‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 45 sur 262 · SIÈCLE. — LYON SOUS AUGUSTE · texte numérisé non relu

SIÈCLE. — LYON SOUS AUGUSTE

vinCG. Une insulte Mx amies romaines , sur la frontière de la Gaule y devint la cause première de la prospérité à laquelle Lugduaum devait s'élever uvec une si grande rapidité.

Plaûcus avait été remplacé dans le gouvernement de la Gaule par Agrippa , dont l'administration s'est immortalisée par des travaux publics si justement célèbres. Mais Auguste estimait au plus haut degré le talent et l'amitié sincère de l'honune dont il avait fait son gendre; il le rappela auprès de lui. Lollius fut envoyé dans la Gaule : avide de rénommée , ardent, mais animé par un courage que la prudence ne gouvernait point assez , k nouveau gouverneur attaqua les Sicambres et les Allemands, sans avoir suffisamment calculé les forces de ses ennemis. U fiit battu; les barbares s'emparèrent de l'aigle de la cinquième légion , et pénétrèrent au cqeur d'une province romaine qu'ils trouvèrent dégarnie de troupes. Le danger était pressant , Auguste eut hâte de le' conjurer, et, pour surveiller de plus près les mouvements des Sicambres , il se rendit à Lugdunum qui comptait à peine vingt-six ou vingt*-sept années d'existence. La présence de l'empereur arrêta les barbares, qui repassèrent le Rhin après avoir éprouyé de grandes pertes. Agrippa et Tibère avaient accompagné Auguste à Lugdunum.

S IL Auguste fit deux voyages a Lugdunum : le premier eut lieu l'an de Rome 738 ; après un séjour d'une année dans cette ville , l'empereur se rendit en Espagne. Trois ans plus tard il revint dans une cité qu'il aimait, et y demeura de l'année 741 a l'année 7ftû. Son but, pendant cette longue résidence dans la métropole des Gaules, avait un autre objet que l'obligation de contenir un ennemi qu'enorgueillissaient des succès inespérés ; Auguste voulut accomphr un grand travail d'organisation. Il se proposait d'assigner aux provinces que César avait conquises, de nouvelles délimitations , d'introduire de l'ordre dans les finances , de substituer de nouvelles lois et de nouvelles coutumes aux lois et aux coutumes anciennes , enfin de lier intimement aux intérêts de l'empire , par ses bienfaits , les Gaulois encore peu façonnés a l'obéissance. Ce qu'il voulait surtout, c'était l'agrandissement et la prospérité de Lugdunum. L'empereur partagea la Gaule en quatre grandes divisions : les Gaules Narbonnaisc et Lyonnaise , rAqui(aine et la Belgique. La Gaule

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Lyonnaise ou Gelti<pie se prolongea jusqu'à TOcéaû fttmoricaiu*. Placé ûU centre des quatre grandes provinces, Lugduuum en devint le cœur en quelque sorte ; ses fleuves , le Rhône et la Sa6ne et leurè affluents , grandes artères de la circulation , le mettaietit en comiiiunication fréquente avec un grand nombre de nations. Auguste connaissait l'humeur légère et remuante des Gaulois, il savait combien ils tenaient à leurs anciennes moeurs et stu-tout aui druides ^ leurs prêtres. Un des traits principaux du caractère de ce peuple^ c'était la haine de là dominatioli étarangère , et Auguste ne ^ignorait pas. Il entreprit d'attacher les Lugdunois à la Solitude de leurs forêts , en lés initiant aux commodités de la vie civilisée. Leur naturel avait conservé une forte empreinte de barbarie , Tempereut s'eflForça de l'assouph'r par le spectacle régulier de jeux et de fêtes magnifiques. Nos pères regrettaient au fond du cœur l'indépendance qu'ils avaient perdue; l'habile empereur leur donna pour compensation le confortable de la vie matérielle, la paix et des titres qui flattaient leur vanité. Ce prince combla Lugduntmi de ses bienfaits; non-seulement il recula beaucoup son enceinte et pressa son agrandissement de tout son pouvoir, mais encore il le couvrit de monuments splendides. Comme Rome 5 Lugdunum avait un conseil de sénateurs {cvH^nes)^ ses chevaHers, et jusqu'à ses consuls représentés par les duumvirs ; on y voyait , comme à Rome, un palais impérial, des bains pubUcs , un amphithéâtre, un cirque et des temples* Les Lugdunois ne résistèrent point à cette politique; leur caractère mobile et curieux du nouveau se modifia profondément ; ils s'attachèrent au pouvoir qui n'avait point humiUé leur orgueil national, et qui les traitait avec une si grande faveur. Lugdunum eut, depuis Auguste, ses gouverneurs particuliers , nommés par l'empereur , et qui portaient le titre de préfets : ces hauts fonctionnaires avaient pour gardes six licteurs.

1. — « Aagnstus Caftar In quatuor porleé Galliam divisit, ita ul CeltasNarbonenti proTÎDoia: allriboeret » Aquilanot «osdem cum Julio facerel , iiiqac aactit decem alias geôles intrA GaroimMun et Ligerim habitantes ; reliqbam in duas parles Iribuerct , «nam Lag^ono ftdjangeret osqae ad fftiperiora Rlieni , alteram Delgis. » (Strabon, tiy. IV, édition citée, tome I, p. 266.)

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De même que les Romains , les Lugdunois yiyaieiit beaucoup sur la place publique ; c'est là qu'ils traitaient leurs afiaires , et qu^à défeut des intérêts nationaux, ils s'informaient des besoins de leur-commercc. Us se plaisaient beaucoup aux fêtes que leur donnait l'empereur; ils aimaient à voir étalés au milieu du cirque les trépieds sacrés et les prix destinés au vainqueur. Ce n'était pas assez que d'être spectateurs , beaucoup entraient dans la carrière et recherchaient la victoire. On sait que les jeux publics se composaient principalement, à Lugdunum , d'exercices athlétiques, de courses en chars , de compositions musicales et de jeux littéraires dans le genre pythique. Six personnages d'un rang distingué , appelés sextumvirs ou sévirs augustaux (sévir i augustales)^ étaient chargés de veiller à ce$ fêtes , de les rendre magnifiques , et d'y maintenir le bon ordre ; les chefs des plus illustres familles tenaient à honneur de remplir cet emploi. Auguste donna beaucoup de splendeur aux jeux pontificaux : ces fêtes pubUques commençaient le l®"^ du mois d'août, et amenaient à Lugdunum un grand concours de nations voisines.

Lugdunum eut-il sous Auguste un athénée littéraire? On l'a prétendu, sur la foi douteuse de quelques auteurs modernes qui ne citent aucune autorité en faveur de leur opinion. Il y aurait eu , selon eux , dans la métropole des Gaules , une académie formée d'orateurs, de philosophes et de poètes. Selon d'autres, l'athénée de Lugdunum était une école pubUcpie K On a pris sans doute pour des membres d'un athénée les bardes gaulois, au temps des druides, ou les poètes qui prenaient- part aux jeux littéraires devant l'autel d'Auguste. Cette gymnastique de l'intelligence n'avait rien qui donnât Tidée de nos aca-

1. — Quelques écmains de peu de critique ont cru que cette école attirait une grande afllueoce d'auditeurs de tous les points des Gaules; ils affirmeut que l'enseignement de l'Âthénée de Lyon avait pour objets la poésie et surtout l'éloquence : c'est confondre les choses , les temps et les lieux. Ce n'est poiut à Lyon , c'est à Autuu qu'existait celle école ; elle devint célèbre, non au temps d'Auguste , mais au troisième siècle. Le riiétcur Eumène fit beaucoup pour la renommée de cette institution , sur laquelle , au reste , nous ne possédons que des renseignements assez vagues. Quant à TAlbénée de Lyon , dans le sens qu'on lui suppose , son existence est une fable , sans aucun crédit cliez les boromes de quelque science.

demies, institutions permanentes et dont les travaux sont réguliers. *

S ni. Auguste s'occupa beaucoup de l'organisation des finances et de l'assiette de l'impôt à Lugdunum; c'est dans cette ville que les collecteurs versaient l'or de la Gaule pour les besoins de l'Etat. L'empereur voulait que les peuples contribuassent pour une large part aux charges publiques, mais il avait intérêt à ne les point ruiner. Les impôts qui fiirent mis par ses ordres sur la navigation de la Saône , sur l'entrée des marchandises et sur le service des ports , rapportaient beaucoup au trésor et n'étaient point exorbitants. Mais tous les receveurs impériaux n*avaient point cette modération , et Tun d'eux se rendit célèbre par le scandale de ses rapines. Licinius accabla d'exactions les Lugdunois et les nations gauloises ; receveur général des finances dans la province , il la traita sans ménagements et sans pitié. Tous les moyens pour arracher de l'or au peuple lui paraissaient justes ; il agissait comme il eût fait dans un pays conquis. Ces trésors qu'il enlevait au commerce n'entraient point dans les coffires impériaux; Licinius servait, avant tout, son intérêt particulier. Devenu démesurément riche , il fiit possesseur, dans le Lyonnais , de campagnes qui s'étendaient depuis la Saône jusqu'à Tarare. Le Mont-d'Or, qui lui appartenait en grande partie, s'est appelé le mont Licinius. Cependant Auguste vint à Lyon , et entendit le cri des peuples si indignement pressurés ; Licinius l'iavita à visiter une de ses splendides villas , et lui montrant ses trésors : « Tout cet or est à vous , lui dit-il ; il a été amassé « pour vous seul , et si j'en ai dépouillé les Gaulois, c'était pour « les mettre hors d'état de vous nuire et de se révolter contre « vous. » L'histoire n'a pas conservé la réponse d'Auguste; l'empereur sans doute révoqua de ses fonctions le receveur concussionnaire , et accepta les richesses qui lui étaient ofièrtes ; mais

i . — Arlauil a trouvé quelques rapports entre l'Atbéoée de Lugdunum et un sigillum autique qu'on décourrit, eu 1811, hors la porte de Trion. Ou voit sur une face de ce cachet la chouette , emblème de la sagesse , et de Tautre le buste de Pallas couverte d'un casque qui présente par-derrière et par-devant un double masque de Socmte. Ce sigillum est une sardoine à deux couches ; Artaud aurait voulu que TAcadémic Teùt adopté pour son cacliel. ( Ms9. de ^Académie.)

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