Jeanne Creste a inspiré ces vers au poète Duclier
Si qao •xtra prodis , Lttgdaniuii effunditar omne :
Huintnos oculos tain fehementer alis.
Averlant Saperi ne Dobas, CresU, marilo
Aeristo et fiaa^ clama domi , Danae.
Elle a été également célébrée par le poète Voulté. Jeanne parait avoir été l'héroïne d'une anecdote racontée par Barthélemi Aueau , sous ce titre : L'Adventure d*uue belle dame lyonnoise qui , pour gagner un p:iri , donna dans la rue un baiser à un ramoneur.
4. — Le costume des Lyonnaises , à la fin du quinzième siècle et dans la première moitié du seizième , ne manquait pas d'élégauce ; il changea beaucoup dans cet espace de temps , mais les variations de la mode respectèrent son caractère de richesse. C'étaient, au temps de Louise Labé, des robes traînantes doublées de satin et bordées de fourrures , ouvertes par-di*vant
éminents, soit par leur position dans le monde, soit parleur mérite personnel : jamais la société , à Lyon , n'avait brillé d'un si vif éclat.
Jeune, très belle , entourée d'hommages , et mariée , dit-on, à un vieillard, Louise Labé ne pouvait échapper ni à la calomnie ni aux passions; elle aima de l'ardeur la plus vive, ayant son mariage, un jeune homme que la guerre avait conduit à l'armée d'Italie. Mais une faiblesse , qu'excusent, sans la légitimer, bien des circonstances atténuantes, ne doit point être jugée avec trop de sévérité. Il ne faut point oublier la facilité des mœurs de l'époque, ni la situation exceptionnelle dans laquelle se trouvait la jeune femme d'Ennemond Perrin. Il n'est permis, en aucun temps , à une femme , d'être impunément belle , recherchée et spirituelle ; Louise en fît l'expérience. Elle semble avoir préyu les accusations calomnieuses dont elle devait être l'objet, dansées vers de l'une de ses plus jolies épîtres :
pour laisser voir le vêtement de dessous. Les manches avaient beaucoup d'ampleur » elles étaient tantôt ornées de fourrures, rantAt tailladées en bandes de satin d'une couleur différente. Les dames d'un haut rang portaient des robes de damas brodées d'or, et par-dessus une autre robe également en damas , mais d'une autre couleur ; les manches étaient fort larges et doublées d'hermine. Ces robes avaient de très longues queues, que les dames faisaient porter quelquefois. M. Péricnud a cité le chapitre de Caadis miUierum qui se trouve dant la Somme des vertus et des vices d'un dominicain lyonnais , Guillaume Pérauld. Voici les premières lignes de ce chapitre :
m Hoc vilio laborant dominae qux longas caudas trahunt post se , terram pretiosis vestibus induenles, et de iiuditate Christi in paupcribus non curantes. Caudis suis pulices colliguot , et puiverem movent hominibus : Chrislura vero quem in tôt pauperibus nudis respicinnt , et non operiunt , timendum est eis ne in caudis earum Diabolus quiescat.Unde legitur de quodam sancto , qui vidit Dialwlum quemdam ridentem , et quaerens ab eo causam risus, dixit : Vidi socium meum equitanlem super caudam cujusdam mulieris , quse dum reiraheret caudam , cecidit socius meus in lutum, et inde risi. .. » (Notes et Documents. Lyon, 1859, p. 73.)
Le poète Rousselei s'est permis une épigrammc facétieuse sur la longueur de la queue des robes que portaient les dames de son temps :
Distento mulierquod Terril syrmita terram..
Il est permis nu latin de braver l'honnêteté j je n'ose cependant citer le second vers.
La coiffure des Lyonnaises au seizième siècle était très singulière , et, du reste , présentait (le nombreuses variétés : c'étaient tantôt des bonnets plissés à formes bizarres, surmontés d'une bande d'étoffe posée à plat et qui descendait jusqu'au-dessous des épaules ; tantôt , selon un écrivain contemporain , * des couvre-chefs si longs qne tels y avoient qui touchoient la terre par derrière leur dos. »»
poésie; LOUISE LABÉ. — X.V1® SIÈCLE. 647
Qoand tous lirez , ô daines lyoonoises ,
Ces miens escrils , pleins d'uniourcuses noises ;
Quand mes regrets, ennuis, despils el larmes
M'orrez chanter en pitoyables carmes ,
Ne veuillez point condamner ma simplesse ,
Et jeune erreur de ma folle jeunesse ,
Si c'est erreur : mais qui dessous les cieus
Se peut vanter de n'être vicieus ?
Elle revient sur la même idée , mais avec plus de grâce et de mélancolie encore , dans ce sonnet :
Ne reprenez , dames , si j'aj aimé ; Si j'ay senti mille torches ardentes , Mille travaux , mille douleurs mordantes ; Si , en pleurant , j'ai mon temps consumé.
Las ! que mon nom n'en soit par vous blâmé : Si j'ay failli , les peines sont présentes , N'aigrissez point leurs pointes violentes ; Mais estimez qu'Amour, à point nommé ,
Sans votre ardeur d'uo Vulcan dxcuier ,
Sans la beauté d'Adonis accuser ,
Pourra , s'il veut, plus vous rendre amoureuses ;
En ayant moins que moi d'occasion , El plus d'estrange et forte passion , El gardez-vous d'être plus malheureuses.
Louise paraît avoir eu beaucoup à se plaindre des fenmies de Lyon : les dames d'un haut rang affectaient de ne voir en elle que la femme d'un marchand de cordages, et mesuraient leurs sentiments à son égard sur le peu de considération qu'elles avaient pour son mari. D'autres médisaient des assemblées qui se tenaient dans la maison de Louise ; elles prétendaient que leur motif réel n'était pas précisément Famour des lettres , et que la maîtresse de la maison ne retenait pas tant d^admirateurs autour d'elle par les seuls charmes de son esprit. La rupture de Louise avec Clémence de Bourges fut un nouveau texte pour la calomnie; elle avait pour motif une accusation bien grave : Louise aurait abusé de la confiance de son amie pour lui enlever son amant. Enfin les dames de Lyon, quelque peu prudes, blâmaient le ton libre de quelques-unes des poésies de la « nymphe ardente du Rhône , » et en tiraient des conjectures
6^8 XVI^ SIÈCLE. — MARCHE DE LA CIVILISATION A LTOlf.
défavorables aux moeurs du poète. C'était se montrer bien sévères. Louise n'avait pas désiré la publicité : « Quant à moi, « disait-elle à Clémence de Bourges , tant en écrivant première- « ment ces jeunesses que en les revoyant depuis , je n'y cher- «< chois autre chose qu'un honnête passe - temps et moyen de « fuir oisiveté , et n'avois point intention que personne que « moi les dust jamais voir. » N'est-ce pas un motif de plus pour penser que la liberté de sa parole ne s'étendait pas à ses mœurs? Ce fut pour elle, ou tout au plus pour les montrer à quelques amis , qu'elle écrivit ces sonnets dont l'expression est si ardente ; son imagination faisait tous les frais de ces jeux d'esprit. Poète, elle se permettait les vivacités galantes qui sont si familières aux écrivains lyriques, et que personne ne s'est jamais avisé de prendre pour de l'histoire. « Au seizième siècle, dit fort bien « M. Sainte-Beuve , les honnêtes femmes écrivaient et Usaient « l'Heptameron, et le grave parlement, dans les Grandsci Jours de Poitiers, célébrait sur tous les tons la Puce de « M"* des Roches. Les sonnets amoureux de Louise Labé a mirent en veine bien des beaux esprits du temps , et ils comcc mencèrent à lui parler en français , en latin , en toutes les « langues, de ses gracieusetés et de ses baisers (de Aloysiœ « Labeœ osculis) , comme des gens qui avaient le droit d'expri- « mer un avis là-dessus. Les malins ou les indifférents ont pu c< prendre ensuite ces jeux de l'imagination au pied de la « lettre... De ce qu'une foule de poètes se déclarèrent bien N haut ses amoureux, doit-on en conclure qu^ils frurent ses « amants, et faut-il prendre au positif les vivacités lyriques « d'Ohvier de Magny, plus qu'on ne ferait les familiarités « galantes de Benserade > ? » M. Sainte-Beuve dit cela sans dissimuler qu'il y a , dans les témoignages cités , deux ou trois endroits embarrassants, incommodes, et qu'on aimerait autant ne pas connaitre. Ce langage est fort raisonnable , et on ne saurait mieux dire. c< Les mœurs de chaque siècle sont si à part « et si sujettes à des mesures différentes, » dit ailleurs le même critique, « qu'il serait, après tout, très possible que Louise, « en sa qualité de bel esprit, se fût permis, jusque dans le