‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 259 sur 262 · Pierre Matthieu est l'auteur des tragédies suivantes · texte numérisé non relu

Pierre Matthieu est l'auteur des tragédies suivantes

La Guisiade , tragédie nouvelle , eu laquelle au vray et sans passion est représenté le massacre du duc de Guise. Lyon , Jacques Rouêsin , 1589 , in-8**. — Eslher. Lyon , Jean Siratiui, 1585 , in- 12. — Vasthi et .\mai). Lyon, fieuoist Rigaud , 1585, in 14.

Les tragédies de Gamier avaient un i\ grand succès au temps de Pierre Matthieu , qu'on en publia sept éditions à Lyon vers la fin du seizième siècle.

6*^ XVl^ SIÊGLB. — MARCHE DG LA CIVILISATION A LYON.

malheur, en se défendant , de tuer un homme. Voulté fit un assez long séjour à Ljon; il s'y était fort lié avec quelques gens de mérite, Jérôme Fonduio, Christophe Longueil, les deux Scéve, Benoit Court, et surtout avec Guillaume duChouL On trouve , dans ses quatre livres d'épigrammes , de curieuses particularités sur des Lyonnais contemporains *. Claude Rousselet Êdsait aussi des vers latins : il appartenait à une ancienne famiUe qui avait fourni des échevins au consulat, et il était seigneur de la Part-Dieu; il étudia le droit, et exerça vraisemblablement la profession d'avocat. Rousselet paraît être le Byrphanès que Bonaventure des Périers met en scène dans le premier des quatre dialogues dont se compose le Cymbalam mundi. Il adressa le manuscrit de ses poésies à son ami Jean Perrelle dont il désirait les conseils , et mourut avant de les recevoir. Perrelle n'en remplit pas moins avec conscience la mission qu'il avait reçue; son travail terminé, il rendit le nianuscrit corrigé à François Rousselet , seigneur de la Part-Dieu , frère de Claude. L'histoire littéraire de Lyon au seizième siècle peut aussi trouver des renseignements curieux , dans les poètes de Rousselet , sur divers hommes de lettres de ce temps -. Un autre poète , l'italien Fausto Andrelini , appartient aux premières années du seizième siècle ; il avait peu de talent et beaucoup de vanité : c'est lui qui composa l'inscription en vers latins qui célébrait les tournois donnés par Charles VIII à la Grenette, à la Juiverie et devant le palais. Andrelini s'appelait le poète d« roi et de la reine , dont il recevait, en effet, une pension considérable ; il dit lui-même qu'ayant lu à Charles VIII son poème sur la conquête de Naples, il reçut de ce prince, en récompense, un sac d'or si pesant qu'à peine pouvait-il le porter sur ses épaules. ^

t. — E|>igraroinalum libri IV; — ejusdem Xenia. Lvgditni, Mich.ParwutUier, 1537, in*t2. — InscriptioouiD libri XI, Xeniorum tibellus. Paristis, Simon deColines , 1538, iii-16.

2. — RossELBTTi (Claudii) jurisconsulti , patritiique Lugdunensis , Epigrammata. Lugdêtm^ apud Sêbasi. Grj/pkium , m-A^. Selon M. Bréghot , la laliuité de ces poésies o'est pas loujoars pure ; elle est un peu gâtée par des incorrections et des négligences y et offre parfois de la dureté. Rousselet parait s'être proposé pour modèles Martial, Ausone, et surtout les auteurs de l'Anthologie grecque. Il mourut en 1552.

3. — Bréghot , Nouveaux mélanges , 349. — Coloxia , II , 419.

Mais laissons ces écrivains, dont les vers oubliés ne sont exhumés de loin à loin que par quelques érudits; il y eut à Lyon, au seizième siècle , de la véritable poésie , et il est temps de la mettre en scène.

Clément Marot vint dans cette ville pendant les années 15.^0, 1536, 1537 et 1538; il y eut des amis, et cultiva beaucoup la société des hommes de lettres et des femmes belles et spirituelles qui s'y trouvaient alors '. Marot doit être cité dans l'histoire littéraire de Lyon , dont il a fort loué les agréments et les habitants ; Jeanne Gaillarde reçut de lui ce joli dixain :

C'est un grand cas ? oir lo mont Pelyon , Oa d'aToir vea les raines de Troje ; Mais qui ne veoSt la ville de Lyon , Aucun plaisir à ses yeux il n'oclroye.

Non qu'en Lyon si grand plaisir je croie , Mais bien en une estant dedans sa garde : Car de la roir d'esprit ainsi gaillarde , C'est bien plus veu que de reoir llyon ; Et de ce siècle un miracle regarde , Pour ce qu'elle est seule entre un million.

Marot ne s'en tint pas là; il adressa ce rondeau à la spirituelle Lyonnaise :

Avoir le prix en science et doctrine , Bien mérita de Pisau la Christine Durant ses jours : mais ta plume dorée D'elle seroil à présent adorée , S'elle vivoit par volonté divine.

Car, tout ainsi que le feu l'or affine , Le temps a fait nostre langue plus fine , De qui tu as l'éloquence asseurée D'aToir le prix.

Donques , ma main , rens-toi humble et bénigne , En donnant lieu à la main féminine :

N'escris plus rien en rithme mesurée , Fors que tu es une main bienheurée D'avoir touché celle qui est tant digne D'avoir le prix.

Jeanne, à la plume dorée, répondit dans la langue du poète :

De m'acquitter je me treave surprise D'ung foible esprit , car à toi n'ay sçavoir

I. — Arrivé protestante Lyon, Marot sortit catholique de cette ville; il abjura dans l'église Saiiit-Jeau , entre les mains du cardinal de Tournon.

Correspondant : lu !e peux bien sçavoir, Veu qu'en cel arl plus qu'autre Ton te prise. Si. fusse autant éloquente et apprise , Comme lu dis , je ferois mon dcToir De m'acquitter.

Si veulx prier la grâce en toi comprise , Et les vertus qui tant te font valoir, De prendre en gré l'affectueux vouloir Dont ignorance a rompu l'entreprise De m'acquitter.

Deux sœurs , « damoiselles lyonnoises , » ( probablement les deux Scève) , reçurent ces vers de Marot :

Puis que vers les soeurs damoiselles Il ne m'est possible d'aller , Sus dixain , courez devers elles , An lieu de moi vous faut parler; Dictes-leur que me mettre à l'air Je n'ose , dont me poise fort , Et que pour faire mon effort D'aller visiter leurs personnes , Je me souhaite estre aussi fort Comme elles sont belles et bonnes.

Marot écrivait à une dame de Lyon qu'il eut la discrétion de ne pas nommer :

Sus lettre , faictes la petite A la hritnetU Marguerite,

Si le loisir tu as avec l'envie

De faire un tour ici près seulement ,

Je te rendrai bon compte de ma vie

Depuis le soir qu'eus à loy parlement ;

Ce soir fut court , mais je sçay seurement ]

Que tu en peux donner un par pitié , I

Qui dureroit dix fois pins longuement ,

Et sembleroit plus court de la moitié.

Il disait à Jeanne Scève ;

Je ne sais pas quelles estrennes Plus excellentes vous voudriez Qtic les grâces tant souveraines Dos dons à vous appropriez

et à Jeanne Faye :

Pour cstrenne je vous enhorte Fuir d'Amour la cruauté ; Mais S! vous n'oslicz la plus forte , Je vous estrenne en privauté D'un Ami plein de loyauté

Mais Clément Marot ne s'est point borné à chanter la beauté et l'esprit des dames et des damoiselles; il n'a point oublié les hommes; on trouve dans le recueil de ses poésies plusieurs pièces de vers adressées à ses amis de Lyon , Maurice Scève et Etienne Dolet. Enfin il a célébré plusieurs fois la ville elle-même; il disait d'elle dans une de ses épigrammes :

On dira ce que l'on vouldra Du Lyoo , cl sa cruauté ; Tousjours , ou le sens me fauldra , J'estimerai sa privauté :

J'ai trouvé plus d'honnesteté El de noblesse en ce Lyon , Que n'ai pour avoir fréquenté D'aultres bestes un million.

Il écrivait au cardinal de Toflimon , à son retour de Ferrare à Lyon , en 1536 :

Si qa'à Diea rends grâces un million , Dont j'ai altaint le gracieux Lyon.

Dieu garde aussi d'infecte adversité

L'air amoureux de la noble cité.

Dieu gartl la Soue au port bien sumptueux ,

Et son mary le Rosoe impétueux ,

Qui puis un peu se desmontra si fier.

Que l'ennemy ne s'y osa fier.

Mais de tous ces hommages poétiques le plus touchant et le plus remarquable, ce sont les adieux que fit le poète en 1536 à la ville qpi'il aimait tant , charmante pièce de vers que je voudrais transcrire en entier :

Adieu j Lyon qui ne mords point , Lyon , plus doux que cent pucelles , Sinon quand l'ennemi te poiiict :

Alors ta fureur point ne celés.

Adieu aussi à toutes celles Qui embellissent ton séjour :

Adieu , faces claires cl belles , Adieu vous dis comme le jour.

Adieu , cité de grand valleur , Et citoyens que j'aime bien ; Dieu vous doint la fortune et l'heur Meilleur que n'a esté le mien;

J'ai reçea de tous lanl de bien , Tant d'honoear, el tant de bonté , Que Tolonliers dirois combien , Mais il ne peut estrc comité.

Adieu , enfans pleins de sçaToir Dont mort Thomme ne déshérite -, Si bien souvent me rinstes voir, Cela ne vient de mon mérite.

Adieu la Sone , et son mignon Le Rosne qui court de vistesse :

Tu t'en vas droict en Avignon ; Vers Paris je prens mon adresse, t

Clément Marot ( on ne saurait en douter après avoir lu ces vers) donnait des conseils à des jeunes gens qui s'exerçaient à la poésie. A-t-il connu Louise Labé? On pourrait le contester ; elle n^avait que douze ans lorsqu'il vint pour la dernière fois à Lyon, en i 538. Cependant de qui a-t-il parlé, si ce n'est de Louise Labé , dans ces vers à des poètes dont il avait reçu de grands éloges :

1. — Œuvres de Clément Marot (édition donnée par Lenglei^bufresnoy). La Haye , 1731, 4 vol. in-4».

Des éditions, fort rares aujourd'hui et très précieuses, despoésies de Clément Marot sont sorties des presses de Ljon. Voici l'indication des plus estimées :

L'Adolescence, Clémentine. Lyon, Françoys Juste, 1535, in-19 alongé. — Œuvres de Clément Marot , d«* Cahors. À Lyon , an logis de monsieur Dolet , 1538 , petit in-8^goth. —

Œuvres desquelles le contenu sensuil... Lyon , ches Gryphiia , 1538 , petit in-8*. —

Les mêmes. Lyon , François Juste , 1538 , in- 16. — Les mêmes, imprimé à Lyon par Jsàmn Barftou, 1539, petit in-8**. — Les mêmes. Lyon^ chés Estienne Dolet ^ 1543, petit in-8*.— Œuvres plus amples et en meilleur ordre que paravant. Lyon^ à fmueigne du Rocher, 1544 2 part, en 1 vol. petit in-8^

Editions donnéespar Jean de Tournes : Œuvres , 1546 , in-16 ; 1548, in-16 ; 1549 , petit in.12; 1553, in>16 ; 1558 , in-16; 1573,in.16; 1578, petit in-12; 1579, in.16; 1585, in-16 ; 1603 /in-16. Jean de Tournes a publié au moins dix éditions de Marot.

Editions données par Guillaume Roville : L'Adolescence Clémentine , etc. On les vend à Lyon h la Fleur de lys dor, en la boutique de Guillaume Rouille , 1834, in-16. -^Œuvres (imprimées par Estienne Roussin et Jean Ausoult ), 1546, ra-12 ; 1550, in-16; 1553, in-16 » 1554, petit in-12i 1561, in-16.

J'ajouterai k ces précieuses éditions lyonnaises celle des Œuvres de Jean Marot :

Recueil des œuvres do Jehan Marot. Lyon. On les vend en la maison de Françoys Ji$ête , demowant deuant Nostre-Dame de Confort , 1 534 , iif-12 alongé.

P0£S1£; LOUISE LABÉ. — XVl^ SIÈCLE. 6^1

Adolesceou , qui la peiue arez prise De m'cnrichir de los noo mérilé , Pour en louant bien dire vérité , Laissez-moi là et louez- moi Loyse.

Cette femme célèbre , Thomiem' de Lyon et des lettres au seizième siècle, méritait bien, en eflfet, que Marot en parlât ainsi. '

- Louise était la fille d'un sieur Charly ou Charlin, surnommé Labé , et cordier de son état. Une excellente éducation , plus forte qu'on ne la donne ordinairement aux filles , et une aptitude spéciale, développèrent rapidement Fintelligence de Louise, qui apprenait tout sans fatigue. Cette enfant se faisait remarquer par une précocité extraordinaire ; elle savait Titalien , l'espagnol, et n'avait point négligé les arts d'agrément, la musique surtout, qui fit le charme de sa vie :

Lors qu'exerçoi mou corps et mon esprit En mille et mille œuvres ingénieuses ,■

a- 1- elle dit de son jeune âge. Il parait même que des exercices physiques, réservés aux hommes, ne lui étaient pas étrangers ; si l'on en croît le témoignage peut - être un peu flatté d'un de ses panégyristes , elle maniait fort adroitement les armes et gouvernait très bien un cheval. Tels sont les talents qu'elle eut occasion de montrer, lorsqur'à l'âge de seize ans, en 45ft2, elle accompagna l'armée du dauphin au siège de Perpignan. Grande et fortement constituée , Louise y parut avec une conte-

i. — La poésie, à Lyou , était grandement tombée en quenouille au seizième siècle ; ce forent des femmes qui s'y distinguècent le plus ; on ne peut pas compter Harol parmi les auteurs lyonnais. Beaucoup des hommes que j*ai cités faisaient des vers , mais presque toujours des Yers qui avaient le double tort d'être médiocres et d*élre latins. Jacques firunet , poète et jurisconsulte , est Pauleur d'un éloge en vers de la ville de Lyon , qui est conservé aux arcbires de la TÎlle : De laudibut et exceUmtiis iwbis %Uustris»hnœ LugduMt, Brunet chante sucoessivement l'Eglise de Lyon, le barreau , le commerce , les écrivains ; c'était un détestable versificateur latin. Un autre poète de celte époque, né dans le Forez, Claude Trellon , soldai du marquis de Saint-Soriin , publia un recueil de poésies ( Lyon ^ 1592) : on y trouve le premier livre de la Flamme dTamour, Il était ligueur modéré , du moins si l'on en juge par l'ode sttr Vambition, qu'il adressa à son maître.

Peut-être ne serait-il pas impossible d'exhumer d'autres noms de poètes , et d'autres tildes de livres également obscurs; mais j'en ai probablement cité déjà beaucoup trop.

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nance si guerrière , qu'on l'appelait au camp le capitaine Loys. Cette excursion militaire, sur laquelle quelques explications auraient été bien désirables , ne porta aucune atteinte à la réputation de la jeune fille : Louise avait sans doute accompagné quelque parent dans une expédition qui ne devait être ni longue ni périlleuse. De retour à Lyon , elle devint bientôt la femme d'un homme qu'on croit avoir été beaucoup plus âgé qu'elle^ Ennemond Perrin, cordier comme l'était son père K Ce riche marchand possédait plusieurs maisons ; celle qu'il habita avec sa femme devint célèbre : elle était située à l'angle de la rue Confort et d'une petite ruelle qui se dirigeait vers Bellecour, encore propriété privée à cette époque. Il y avait un jardin auprès de la maison de Louise :

Un peu plus haut que la plaine Où le Rone impétueux Embrasse la Sooe humeiiie De ses grans bras tortueiis , De la gentille pucelle Le plaisant jardin estoit.

L'extrême beauté de Louise a été exaltée en vers et en prose ; le bon doyen de Beaujeu , Paradin , se laisse aller , quand il en parle , à un enthousiasme qui ne lui est pas ordinaire : « Louise « Labé avoit , dit-il , une face plus angélique qu'humaine; mais « ce n'étoit rien à la comparaison de son esprit tant chaste, tant »< vertueux , tant poétique , tant rare en savoir. , qu'il sembloit « qu'elle eût été créée de Dieu pour être admirée comme un <( grand prodige entre les humains. Car, encore qu'elle fiil ins- (c tituée en la langue latine , dessus et outre la capacité de son « sexe, elle éloit admirablement excellente en la poésie des

1 . -- La profession de cordier, au seizième siècle , n'était pas ce qu'elle est aujoardlioi ; ceux qui l'exerçaient fabriquaient non-seulement des cordes , mais aussi des cAbles et des agrès. Ennemond Perrin n'était pas seulement marchand , il mettait aussi la main i l'œuvre, du moins s'il faut prendre h la lettre ces vers de l'impertinente et curieuse ode ou éptire qu'adressa OHvier de Maguy au débonnaire époux :

Et lors qu'afce ton tablier gras El ta quenouille entre les bras , Au bruicl de ton tour tu t'esgayes.

ly. Rréghoi a publié en entier l'épltrc à sire Aymon (Nouveaux mcl. biogr. et littéraires ; A//0»» , 1829-1831, 288).

P0É9IB ; LOUISB LABÉ. — XVl^ SIÈCLE. 6&3

» langues vulgaires, dont rendent témoignage les œuvres (pi'elle (c a laissées à la postérité. » Beaucoup de poètes qui ont chanté Louise font un éloge brillant des charmes de sa figure :

Quel dieu grava cette maicslé douce

Et ce gay port d'une prompte alegresse ^ ^

demande Tun. Un autre s'extasie sur la bouche coralline de Louise ; celui-ci vante le blond doré des cheveux de la jeune poète , celui-là la rose qui colorait le lis de son teint ; aucun n'oublie le merveilleux esprit et le talent poétique de la femme d'Ënnemond Perrin. Ces éloges rassemblés forment un recueil presque aussi considérable que les oeuvres de la belle Lyonnaise. Un de ces ardents panégyristes, Jacques Pelletier, s'exprime ainsi dans une ode à Louise :

J'ai vu enfin damoiselles et dames , Plaisir des jeux et passion des aines , Aux visages tant beau». ....

Bien qu'ette soit en tel nombre si beUe , La beauté est le moins qui soit en elle ;

Car le savoir qu'elle a , Et ie parler qui soevement distille , Si vivement animé d'un doux style ,

Sont trop plus que cela.

Olivier de Magny, qui a fait une description beaucoup trop complète des charmes de Louise , dit à sire Aymon (Ennemond) :

O combien je l'estime heureux

Qui vois Tor de sa blonde tresse Et les attraits délicieux Qu'Amour décoche de ses yeux !

Qui vois quand tu veulx ces sourciz , Sourciz en hebeine noircis , Qui vois les beautés de sa face , Qui vois et contemples sa grâce , Qui la vois si souvent baler , Et qui l'ois si souvent parler *

i. — Voici le portrait que fait de Louise Labé l'éditeur di* 1762, eu la peignant comme son imagination la loi a représentée :

m Louise Labé éloil assex grande , d'une taille aisée , bien faite ; elle avtil de l'embon- « point , la peau très blauche , de belles couleurs , le bras et la gorge admirables , les

6hU

Sept autres strophes lui suffisent à peine pour terminer ce portrait de Louise ; il n'oublie rien. Tous ces poètes , qui célébraient à Fenvi les merveilleux attraits de Louise, se laissaient emporter dans leur enthousiasme à de grandes licences , autorisées peut-être par les mœurs du temps ; ils s'expriment avec admiration et passion.

Une femme , bien digne d'être citée après la belle Cordière , et que Lyon a possédée quelque temps , s'adresse ainsi à Louise dans des vers empreints d'une douce sensibilité :

El tu chantas l'Amour ! ce fut ta destinée.

Femme ! et belle ! et naïve , et du monde étounée !

De la foule qui passe , évitant la faveur ,

loclinant sur ton fleuve uu front tendre et rêveur ,

Louise ! ta chantas. A peine de l'enfance

Ta jeunesse hàlivc eut perdu les liens ,

L*iimour te prit sans peur , sans débats , sans défense i

Il lit tes jours , tes nuits , tes tourments et tes biens ,

Et toujours par ta chaîne au rivage attachée ,

Comme uue nymphe ardente au milieu des roseaux ,

Des roseaux à demi-cachée, Louise ! tu chantas dans les fleurs et les eaux !

(Mme DsiBOtou-VALHOtc.)

Tant d'agréments dans l'esprit et une beauté si rare devaient faire rechercher beaucoup Louise Labé , et c'est ce qui eut lieu en efifet ; elle recevait dans sa maison les hommes les plus distingués de son temps, des magistrats, des savants, des militaires , des poètes , et sans doute aussi des femmes de beaucoup de distinction. Les réunions qui se tenaient dans son jardin ou dans son beau cabinet de livres, étaient infiniment agréables : on y causait poésie et petits événements du jour; on y faisait des lectures et de l'excellente musique. Il est probable qu'on y entendit plusieurs fois cette intéressante Clémence de Bourges , la perle des damoiselles lyonnaises , belle conune Louise ,

•< clicven\ bloniU, les sourcils noirs , de beaux yeux , le front grand , les lèvres vermeilles, •• de belles di'uls , le rire gracieux. •• ( Recherches «rw la vie de Louise Labé , XI.)

On n*a de Louise Labé que des portraits imaginaires ; un d'eux a été lithographie par Hevurclion , d'après un duâ&iii de fantaisie par Nouotte , gravé pour Tédi tien de 1762; un autre est de M. Seriur. il existe un buste en marbre de cette femme poète, par M. Foyalier; il est parfaitement exécuté : Bl. Gonon Ta fait lithographier.

poésie; LOUISE LABÉ. — XVI*^ SIÈCLE. 6Û5

comme elle encore poète d'un rare mérite , et dont le talent sur Tépinette était si renommé , que Henri II et Catherine de Médicis voulurent la connaître. *

On voyait sans doute , dans ce cercle d'élite , quelques-unes de ces dames lyonnaises dont les écrivains contemporains vantent l'esprit et les charmes : la Jeanne Gaillarde , chantée par Marot; cette Pemette du Guillet, qui a su se faire une renommée poétique même auprès de Louise ^ ; Jacqueline Stuard , si belle aussi et si agréable , que les plus grands personnages recherchaient sa société ; Claudine et Sibylle Scève , et cette Jeanne Creste dont les vers et la beauté extraordinaire ont reçu tant d'éloges ^. Qu'on se représente réunis dans le salon ou dans le jardin de Louise Labé toutes ces femmes élégamment parées selon les modes singulières du temps * , et tous ces hommes

i. — Clémence de Bourges était fiancée à un jeune Ljoiinais, Jean du Pejrat , qui alla rejoindre l'armée royale en Dnuphioé , combattit les prolestants et périt h Beaurcpaire. La douleur tua la pauvre jeune fille , qui fut portée au cimetière le visage découvert et la tète couronnée de fleurs. Celait une perle orientale, comme a dit un écriTaiii contemporain ; Clémence était poète , musicienne , et très bienfaisante : elle fonda , selon l'usage du temps , des distributions , à jours fixes , d'aliments à l'Aumône générale.

S. .^ GuiLLKT (Pemette du }. Les Rymes de ^entile et Tertueuse dame D. Pemette du Gaillet , lyonuoise. LyoHf par Jean de Tournes ^ 1545 ', petit in 8" ; avec la préface adressée par Antoine du Moulin aux dames lyonnoises (édition très rare ). — Rliytbmes et poésies do gentile et vertueuse dame..., avec le Triumphe des Muses sur Amour, et autres nouvelles com* posicions. Paris, Jeanne de Marneff 1546, in-16. — Rymes de gentile et vertueuse dame D. Pemette du Guillet Ijonnoize , de nouveau augmentées. Lyon , Jean de Tournes , i 559 , petit in-B^. — Nouvelle édition avec des notes et un glossaire , par C. Brégliot du Lut. Lyont L. Perrin, 1830, in-8*.

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