LITTÉRATURE ; BELLIÉVRE. — XVI* SIÈCLE
Bellièyre se plaisait, en effel, à réunir chez lui les hommes qui s'occupaient, à Lyon, des sciences et des lettres; il n'était pas le moins capable. Né dans cette Tille, en lù87, de l'intendant du cardinal de Bourbon, Barlhélemi Bellièvre, et de Françoise Fournier, le jeune Claude montra de bonne heure beaucoup d'aptitude pour le travail. Son avancement dans la carrière de la magistrature fut mérité; avocat du roi à la sénéchaussée , en 1528, il devint quelques années plus tard procureur général au parlement de Grenoble , et bientôt après premier président de cette compagnie. Ce fiit pendant son premier échevinage qu'on découvrit sur la colline Saint-Sébastien les fameuses tables de Claude. Bellièvre revint à Lyon en 1550 , et rentra dans le repos de la vie privée dont il ne sortit point , bien qu'il eût été nommé par acclamation échevin honoraire et perpétuel. Sa maison devint l'asile des lettres ; on y trouvait toutes les intelligences d'élite que Lyon possédait alors en si grand nombre : elle était située au bas du Gourguillon, non loin de l'église Saint-Jean. Le président y avait formé un cabinet composé de marbres , d'inscriptions , de pierres antiques et de manuscrits précieux ; ces richesses appartenaient à tous ceux qui désiraient en jouir. Occupé sans cesse à recueillir dans les auteurs anciens tous les passages qui concernaient la ville de Lyon , BeUièvre forma de ces extraits un manuscrit longtemps célèbre et connu sous le nom de Lugdunum priscum '. Il copia de sa main beaucoup d'anciennes chartes et de traités relatifs à la longue querelle des bourgeois avec leurs archevêques , et se proposait d'écrire en latin l'histoire de la ville de Lyon. Colonia, Menestrier et d'autres savants ont parlé du président Bellièvre avec vénération. Ce digne magistrat mourut en 1577. Son fils , Pompone de BeUièvre , né à Lyon , un des hommes les plus distingués de son époque , devint chancelier de France.
Un des érudits qui se montraient le plus assidûment aux réunions de Claude Bellièvre, était le médecin Symphorien Champier, grand amateur d'antiquités , comme le président, très laborieux, très savant, mais trop vain de sa naissance et des
i. — Le maniiscril original du lugdunum priscum existe encorn dans la biMiolhèqito d« l'Rcole de médecine de Monlp«'Hier; je l'ai publié, en 1846, d'après une copie exacte léguée à l'Académie de Lyon par Artaud.
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distinctions qu'il avait obtenues. Issu dune famille noble de Saint-Symphorien-le-Château , Champier prétendait descendre des Campeggi de Bologne et des Gampisi de Pavie. On ne saurait douter de la considération dont il jouissait ; il fiit deux fois conseiUer-échevin. Le duc de Lorraine , partant avec Louis XII pour l'Italie , le prit pour son premier médecin et le fit chevalier de sa main. Champier se trouva aux batailles d'Agnadel et de Marignan; l'université de Pavie l'admit parmi ses agrégés. Le noble médecin épousa Marie du Terrail, cousine de Bayart; rien ne manquait à son iUustration. Peut-être tira-t-il trop vanité de ses éperons dorés de chevalier , peut-être donna-t-il quelques sujets de plainte au peuple ; ce qui est certain , c'est que sa maison fut pillée pendant l'émeute de 1529 , et qu'il eut quelque peine à se soustraire aux foreurs de la multitude. Champier aimait beaucoup l'éloge , et se louait lui-même dans l'occasion ; mais la postérité n'a pas entièrement confirmé la bonne opinion qu'il avait de lui-même. Il a écrit des ouvrages sur des sujets variés , dont les principaux appartiennent à l'histoire , à la médecine et aux antiquités; sa science était grande, mais elle manquait de goût et de critique. *
Historien et antiquaire comme Champier, Guillaume Paradin, doyen du chapitre de Bcaujeu, avait une érudition plus consciencieuse y quoique assez mal digérée. Né dans une famille pauvre y à Cuyseaulx , au bailliage de Mâcon , il acquit à force de patience et de travail une instruction assez étendue , quoiqu'on y reconnaisse quelquefois l'insuffisance de bonnes études. Le nom
1 . — Aucun des écrits de Symphorien Champier n*a conservé une grande valeur littéraire ou scientifique , mais plusieurs sont fort recherchés des curieux comme livres rares. Voici quelques-uQS de ces ouvrages :
La Nef des princes et des batailles de noblesse... Lyorif GviUaume Balsarin, 1502, io-i**.
— La Nef des dames vertueuses. Lyon, Jacquet JmoUetf 1503, petit in-4<* — Le Triomphe du très chrestien roy de France , Loys XII. Lyon « Claude DaottH dict de Troys, 1509, in>4'*.
— Le Recueil ou Croniques des royaumes d'Austrasie. 1510 , io-foi. — Les Grans Cronicques des gestes et vertueux faicls... des ducs et princes des pays de Savoie et Piémont. Paris , Jehan La Garde , 1515 , in-fol. — Les Gestes ensemble la vie du preulx chevalier Bayart.... Lyon , Gilbert de Villiers , 15S5 , petit in-4<*. — Le Myrouer des appothiquaires et pharmacopoles. Lyon , Pierre Mareschal (sans date ) , in-8<*. — Liber de quadruplici vita... LHgdumi , 1507, grand in-4**. — Rosa Gallica... Nancei, 1512, in-8*».
J*ai cité ailleurs l'ouvrage sur la Rebeyne de Lyon.
de ce laborieux et naïf écrivain n'appartient pas précisément à la liste des hommes de lettres de Lyon , mais Paradin a écrit rhistoire de cette ville et entretenu des relations avec la plupart des savants qu'elle possédait alors. ^
C'est à cette érudite société des Paradin , des Bellièvre et des Ghampier qu'il faut rattacher Guillaume du Ghoul , un des savants les plus distingués de Lyon au seizième siècle. Gentilhomme lyonnais et baiUi du Dauphiné, cet antiquaire habitait au haut du Gourguillon une maison connue depuis sous le nom du Verbe- Incarné , et bâtie sur un emplacement qu'avait occupé un édifice romain. On ne pouvait fouiller le sol sans y rencontrer des urnes, des lampes , des médailles et des débris d'objets d'art antique. Du Choul les recueillit, et en forma un cabinet qui lui inspira le goût de l'archéologie ; son petit musée était très fréquenté par les antiquaires : on y voyait souvent les trois frères Vauzelles, dont l'un', George, avait apporté de Rhodes, à du Ghoul, des manuscrits qui furent très utiles à ce savant pour la composition de son ouvrage sur la rehgion des anciens Romains. G'est ce même George de Vauzelles qui fit donner une si bonne éducation à un jeune Rhodien, Jacques de Vintimille, une des célébrités lyonnaises au seizième siècle. *
D'autres hommes de lettres fort recommandables , contemporains des du Ghoul et des Ghampier , ont mérité d'être cités dans
!• — Voîci les principaux ouvrages de Guillaume Paradin , qu'il ne faul pas confondre avec son frère Claude :
De antiquo Statu Burgundiae liber. Lugduni, Steph. Doîetai , 1542 , in-4'*. — Histoire de nostre temps. Lyon^ de Tournes , 1558, in-16. — Annales de Bourgogne. Li/on^ Ant. Gryphe, 1566, in-fot. — Mémoires de l'histoire de Lyon. Lyon , Jnt, Gryphe, 1573, in-fol. — Chronique de Savoye. Lyon, /. de Tournes , 1552 , in-4®. — Angliae descriptionis Gompendium. ParisHt f Gualtfierus , 1545, petit in-8'>. —Le Blason des danses. Beaujeu , 1556 , in-8^.