SIÈCLE. LYON SOUS SÉVÈRE
Mais , avant d'étudier cette forme si nouvelle et si majestueuse de la viUe détruite , il faut prendre congé de la société romaine
cesaboutissauts. Od peut dés-Ion comprendre que le sang ail pu couler jusqu'aux deux fleuTes, qui soDt très Toisins, Les deux armées étaient considérables , cent cinquante mille hommes se trouvaient aux prises ; le texte de Dion est formel : une si grande multitude a dà nécessairement occuper un espace de terrain considérable. Un seul cboc ne décida pas du sort de la bataille ; il y eut plusieurs engagements , et les manœuvres militaires transportèrent plusieurs fois la mêlée d'un point sur un autre.
Mais, avant de rechercher sur quel point du plateau bressan les deux armées se sont heurtées , il eût été judicieux d'examiner si la bataille n'avait pas été livrée sur l'autre rive de U Sa6ne, sur la droite et non sur la gauche de cette rivière. Dion ne donne aucune indication précise , il parle du sang qui a coulé dans les Qeuves : « Ttntaque copia erat effnsi sangvinis, ut influvios iucideret, » Mais il ne nomme ni le Rh6ne ni la Saône, et il ne dit pas « entre les deux fleuves. » Son témoignage ne saurait donc être cité comme décisif en faveur du plateau bressan. « Pamo apud Tinurtium contra AUnnum felicissime pugnavit Severus, » a dit Spartien. Tinurtium est le nom latin de Toumus , et non celui de Trévoux qui ne fut b&ti que neuf siècles plus tard. C'est auprès de Tinurtium , c'est-à-dire de Toumus, qu'une première bataille eut lieu entre les deux compétiteurs. M. Jolibois prouve fort bien que l'erreur est venue du père CbifQet, qui des deux batailles n'en a fait qu'une , et qui, ne pouvant raisonnablement la placer à Toumus , a fait de Tinurtium la ville de Trivurtium, ou de Trévoux.
Ni Spartien , ni Dion , ni Hérodien , ni Xiphilin, ni Julius CapiloUnus, ne désignent le plateau bressan pour le champ de bataille ; il faut donc examiner les localités et la marche obligée des deux armées. Lyon, au deuxième siècle , était bâti sur la rive droite de la Saône, au sommet des colUnes de Saînl-Just et de Fonrvière ; aucun pont ne faisait communiquer alors la ville romaine avec les habitations éparses au-devant de la colline de Saint-Sébastien. Le plateau bressan est sur la rive gauche. Après avoir fra'nclii le pays des Nantuales , Sévère se dirigea à l'Ouest et rencontra Albin pour b première fois à Tournus , sur la rive droite. Ni l'un ni l'autre n'avait le moindre motif pour traverser la rivière et s'établir sur sa rive gauche : Albin , comme le dit fort bien M. Jolibois, n'aurait pu sans imprudence laisser la rivière derrière lui et s'acculer entre le Rhône et la Saône , sans aucun pont qui pôt assurer sa retraite. Sévère , qui était positivement sur la rive droite , n'avait nul besoin de passer sur la rive gauche pour attaquer Lyon par ce côté t il est donc certain que la bStaille eut lieu presque aux portes de cette ville. Rien n'est plus simple dès-lors que la marche des deux armées. Albin occupait Lyon sur le plateau de Fourrière ; il en sort en se dirigeant au Nord par les hauteurs de Saint- Just, et rencontre aussitôt Sévère qui marche du Nord au Midi. Aucun des deux chefs n'a une raison quelconque pour passer la ririère et pour décrire un arc de cercle sur le plateau bressan : son chemin le plus court , c'est la rive droite. Reste celte particularité grave, mentionnée par Dion et Xiphilin, du sang versé en si grande abondance qu'il va teindre les eaux des fleuves. M. Jolibois voit, dans ces eaux , celles des deux ruisseaux qui se jettent dans la Saône près du faubourg de Vaise , venant, l'un d'EcuUy et de Dardilly , l'autre de Saint-Didier-au-Mont-d'Or. Ce n'est pas traduire fidèlement le mot fluvios, un fleuve n'est pas un misseau , et il y aurait bien d'autres observations h foire, il est bien difficile , dans toutes les hypothèses , que le sang des combattants ait pu couler , littéralement, jusqu'à ces ruisseaux ou jusqu'à l'un ou l'autre des deux fleuves, à moins d'admettre qu'il y ait eu plusieurs mêlées des combattants, les principales sur le plateau , et d'autres dans la plaine sur le bord des fleuves. Cette opinion me parait très vraisemblable. Les deux armées occupaient au moins sept ou huit kilomètres de surface , et il y a eu nécessairement des engagements sur des
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en passant en reyue la marche de la civilisation, chez les Lyonnais, depuis Auguste jusqu'à la fin du règne de Tibère.
points divers : on ne saurait en douter lorsqu'on étudie quelques-unes des grandes batailles de Napoléon. Les manœuvres de cent cinquante mille hommes embrassent huit ou dix kilomètres de rajOD, et quelquefois bien davantage. J'ai donné, comme la plus probable, l'opinion que la défaite d'Albin a eu lien en avant de Saint4ust , sur le plateau ; mais ce n'est qu'une conjectore très vraisemblable , il n'y a pas certitude absolue. Le seul fait bien démontré, c'est que la bataille eut lieu à très peu de distance des portes de Lyon.
On peal consulter, sur U bataille de Lyon :
Ecrhxiins originmux : Diob, lib. LXXY ; Spiirnuif Historia ÀttgUsia , Severas , X; HiioDiiiit Hist., lib. m f p. 525; Xiramit Abrégé de l'bist. rom.; et Jdlivs CArrroLiict, lib. IX.
Bcrtvains modernes : Oiauam , Arehires historiqnes du département du Rbdne, tome II , p. 107.
BoiBu OB PABroMDRT {J.). Rceberchei kistoriqœs tor l'emplMemeiit où l'est livrée U bataille entre Albin et Sévère, l'an 197. Revue du Lyonnais, tome VIII, p. 433.
Pic. Atbénée littéraire , in-S>, 4* livrais.
L'abbé Joluois, curé de Trévoux. Dissertation sur rhistoire ancienne du pays des Dombes. Appendice sur le lien de la bataille entre Sévère et Albin. Revue du Lyonnais (1846), tome XXIII, p. 111.
Quant aux historiens de Lyon , ils ont suivi le P. Menestrier sans dtseussion critique des faits.