lovise Labé lionnoise ; à Lyon , par Jan de Tournée , iS55, petit in*a<* ; 1556 , même format, et 1556, iD-16. — Marot, 1549, petit în-lS. — Pelrarca , 1545.— Dante , 1547. — La Marguerite des Marguerites de la reine de Navarre; 1547 , petit in-8*. —De Tournes a donné une grande et bcllo édition des Chroniques de Froissarl. Lyon , 1559-61 , 4 vol. in -fol.

de librairie fort connue. De Tournes, Roville , Gardon , Rigaud , Huguétan, Juste, Sébastien Gryphe, donnaient beaucoup de soin à Texécution des livres qu'ils imprimaient; leurs papiers sont fermes, d*un beau grain et d'une admirable solidité : deux siècles ont passé sur eux sans altérer leur qualité excellente. Sous ce rapport, la typographie atteignit, presque, la perfection dés son début.

Presque tous ces imprimeurs avaient à Lyon une position très convenable; la plupart^ nous l'avons dit, ont été riches et considérés. Etienne Dolet est une exception ; mais c'est à la turbulence de son esprit et aux ardentes inimitiés qu'avait excitées la causticité de sa parole et de sa plume , ainsi qu'à la hardiesse inconsidérée de ses opinions religieuses, et non à sa profession, qu'il a dû son triste sort >. Un autre imprimeur, bien autrement illustre, eut aussi, un demi-siècle plus tard, une fin déplorable : après avoir mené une vie errante et inquiète, Henri Ëstienne était venu chercher à Lyon un peu de repos ; il y arriva malade , l'esprit aliéné , manquant de tout, et il y mourut *; on Fenterra auprès de FHôtel- Dieu, dans le cimetière des Protestants. Ce grand homme, comme beaucoup d'imprimeurs de son temps, avait adopté les croyances de la réforme.

i. — Dolet était orateur , poète et grammairien érudit } on lai doit un traité estimé sur la Imgue latine. Livré à la Chambre ardente que François l*** avait établie pour arrêter les progrés de la réforme , il n'échappa qu'avec beaucoup do peine k ce tribunal. Ou lui fil un crime d'avoir publié la Bible , et on le dénonça comme impie à l'occasion de sa traduction de l'Axiocbus. Dolet fut, en outre, accusé d'avoir introduit secrètement, dans Paris, des caisses remplies de livres hérétiques. Dénoncé rne seconde fois aux rigueurs de b justice , il fut condamné et brûlé comme athée relaps à Paris, le 3 août 1546. (Procès d'Estienne Dolet , 1543-46. Paris, 1836, in-13.)

Les ouvrages suivants de Dolet sont rares et recherchés : Exhortation à la lecture des sainctes lettres... Lyon, 154S, in-16« — Cato chrisliauus. 1538, in-8®. — FormuWi lalinarum loculionum illustrium... 1539, petit in-fol. — Stephani Doleti Galli Aurelii Carminum libri quatuor. 1538, in-4<>. — L'Avant-naissance de Claude Dolet , filz de Ëstienne... 1539, in-4<'- -~ Les Gestes de Francojs de Valois , roy de France. 1540, iu*4^ — Le second Enfer d'Est. Dolet. 1544, in- 16; etc., etc.

La marque typographique d'Etienne Dolet était une main année d'une doloire coupant les branches d'un bâton noueux.

3. — Paul Etienne , fils de l'immortel auteur du Tréior dé la langve grecque , ne laisse aucun doute sur ce fait ; il est l'auteur des vers suivants :

....... Daleis pater, oplim* patnnn,

Eitineium te erediderioi , laeemque perotum ? Et Lugdunno requittennt omq sepulcro ?

62^ XVi'' SIÈCLE. — L*IMPRIMEAIE; JEAN DE TOURNES.

Les imprimeurs du seizième siècle mettaient à leurs livres des emblèmes ou marques , sorte de blason dont Tétude n'est pas sans intérêt ; il n'est pas de plus nobles armoiries. Sébastien Gryphe avait pour marque typographique un griffon sur un cube 9 au-dessous d'un globe ailé avec cette devise : Virtute duce, comité foriuna. Celle de Guillaume Roville était un aigle aux ailes déployées au-dessus d'une colonne, et vers lequel s'élevaient deux serpents entortillés, avec cette devise : In virtute et fortuna. Voici celle de Jean de Tournes ; deux vipères forment un cercle, la femelle dévore la tête du mâle, et elle est elle-même déchirée par les petits qui sortent de son ventre ; on lit autour de l'emblème cette épigraphe : Quod tibi fieri non vis, alteri ne fece^ ris. Un imprimeur nommé Carteron avait adopté cette devise : « Les quarterons font les livres ; » jeu de mots qui n'est pas plus ridicule que tant d'autres dont abonde la science héraldique. •

Je ne quitterai point les imprimeurs lyonnais du seizième siècle sans parler de la bibliothèque du trésorier général des armées françaises , Jean Grolier : elle se composait d'un nombre considérable de livres d'un excellent choix , et admirablement reliés. Si les ouvriers habiles qui les ont vêtus avec tant de solidité et d'élégance étaient nés à Lyon, cette ville s'en ferait gloire à juste titre; ils ont élevé, en effet, la reliure à la dignité d'un art: Gascon, un d'eux, a fait des chefs-d'œuvre. On recherche aujourd'hui avec le plus vif empressement ces livres ornés d'élégants compartiments, et sur le plat desquels on lit la devise devenue célèbre : Jo. Grolerii Lvgdvnensis et amicorvm. Ils sont l'orgueil des bibliophiles.

La gravure sur bois a été portée à un très haut degré de perfection à Lyon pendant le seizième siècle ; elle a servi beaucoup à décorer les belles éditions qu'ont publiées les deux de Tournes et Roville, libraires pour lesquels travaillait Texcellent dessinateur et graveur, Salomon Bernard , surnommé le petit Bernard- On recherche beaucoup , et à juste titre , les livres qui contien-

1. — f.es marques typogra|>hiqiies Jes iinprimfurs lyonnnU au quinzième et au seizième siècle sorft l'objel d'un travail particulier et -accom|Kigiié de planches, inséré à la suite do CatHlogue général des livres cl esiampes du Palais des Arts. Ltfont i%^T, grand in-4**.

L^IMPftlMBftlE ; JEAN DE TOURNES. — XVI® SIÈCLE. 625

nent les jolies compositions de cet artiste , si d^c de l'estime des connaisseurs. Rien de plus élégant et de plus gracieux que les titres de quelques livres sortis des presses de Jean de Tournes , qu'il a gravés sur bois : leurs encadrements ont un grand mérite de composition et d'exécution; il serait difficile de faire mieux.

Des imprimeurs aux honmies de lettres de Lyon pendant le seizième siècle , la transition est naturelle ; ce n'est point changer de sujet.

$ VIII. L'histoire des lettres à Lyon , au seizième siècle , présente une réunion considérable d'antiquaires et de philologues , de savants magistrats, de fenmies remarquables et par leur beauté et par leur talent pour la poésie. Lyon ne produisit , dans cet âge , aucun de ces ouvrages d'un ordre supérieur qui immortalisent un siècle et deviennent un titre d'honneur pour l'esprit humain; mais, si l'on n'y vit point d'écrivains du premier ordre , on y compta un nombre remarquable d'hommes et de femmes d'un mérite fort distingué.

Se sont-ils assemblés dans une maison à Fourvière ? Ont-ils formé alors une académie organisée comme le sont aujourd'hui nos sociétés savantes? Faut-il faire remonter jusqu'au seizième siècle la création de ces corps lettrés qui ont des réunions et des publications périodiques? On a prétendu qu'il existait en eflTet , dans cet âge , à Fourvière , une académie que fréquentaient les honmies de lettres de ce temps ; on a même cité les noms des savants qui s'y montraient le plus assidus : c'étaient Symphorien Ghampier, Benoit Court, Humbert Foumier, le savant médecin Gonsalve de Tolède , Humbert de Villeneuve , André Briau, premier médecin de Louis XII et échevin , le poète Voulté , l'imprimeur Etienne Dolet , Philibert Girinet , Claude Paterin , Louise Labé , Pemette du Guillet , Claudine et Sibylle Scève : on y aurait vu Clément Marot. On a dit que cette société s'appelait l'Académie angélique , du nom de la maison qu'elle habitait , maison qui appartenait à Nicolas de Langes. Mais cette académie n'a existé que dans l'imagination de Colonia ; le spirituel Jésuite a inventé à plaisir ce qu'il en a dit. Tout ce qu'on sait, en effet, de l'Académie prétendue de Fourvière, a été extrait d'une

lettre d*Humbert Fournier à son ami Symphorien Ghampier, et Fournier ne cite que le médecin Gonsalye de Tolède et le théologien André Victon. U nomme encore Jean le Maire de Belges, poète et historien, qu'on vit quelquefois dans cette assemblée. Si Symphorien Ghampier avait fait partie de cette réunion , est-ce à lui que serait adressé le tableau de l'Académie angélique ^ ? Voici, au reste, en quoi consistaient les occupations de la docte assemblée : « Nous parlons , dit Humbert Fournier , de la religion , de la « manière de bien régler les mœurs, de polir et de perfectionner « l'esprit par la culture des sciences utiles. Quelques amis nous « rendent visite, et, laissant les sujets sérieux , nous nous égayons « par de petits contes et par des plaisanteries qui n'ont rien de « mordant. On cause des nouvelles des cours et des événements « politiques. » Il y avait quelquefois des lectures : Humbert Fournier déclamait des sonnets en rimes toscanes; un autre, des morceaux oratoires ; un autre encore , des fragments de pièces de théâtre. André Victon aimait à s'entretenir de sujets graves, tels que l'incertitude de la vie et la nécessité de la mort Tantôt on faisait un peu de musique , tantôt on se délassait à des jeux divers. Ges passe- temps agréables recevaient un attrait nouveau de la vue qui se présentait aux regards ; après avoir passé sur les innombrables maisons de la ville, les yeux parcouraient un immense paysage et n'étaient arrêtés que dans un horizon lointain , par les montagnes du Dauphiné et de la Savoie. ^

Ges réunions d'amis à Fourvière rappellent beaucoup plus celles auxquelles prenait part Sidoine Apollinaire , que nos académies modernes. U n y avait dans la maison du président de Langes, si les assemblées s'y tenaient réellement, ce qui n'est pas démontré , que des cercles , à époques irrégulières , et sans but littéraire déterminé , semblables à ceux qui se tenaient chez le président Claude Bellièvre et chez Louise Labé.

f . — Brêghot. Mélanges , -407.

2. — Là lellre d'Humberl Fournier snr l'AcaJéinie de Fourvière a élé insérée à la suite d'un recueil d'opuscules latins de Symphorien Ghampier , publié à Lyon en 1507. Elle a été traduite presque en entier par le P. Menestrier dans sa Bibliothèque curieuse. Tr^vons, 1704, II, 1Î0-136. M. Péricaud a reproduit cette traduction dans ses Documents, année 1506. Je n'ai donné que la substance de la lettre.

Voyez encore, sur l'Académie de Fourvière, Colonia , II, -469, et l'ouvrage cité de M. Brégiiot.

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