CHAP. II. — CIVILISATION DES GAULOIS
L'architecture demeura chez eux dans un état d*enfance : ils n'avaient pas de temples , pas de monuments pubUcs ; leurs Dolmen et leurs Men-hir ne sont que d'immenses blocs grossièrement taillés. Quoique à la portée des carrières qui leur auraient fourni des matériaux excellents pour les constructions , ils habitaient des huttes faites avec des solives et de la terre desséchée au soleil. Leurs villes étaient sans doute moins mal bâties , mais on n'y trouvait ni confortable , ni régularité.
On parlait dans la Gaule, avant l'invasion des Romains, l'idiome national, le celte, langue âpre et rude, analogue aux dialectes gallois et breton , et qui ne tarda pas à se corrompre après la conquête. On a remarqué sa frappante analogie avec les langues latine et grecque , qui devinrent bientôt familières dans le Lyonnais , la dernière surtout.
Bien qu'il fût essentiellement guerrier, le peuple gaulois montra de bonne heure une singulière aptitude pour le premier des arts de l'intelligence, la poésie. Aussi loin qu'on remonte dans ses annales, les bardes se présentent, et montrent un talent d'un ordre élevé '. Ils chantaient en vers lyriques la vertu, le courage , les exploits des héros et les louanges des dieux ; leur poésie était un haut enseignement, un magnifique dépôt de la jurisprudence , ainsi que des sciences morales , et un moyen de civiUsation. Selon Caton, les Romains empruntèrent aux bardes gaulois la poésie lyrique, encore inconnue à Rome. Beaucoup de jeunes Gaulois étaient envoyés auprès des druides par leurs familles : là, dit César, ils apprenaient grand nombre de vers, et consacraient quelquefois vingt années à cette étude. Il n'était pas permis de confier ces vers à l'écriture , tandis que dans la plu- • part des autres afiaires , soit civiles , soit privées , les druides se servaient de lettres grecques. Cet usage était étabU sur deux motifs : exprimée ainsi dans un langage d'éHte , la science des druides ne se répandait point trop parmi le vulgaire ; d'autre part , ne pouvant se reposer sur l'écriture , les disciples étaient contraints de cultiver leur mémoire. A ces raisons , Sénèque en