CHAP. II. — CIVILISATION DES GAULOIS
débordait sans cesse. Ce n'est pas exclusivement de leurs troupeaux que tant de multitudes auraient pu se nourrir, et, sans aucun doute y elles savaient aussi féconder la terre. Plusieurs des provinces de Tancienne Gaule étaient renommées par leur fertilité; on y recueillait en abondance les céréales les plus estimées. Dès les âges les plus reculés , la vigne fut travaillée et devint célèbre par Texcellence de ses produits : des vins de bonne qualité et d'espèces variées supposent des connaissances en agriculture ; ils ne sont pas donnés tout formés par la terre , et leur confection est un art dont la pratique suppose certaines lumières. L'extrême abondance de la population révèle un autre fait important, un certain degré d'aisance chez cette nation ; si elle n'avait eu à sa disposition que des moyens d'existence insuflSsants et précaires, son accroissement aurait été impossible. La misère abrège l'existence des nations comme celle des individus , et , de toutes les conditions, soit pour étendre la durée moyenne de la vie chez l'homme, soit pour augmenter la multiplication de l'espèce, la première et la plus importante , c'est l'aisance. Si la Gaule avait été habitée par des nations pauvres , elle n'aurait eu pour habitants que de chétives peuplades, éparpillées sur un sol désert.
Il y avait des mines en abondance sur cette terre féconde ; on n'ignorait pas le secret de les exploiter, etTart de creuser des mines pour extraire les métaux de la roche qui les renfermait fournit souvent d'utiles ressources aux Gaulois pour défendre une ville assiégée. Ils étaient moins habiles à fondre et à préparer le minerai, et leurs connaissances métallurgiques avaient fait peu de progrès, du moins, si on en juge parla qualité inférieure des armes et des outils dont ils faisaient usage * . Cette épée, qui ne quittait pas même le guerrier gaulois après sa mort, était feibriquée avec du cuivre imparfait ou avec du fer mal forgé ; et cependant, dans les combats , elle portait à l'ennemi des coups terribles. Il y avait de nombreuses fabriques d'armes offensives et défensives dans
l.~ M. Uicbelet, parlant de champs de bataille où avaient paru les Gaulois , s'exprime eu ces termes : « II? y montrèrent leur raine et brutale audace , combattant tout nus contre des gens bien armés, heurtant à grand bruit de leurs chnrs de guerre les masses impénétrables des légions , opposant au terrible pilttm de mauvais sabres qui ployaient au premier coup. » ( Hùloire de France , tome I , p. 15. )
CIVIUSATION DBS GAtLOlS. Ui
lés Tilles des Gaules ^ Matisco (Màcon) en possédait deux d'où sortaient, en grande quantité , des arcs et des javelots.
On peut étudier les manufactures gauloises dans la nature des vêtements dont la nation faisait usage : elles n'étaient pas sans doute très perfectionnées, mais nul doute que le tissage de la laine n'ait été connu et pratiqué avec activité. Les larges braies de nos ancêtres étaient fabriquées avec une étoflTe à raies ou a bandes ; c'est d'un tissu plus fin encore et plus orné q[u'était faite la saie. Si le manteau du pauvre n'était qu'une laine grossière , l'or en riches dessins et d'élégants ornements paraient la tunique des chefs militaires.
Toute nation che» laq[uelle on trouve en abondance des produits agricoles, tels que le viû et le blé, et qui a des manu&ctures , devient , par ses besoins et par son intérêt , une nation commerçante. Quand les peuples ne trouvent pas sur le sol qu'ils habitent toutes les ressources dont le degré de civilisation auquel ils sont parvenus leur a fait une nécessité , il faut bien qu'ils se les procurent par la voie des échanges : l'un porte à l'autre l'excédant de ce qu'il possède , et reçoit en retour ce qui lui manque. Ainsi s'établissent les relations internationales; ainsi faisaient les anciens Gaulois. Ils avaient un commerce étendu, non* seulement entre eux , mais encore avec les peuples étrangers. « Cette nation, a dit César, est très industrieuse et très adroite à imiter et à exécuter ce qu'elle voit faire *. » Tant d'intelligence , attestée par un si excellent témoin , prouve que nos pères étaient allés fort loin dans les arts de la civilisation.
Celui qui souriait le plus à leur courage , c'était l'art militaire ; ils le cultivaient avec soin , bien qu'ils ne l'aient pas porté aussi loin que leurs vainqueurs. Us entendaient très bien les moyens de défendre tme ville assiégée par des forces supérieures; ils savaient élever des remparts , creuser des fossés ou des galeries souterraines , et fabriquer des machines de guerre. Nul peuple ne donna plus de peine aux Romains , et ne résista à la conquête par une plus grande intrépidité, alliée à une plus grande fécondité de ressources.
1 • — Ut est summae geiiut solcrlia; , adque ad omnia imilanda atquc enîcicmla , qiix ai) qiioque Iradanlar apiissimura. (De Dello GaHico , Kb. VU, 13)