VOIES ROMAINES. — II®-II1^ 81ÊCLES
ture ou de la sculpture , on est frappé de ses progrès. Quand la conquête soumit la Gaule à la domination romaine , elle éleva un peuple à demi-barbare au rang des nations les plus civilisées, et fat admirablement servie par Faptitude des Lyonnais. Cette agglomération de Gaulois indigènes, de colons romains, d'ÂUobroges et d'étrangers , se fondit en unité parfaitement homogène , malgré la diversité de ses éléments primitiife.
Tous les monuments d'architecture, tous les travaux publics que ce chapitre va passer en revue n'ont pas été exécutés à la même époque ; bien qu'ils appartiennent tous à l'ère gaUo-romaine, ils n'ont pas tous le même style et le même mérite. Les uns annoncent une période dans laquelle l'art avait atteint un haut degré de perfection; les autres sont empreints des signes de sa décadence. La naissance de Lugdunum a correspondu de près à l'âge de déchn de la civilisation; et quand la famille lyonnaise atteignait l'âge adulte , Tunivers romain , s'afiaissant sous son propre poids , était parvenu à l'époque de la décrépitude. Nos pères ont apparu pendant une période de transition; ils devaient assister à la chute de l'ancien monde et à la naissance de la société moderne* Cette considération capitale , trop négligée par nos historiens, présidera à l'appréciation que va présenter ce chapitre de la marche de la civilisation, à Lyon, pendant les deux premiers siècles.
S L TRAVAUX puRLics. — A. VOIES ROMAINES. Lugduuum avalt à peine un demi-siècle d'existence , et déjà cette ville avait pris rang parmi les plus commerçantes et les plus belles. On a vu combien les travaux pubhcs avaient été poussés avec activité dans son enceinte; aucun ne mérite - davantage l'attention que les routes célèbres connues sous le nom de voies d' Agrippa.
Parmi tous les noms que l'antiquité a transmis à la vénération de la postérité , celui d' Agrippa brille d'un éclat particulier. Capitaine habile , versé dans la connaissance des arts , dévoué sans ostentation à son prince et à son pays, administrateur d'une haute capacité, ce grand homme réunissait toutes les qualités civiles et militaires. L'histoire, qui l'a loué beaucoup , ne lui ï^roche aucun défaut : né dans une condition obscure , Agrippa s'éleva par son mérite aux plus hauts emplois. Octave , qui connaissait tout ce qu'il valait , lui donna pour femme sa fille Julie ,
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veuve de Marcellus , et le considéra toujours non comme un serviteur , mais comme son égal. *
Agrippa vint plusieurs fois à Lugdunum. U y fut appelé , Fan de Rome 734 , par la nécessité de contenir les Allemands dans leurs limites. Ce peuple barbare avait fait irruption danft une province de Tempire ; Farmée romaine le contraignit à repasser le Rhin. C'est à cette époque , selon les témoignages les plus dignes de foi, qu'Agrippa commença l'exécution de ces quatre grandes voies romaines dont Lyon était le point de départ , travail qui n'eut d'égal à son importance que l'immensité de ses difficultés. Jamais le génie du peuple romain n'avait entrepris d'oeuvre aussi colossale : ce qui étonne dans la construction de ces routes , c'est moins encore leur étendue que leur inébranlable solidité. Les travaux publics qu'exécutaient les Romains devaient, comme leur gloire, parvenir à la postérité la plus reculée. ^
Attaquées par le temps et par la main des hommes , les voies d' Agrippa ont péri cependant dans le naufrage du monde civihsé, sous les flots débordés des barbares : il n'en est resté que quelques tronçons enfouis dans les terres aux environs de Lyon , et la description sommaire que Strabon en a faite ^. Interrogés avec
1. — n Agrippa... omnibus in rébus Caesari clemenlium , gloriosarum et utilium actionum aoclor adjulorque. >• (Dion . lib. LUI.)
2.-— Agrippa avait fait dresser avec exactitude uoe carte générale de l'empire ronaio -, elle indiquait avec précision les nations , les colonies , la situation des villes et des ports , et le relèvement des côtes : il est fi^cheux qu'un si beau travail ait été perdu. 11 a du moins servi beaucoup à Pfine le Naturaliste , qui s'exprime en ces termes : « Agrippam quidem in lanta « viri diligontia , praîterque in hoc opère cura , euro orbem terrarum urbi spectandam propo- « siturus esset , errasse quis credat , et cum eo divum Augustum ? Is naroque cômplexam « eam porticum ex destinatione et commentariis M. Agrippas a sorore ejus inchoatam peregit. *• ( C. Plinii Secundi lib. III , cap. ii.)
3. — Ce passage de Strabon a beaucoup d'importance pour notre histoire, et doit être reproduit en entier. « Porro autem montanorum ex Italia in Galliam uUeriorem et septen- Irionalem trajecluum qui per Salassos est Lugdunum ducit : est autem duplex , alter curribas etiam pervius itinere longiore per Centrones; alter per Pceninas fauces brevior , sed idem declivis et angustus. Lugdunum in medio Gallix situm est instar arcis, quum ob fluminum confluentes, tnm quod omnibus partibus est propinquum. Itaque etiam Agrippa hincvias apemit, unam per Cemmenos montes in Aquitaniam et ad Santones usque , alteram ad Rhenum , ^ tiam ad Oceanum per Bellovacos et Ambianos , quartam in Narbonensem Galliam et ad littus Blassiliense. Potest etiam ad sinistram relinquens aliquis Lugdunum et super jacentem regionem în ipso Pœniuo juge diverlcre Rhodano trajecto, nul lacu Lcroano, cl per Helveliorum