‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 41 sur 262 · CHAP. III. — FONDATION DB LVGDVNVM · texte numérisé non relu

CHAP. III. — FONDATION DB LVGDVNVM

S IL Tels sont les faits ramenés à leur expression la plus simple : ils ont pour eux le témoignage de l'histoire exprimé par les écrivains les plus reconunandables , et écrit sur des monuments que le temps a respectés. Plancus a fait bâtir une ville sur les collines qui dominent le confluent du Rhône et de la Saône , et cette ville romaine est Lugdunum. *

Mais le sol qui vit s'élever la cité nouvelle était-il nu et désert ? Ce point de jonction du Rhône et de la Saône , si parfaitement situé pour les relations internationales, était-il sans habitants? Ces commerçants , qui venaient en si grand nombre apporter sur cette terre les produits de l'agriculture ou de leur sol, campaientils en plein air, ou , s'ils étaient reçus dans des habitations^ est-ce au sonmiet des collines de Saint-Just et de Fourvière qu'ils al* laient demander un asile, au sortir de leurs bateaux abandonnés? N'y avait-il que des forêts dans ces campagnes et sur ces plateaux dont la fertihté est si remarquable? Ces considérations ont conduit plusieurs écrivains judicieux à supposer l'existence , dans cette partie des Gaules , d'une ville antérieure à Plancus de plusieurs siècles. Sans ajouter foi à la légende de Momorus el d'Atépomarus , ils empruntaient leurs arguments à la nature même du heu.

Ainsi admise par induction, cette vieille cité gauloise, quel qu'ait été d'ailleurs son nom celte, est devenue la base d'un système accrédité. Après avoir affirmé son existence , on l'a richement dotée de palais , d'amphithéâtres et de constructions magnifi-

Torrc di Rolaodo. Il a été visité souvent par des Lyonoais empressés de rendre cet hommage k la mémoire du fondateur de leur ville.

Voyez, sur ISnscription de Gacte, la correspondance manuscrite de l'Académie ; les iostructiuns données par ce corps savant pour en avoir un relevé exact; la lettre du général Duliesme , et celle de M. Luc- Vincent Tbérj qui a fait une inspection minutieuse et parfaitement exacte du monument. La sixième et dernière ligne de l'inscription ne contient que trois mots, écrits ainsi : lvgvdvnvm et ravricam. (Afss, de CJcadémie , n*> 219.)

<•— "L'Abbé a écrit une dissertation singulière sur l'origine de Lyon ( Epistola prima kistorica : de Ortu lugduui (in- 12, sans date). Dans la première partie, l'Abbé démontre par d'irrésistibles arguments que Lugdunum a été fondé par Plancus ; dans la seconde il soutient la thèse contraire , en s'appuyant , il est vrai , sur les faits controuvés de l'arrivée des lUKxlieDS de Momorus au confluent du Rliùne et de la Saône , et du passage d'4nnibal sur le territoire lyonnais. Cependant la conclusion du P. L'Abhc est assez sensée : il importe peu , selon lui , de savoir quand Lugdunum a commence.

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qaes. On en a fait la ville principale des Ségusiens, et le centre de la capitale des Gaules. C'est dans cette vieille cité , a-t-on dit , qu'étaient frappés en monnaies l'or et l'airain de la province. Plancus a conduit, par l'ordre du sénat, une colonie romaine auprès du confluent du Rhône et de la Saône, mais il n'aurait pu le faire si la ville gauloise n'avait préalablement existé ; et le second fait est la démonstration évidente du premier. Les Romains n'ont-ils pas, d'autres fois, conduit des colonies dans d'anciennes villes qu'ils régénéraient ainsi ? Ne leur suffisait-il pas de changer les lois, en laissant tels qu'ils étaient les lieux et les hommes? Que prouvent et l'inscription de Gaëte et le témoignage, si respectable d'ailleurs, de Sénèque? rien autre chose, sinon que Plancus installa une colonie romaine auprès du confluent du Rhône et de la Saône ? >

Mais si une ville grande , riche et puissante , existait depuis trois siècles dans ce Ueu, conmaent se fait-il que César, l'exact César , qui pendant dix années parcourut la Gaule dans tous les sens , n^en ait parlé nulle part ? Comment ? Il nonmie dans ses Commentaires d'insignifiantes bourgades ; il fait connaître , avec une admirable précision , la situation des villes principales du Uttoral de la Saône ; et de la belle cité gauloise qui fut Lugdunum, pas un seul mot ? Lépide , Silanus , Marc-Ântoine , ont campé auprès de cette ville, et n'en ont rien dit? Leurs Ueutenants ont laissé d'impérissables souvenirs dans de petits villages qui portent leur nom encore , et aucun d'eux n'est entré dans la ville de Momorus ? C'est de cette opulente cité que César a tiré des trésors égaux à la fortune d'un roi , avec lesquels on affirme qu'il a conquis à sa cause les plus grands personnages de Rome ; et cette cité, l'ingrat César ne lui accorde pas l'honneur d'une simple mention ? César a traversé le Rhône plusieurs fois , il a vu ce fleuve s^unissant à la Saône; mais la ville, il ne l'a pas vue ! Est-il possible d'admettre une si choquante absurdité, et le si-

1. —Cette opinion a été loulenue (en 1814) par J. Guerre , dans un écrit lu à l'Académie de Lyon et intitulé : « Dissertation sur l'état de la civilisation du pays ségusien et des Gaulois ou Celtes en général , et sur l'existence de la ville de Lyon avant l'invasion des Romains dans la Gaule. » On retrouve dans ce mémoire les qualités et les défauts de l'excellent M. Guerre ; de Tesprit , do l'érudition , du slyle , mais des arguties d'avocat pour raisonnement , point d« critique et peu de conviction-

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