SIÈCLE. — LYON SOUS AUGUSTB
de leur reconnaissance et de leur piété envers l'empereur. Elles appartenaient à trois des quatre grandes divisions de la Gaule , la Celtique , FÂquitanique et la Belgique. Si les quatorze nations de la Gaule Narbonnaise ne prirent point part à cette démonstration solennelle, c'est qu'elles avaient déjà érigé leur temple à Auguste. Aucun étranger ne fut admis , au reste , dans cette association des membres de la grande famille gauloise.
Consacré à un dieu nouveau, à celui qui révélait le plus immédiatement sa présence à la terre , le temple devait être un lieu saint , un tribunal pour les combats de l'éloquence , et le rendez-vAs des nations gauloises aux jeux solennels que Lugdunum célébrait chaque année. Jamais prince n'obtint de l'amour de ses peuples un hommage aussi éclatant, et jamais monument public, élevé à la gloire d'un souverain, n'eut une aussi grande renonunée. Orateurs et poètes ont à l'envi exalté le temple d'Auguste ; il a été un des événements de l'antiquité. Suétone , Florus , Strabon et Juvénal en ont parlé , et il fut chanté bien souvent, sans doute, dans les concours poétiques qui avaient lieu chaque année sous ses portiques somptueux. Un grand nombre d'inscriptions encore existantes ont rappelé ce monument ; il est figuré sur plusieurs médailles , dont une , probablement frappée dans Lugdunum , est parvenue jusqu'à nous.
Mais sur quel point de Lugdunum le temple d'Auguste seraitil élevé ? Serait-ce sur le plateau de la colline appelée aujourd'hui Fourvière , ou sur l'une des rives du Rhône ou de la Saône ? Les soixante nations , d'un commun accord , firent choix du confluent des deux fleuves. Aucun emplacement ne pouvait être mieux choisi; il réunissait au plus haut degré toutes les conditions que réclamait sa destination. On sait que les anciens plaçaient d'ordinaire les temples ou les autels de leurs divinités tutélaires à l'entrée même du pays qu'elles devaient protéger, et de préférence au point de jonction de deux fleuves, lieu consacré par la vénération des peuples , et qui avait à leurs yeux quelque chose de mystérieux et de saint. Ces temples étaient considérés par la piété des nations , comme une sauvegarde contre un ennemi étranger et contre la colère des dieux. Celui d'Auguste était fort bien placé à l'entrée du territoire de Lugdunum , ville dont la situation faisait la tête de la Gaule celtique. Un bois sacré
s'étendait , dans la direction du Midi au Nord , sur Textrémité du triangle que formaient les deux fleuves en se réunissant Fun à l'autre. Les écrits des anciens disent en termes formels que le temple d'Auguste fat élevé au point de jonction du Rhône et de la Saône : plusieurs inscriptions attestent le même fait ; l'une d'elles est l'expression d'un vœu fait à Jupiter par Âdginnius , l'un des prêtres du nouveau temple.
Ce monument avait une destination nationale, et était l'œuvre de la reconnaissance de soixante peuples : sa dédicace devait donc être une fête publique, et tel fut, en effet , son caractère. Un autre motif, d'une nature toute politique, ne fut point étranger à cette auguste cérémonie : de retour d'une guerre heureuse contre les Germains , Dnisus avait appris que les nations de la Gaule , fatiguées d^impôts, regrettaient la perte de leurs libertés et s'agitaient pour les recouvrer. Il les réunit et leur fit prêter un nouveau serment de fidélité au peuple romain , à l'occasion solennelle de la dédicace du temple d'Auguste , qui eut lieu l'an de Rome 7ùû, dix ans avant l'ère chrétienne • ; cette date est certaine. Des fêtes magnifiques et la nécessité firent oublier aux Gaulois les velléités d'indépendance qu'ils avaient eues , et Auguste prit place parmi leurs dieux.*
1 . — Ce fait bisloriqae est consigné dans le sommaire du livre CXXXVII de Tite-Live , livre aujourd'hoi perdu : « Ckitates Gerroaniae cîs Rheuum et trans Rhenum posils oppugoantur a Dniso, et tnmullus , qui ob censum exortus in Gallia erat , composilus ; ara Caesari ad confluentem Araris et Rhodani dedicata , sacerdote croato C. Jnlio Verecundari Dubio i£duo. » (T.-Livii Opéra, curante Lemairc , t. VIII , p. 554.)
Le but de Drusus, en réunissante Lugdunum les nations gauloises , est exposé avec benncoup de clarté dans ce passage -de Dion : « Oie (Drusus), quum Sicainbri eorumque atixiliaril, propter absentiam Angusti, ac quia videbaiit Gallos jugum servitutis gravatius ferre, bellum movissent , Gallomm prireorîbus snb prstexlu festi ejns, quod adhuc hodie Lugduni ad aram Augoati celebrator, evocatis motum snbditonim praeoccnpnvit. •• (Dion.-Cass., iiv. LIV , tome I , p. 74i.)
2. — Artaud pense que la dédicace du temple d'Auguste est antérieure à la convocation dés soixante nations gauloises par Tordre de Drusns , en Tan de Rome 744. Il croit qu'elle eut lien ao temps du premier voyage de Tempereor dans les Gaules , et qu'Auguste la fit lui-m^me en sa qualité d'augure et de pontife. Cependant la modestie de l'empereur ne lui aurait pas permis de dédier lui-même le second des autels y celui qui portait les soixante statuettes , et qui était plus spécialement consacré k la divinité augustsie. Quelque plausibles que soient les raisonnements d'Artaud, je n'ai pas cru devoir m'écarter de Topinion la plus généralement adoptée ; elle a pour elle une date certaine , écrite dans Tite-Live. Selon ce témoignage, la dédicace du