‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 35 sur 262 · CIVILISATION DES GAULOIS · texte numérisé non relu

CIVILISATION DES GAULOIS

ajoute une troisième : dans cet enseignement en langue poétique, aidés par le nombre et rharmonie des vers , les enfants apprenaient plus aisément et retenaient avec plus de facilité. *

Tels étaient les Gaulois au temps de la conquête, tels ils se montrèrent lorsque l'ambition de Rome décida du sort de leur pays.

$ VI. La plus grande partie du monde connu obéissait aux Romains. Maîtres d'un pouvoir sans contrôle , leurs généraux recherchaient sans cesse des conquêtes nouvelles , bien moins encore dans l'intérêt de leur pays que pour acquérir de plus grandes richesses et affermir leur propre domination. Toute nation qui portait ombrage à Rome était condamnée à la perte de son indépendance; tout pays qui touchait à cet empire devait, comme allié ou sujet, s^y réunir à son tour. Trop riches et trop puissants pour conserver leur liberté et l'austérité des mœurs républicaines , les Romains ne permettaient pas aux autres peuples d'être puissants et libres. Ces maîtres du monde étaient en proie , chez eux , à l'esprit de faction et de discorde ; ils avaient fait leurs chefs si grands, que la loi , de même que la répubUque, n'était plus qu'im vain mot. Incapables d'obéir, ces généraux ne pouvaient souffrir de rivaux, et leur ambition avait pour objet constant la conquête du suprême pouvoir. C'est par la corruption, par des suffrages achetés, qu'ils s'élevaient aux grandes charges de l'Etat ; ils sacrifiaient à ce but d'immenses richesses, et, lorsqu'ils l'avaient atteint, ils se servaient du commandement militaire pour rétablir leur fortune ruinée, et employaient, contre Findépendance de leur pays, la gloire que d'heureuses guerres leur avaient acquise. Le monde payait les frais de ces luttes obstinées, et , sans cesse attaquée par ceux-là mêmes qu'elle avait faits si grands , la liberté succombait sous le poids des dépouilles des

(1) Gallu ehristitna. In-fol., Y. IV. — Rmoi. Memoi» ofthe Celle or Gauls. London^ t6i7, in-8°. — Bacos-Tacor. Recherches sur les origines celtiques.^ Azri^ ^ an VI , 9 toi. in-8». — Maitis (/.)• Eclaîreissemeots sur les origines celtiques et gauloises. Paris , 1744, in- 13.— Mabtii {D.-J.). Histoire des Gaules. Paris, 1768, % roi. in-4«. — TaitaiT (Amédée). Histoire des Gaulois. Paris, 183», 5 toi. în-8«». — Le même. Histoire de la Gaule sons Tadministration romaine. Paris, 1840 , 9 vol. in-Sf*. — Doaos. Histoire critique de l'éublissement de la monarchie françoise dans lès Gaules. Acr/x, 1743, 9 vol. in-4*>. — Caius-Julios Cmab, éd. N.-L. Àchaintre et N.-E. Lemaire. Parisiis , 1819 , 4 roi. in-8®.— D'Aiviui. Notice de l'ancienne Gaule, tirée des monuments romains. Paris ^ 17«0, in-4'». — Walouiabs, Géographie aneienne, historique et comparée des Gaules eeltique et transalpine. Fàris^ 1839, 9 vol. in-8^. — Mémoires de la Société Eduenne. Autan, 1844, in-S".

t\U CUAP. II. — GOfCQUÊTB DES GAULES PAR LES ROMAINS.

nations conquises. Rome touchait à la Gaule par l'Espagne subjuguée ; elle avait soutenu de longues guerres avec ses peuples dans le nord de Fltalie , et se rappelait l'insulte qu'elle avait reçue , au centre même de sa puissance , d'un Gaulois vainqueur de ses armées, l'audacieux Brennus. On savait dans le sénat qu'il y avait dans les Gaules des populations belliqueuses et riches , et que les Gaulois égalaient les Romains en force physique comme en courage. De beaux champs de bataille sur cette terre redoutée s'oflBraient à l'ambition des chefs nfiilitaires; une conquête aussi importante devait nécessairement faire de l'heureux général qui l'aurait accomplie le premier dans son pays. Mais une si grande entreprise demandait des conjonctures qui se firent attendre ; on se craignait des deux parts , et avant de se heurter les deux peuples se tinrent longtemps sur la défensive. Il y avait à Rome, un demi-siccle avant l'ère chrétienne, un neveu de Marins, déjà parvenu à l'âge mûr, et qui ne s'était guère fait connaître encore que par un amour désordonné du plaisir , l'art de flatter la multitude , un rare talent de parole et l'énormité de ses dettes. Issu de l'illustre famille des Julia , César avait été témoin de la fureur des guerres civiles , et peu s'en était fallu que le prévoyant Sylla n'eût frappé par un décret de proscription un jeune homme dans lequel il entrevoyait plusieurs Marins. Echappé avec peine à ce danger , César était parvenu aux grands emplois bien moins par ses exploits que par l'intrigue ; nul ne prévoyait ce qu'il devait bientôt devenir, et peut-être l'ignorait-il lui-même. Pourvu de l'administration de l'Espagne , il recula à de, grandes distances les limites de l'empire, devint consul , et, grâces à l'appui de Pompée , obtint le gouvernement des Gaules et de l'Illyrie , avec le commandement de quatre légions. Ce qu'il avait recherché avec tant de passion , ce n'était pas le paisible exercice du pouvoir au milieu de peuples riches , civilisés et tranquilles ; c'était une lutte mortelle, pendant dix ans, avec des nations barbares qui avaient fait connaître cent fois aux armées romaines , par de funestes épreuves , la portée du javelot et la pesanteur du sabre gaulois. Mais César avait un courage égal à la grandeur de l'entreprise , et il savait bien qu'il trouverait l'empire de Rome et du monde sur les bords du Rhône ou sur ceux du Rhin.

CONQUÊTE DES 6AUI.E6 PAR LES BOMAINS. bb

Lorsqii^un chef puissant désire porter la guerre chez une nation voisine, les prétextes ne lui manquent jamais ; César, cependant , n'eut pas besoin de les chercher. Une nation guerrière, dont la population trop nombreuse se pressait sur une terre étroite qu'enfermaient le Rhin , le Jura , le lac Léman et le Rhône , les Helvètes avaient résolu de chercher sous un autre del des terres pour les nourrir. Us traversèrent le Rhône sans Tautorisation de César, et entrèrent dans une province romaine : c'était un cas de guerre flagrant. César franchit les Alpes avec cinq légions , descend dans le pays des Voconces , traverse les terres des Allôbroges, passe le Rhône, entre dans le pays des Ségusiens et atteint au passage de la Saône les Helvètes, qu'il met en fuite. Deux partis puissants se disputaient le pouvoir en Gaule : vaincus d'abord par les Eduens, les Séquaniens avaient appelé à leur aide Arioviste, et triomphé de leurs rivaux. César intervient dans cette querelle , prend parti pour les Eduens , et obtient une victoire éclatante sur Arioviste et ses Germains. Il combat avec le même bonheur les Belges , les Nerviens , les Venètes , et porte la terreur de ses armes en Germanie et jusque dans la Grande-Bretagne. En dix années César s'est rendu maître de huit cents villes ; il a subjugué trois cents nations , tué un million d'hommes sur le champ de bataille , gagné cinquante victoires signalées ,fait douze cent mille esclaves , et conquis une gloire et un pouvoir qui rélevaient au premier rang des Romains.

Aucun des grands capitaines de l'antiquité n'unit à plus d'intrépidité un talent militaire d'un ordre plus élevé , aucun ne posséda à un aussi haut degré l'art de se faire adorer de ses soldats et de les rendre invincibles. César était infatigable ; il avait une activité prodigieuse , et une grandeur d'âme envers ses ennemis vaincus, qu'aucun mécompte ne pouvait affaiblir.

De tous ses habiles lieutenants, ce fut Marc- Antoine qui le servit le mieux; il l'associa à ses projets et en fit son ami. Marc- Antoine fit un assez long séjour dans le pays des Ségusiens , auprès de la colline que les murs de Lyon devaient bientôt couvrir. Il était questeur ou trésorier de l'armée; grâces à cet emploi, il s'empara des richesses de la Gaule, pressura sans pitié les nations subjuguées , et fournit à son général , sans s'oublier lui-même , d'immenses trésors, avec lesquels César paya trente millions

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