‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 42 sur 262 · CHAP. 111. — FONDATION DE LVGDVNVM · texte numérisé non relu

CHAP. 111. — FONDATION DE LVGDVNVM

leace absolu de César n'est-il pas une preuve irréfragable que Lyon n'existait pas de son temps? *

On a répondu à de si puissantes raisons par des arguments spécieux : il y avait dans les Gaules , au temps où César en fit la conquête , quatre-vingts villes et trois cents nations , dont l'ancienne existence est parfaitement démontrée; César ne s'est pas cru obligé de parler de toutes , et il a omis volontairement d'en nommer plusieurs. Ce sont ses commentaires qu'il a écrits, et non ceux de la Gaule ; ce qu'il a voulu faire, c'est le récit de ses campagnes, et non un traité de géographie. Le grand capitaine s'est étendu plus ou moins longuement sur les villes dont il a fait le siège et sur les positions militaires qu'il a occupées ; mais il n'avait que faire des autres. Si la ville gauloise eut été une place de guerre importante , on ne comprendrait pas le silence des Commentaires ; mais elle n'était qu'un grand marché ouvert au commerce des nombreuses nations de la Gaule , et dès-lors elle n'excitait en aucune £açon l'attention et l'intérêt de César.

Ces raisonnements ne détruisent nullement la force de l'objection. Oui, César eût pu ne point parler d'une bourgade gauloise, sans qu'il y eût lieu de tirer aucune induction de son silence ; mais on parle d'une ville commerçante aussi magnifique qu'une ville d'Italie, et dotée comme elle d'amphithéâtres, d'aqueducs et de palais , d'une viUe gauloise âgée de plus de trois siècles; dès-lors l'argument perd toute sa valeur, et l'objection qu'on a prétendu réfuter reprend toute sa force : il est impossible de l'ébranler.

La saine critique en archéologie a des procédés dont elle ne se départ point , et des règles dont l'observation fait son autorité. Cette patiente investigation du passé n'a plus de base lorsqu'eUe 8*exerce en dehors de monuments bien authentiques , et du témoignage d'écrivains réputés dignes de foi. Ce n'est pas en dénaturant des textes , ou en opposant à des autorités graves , tantôt des arguties, tantôt des citations douteuses, que la science des Winckelman et des Visconti est parvenue à se placer presque au

1.— Le «tleoce de César a été expliqué par le P. Menestrier d'uue façon singulière: César avait intérêt à ne point faire connaître la ville qui lui fournissait tant de trésors. Je crois pouvoir passer sous silence d'autres raisonneinents non moins subtils.

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rang des sciences exactes. On est en droit d'exiger d'elle beaucoup mieux c[ue des conjectures. <

On veut qu'une grande ville gauloise ait existé sur l'emplacement de Lugdunum trois cents ans avant Plancus : comment se fait-il donc qu'aucun écrivain, qu'aucune inscription, qu'aucun monument ne l'aient révélée ? sont-ce des autorités qu'une légende empruntée par Plutarque à un géographe dont les ouvrages sont perdus, et que l'argument tiré du passage dans nos contrées d'Ânnibal qui n'y passa jamais ? Peut-on raisonnablement mettre en parallèle des preuves d'une espèce aussi équivoque avec le fait si grave du silence de l'historien conquérant des Gaules ?

Mais il en est un autre d'une force égale : c'est la parole d'un écrivain célèbre , de Sénèque , qui ftit presque le contemporain de Plancus. Un incendie, dont ce livre parlera bientôt, dévore la ville nouvelle en une seule nuit : Sénèque , qui en raconte les détails , décrit Lugdunum avec exactitude ; il en fait connaître la position, l'étendue, la richesse, et indique avec la précision la plus grande l'âge de cette puissante cité, qu'il reporte précisément au temps de Plancus; il ne dit rien cependant de cette ville gauloise qui aurait existé au même lieu depuis plus de trois siècles. Sénècpie , il est permis de le présumer , connaissait tout aussi bien l'histoire de la Gaule et celle de son pays que les érudits qui , seize cents ans après lui , ont découvert ce qu'il aurait , selon eux , si complètement ignoré.

D'autres savants , qui croyaient à la vieille cité gauloise et ne contestaient pas l'existence du Lugdunum romain, ont imaginé cet autre système : Il y avait deux villes auprès Fune de l'autre , celle-ci gauloise et très ancienne , celle-là romaine et moderne ; Tune se nommait Lugdunum, et l'autre Lugudunum.

1. —M. Blicbelet ne pense pat qiê Lyon exitUt avant César. Après atoir parlé des colonies militaires qu'Auguste avait fondées : « Une foule de villes , dit-il , devinrent de nom « et de privilèges Augustales , comme plusieurs étaient devenues Juliennes sous César ; « enfin , au mépris de tant de cites illustres et antiques , il désigna pour siège de l'adminis- « Iralion la ville toute récente de Lyon , colonie de Vienne , et dès sa naissance ennemie de « sa mère. Celle ville , si favorablement située au conQuent de la Saône et du Rhône , •« presque adossée aui Alpes , voisine de la Loire , voisine de la mer par riropétuosilé de son «* fleuve qui y porte tout d'un trait , surveillait la Narbonnaise et la Celtique , et semblait un « «il de ritalie ouvert sur toutes les Gaules. >• {HUtoirede France , tome I*' , p. 70.)

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