VOIES ROMAINES. — II®-1II*' SIÈCLES
attention, ces débris ont révélé la puissance de l'art romain dans Fexécution des travaux publics, et c'est en les décomposant quW a pu apprécier toute la grandeur de l'œuvre. Ils résistent au pieu, au ciseau , au choc des instruments les plus durs , et cèdent à peine à la poudre ; dix-huit siècles ont pesé sur eux sans les détruire.
De ces quatre voies, l'une conduisait aux Pyrénées par les Cévennes , l'Auvergne , l'Aquitaine et la Guyenne ; l'autre se dirigeait vers le Rhin ; la troisième allait à l'Océan par le Beauvoisis et la Picardie , et la quatrième conduisait à Marseille par la Gaule Narbonnaise. Ces quatre grands chemins appartenaient à ces routes de première classe que les anciens historiens appelaient viœ pU" blicœ, consnlares, prœtoriœ ou militares; ils étaient coupés par une multitude de routes secondaires (compendii)^ qui correspondaient à celles qu'on nomme aujourd'hui routes départementales et chemins vicinaux * . Ainsi , les voies d' Agrippa s'étendaient de
plana , superato deluDC monte Jura , ad SequanoB , indeqae ad Liogonet penrenire ; hinc Bmum est ad Rhenumct ad Oceanum. » (Stbabonis Geogr. , Ub. IV, in-fol., p. 318.)
Ainsi Slrabon Tait connaître avec une grande exactitude les quatre yoies d'Agrippa , il indique leur direction , et montre Lugdunum placé au centre de ces roules fréquentées , dont on saurait bien peu de chose aujourd'hui , si les ouvrages du grand géographe de l'antiquité n'étaient panrenus jusque nous.
1. — Les anciens ne nous ont pas laissé de cartes géographiques , à l'exception de celle qui porte le nom de Conrad Peutinger , et dont l'authenticité est admise. Faite vraisemblablement d'après une carte du temps de Théodose , elle est écrite en lettres lombardes , et se compose de peaux assemblées de manière h former un ruban d'environ sept mètres de Ion gueur sur trente centimètres de largeur. Conrad Peutinger^ d'Augsbourg, mort en 1547, en a été le premier possesseur connu , mais elle avait nécessairement appartenu à d'autres maîtres. Cette carte a été publiée. Une des éditions les plus estimées est celle-ci :
PicniMft {Conrad). Peatingeriaiu Tabula iiincraria qiin in Aogaata bibliolbeea Vindobonenai nanc servator. Vindobonœ , Trattner, gr. ia-fol.
Cette carte routière indique les distances de Lugdunum aux villes voisines; on trouve quelques renseignements du môme genre dans l'Itinéraire d'Antonin.
Aaroiiiot {ÀugusUts). Yetera Romanomm Itineraria , sive Aatoniai Augoali lUaerarium , eum inlegris Joa. Simien, H. Saritn et And. Seholtl notis...; emrante Petr. Weaselingins , qui et auaa addidit adnotaiionea. Amsteiodamit 173tt, in- 4**.
On consultera utilement, sur les voies romaines, l'Itinéraire de Rutilius et surtout l'excellent ouvrage de Nicolas Bergier.
C'est en étudiant avec sagacité la carte de Peutinger et riOnéraire d'Antonin que Bl. d Aigiieperse est parvenu à déterminer l'emplacement d'une petite ville voisine de Lugdunum
la Méditerranée à TOcéan , et des Pyrénées au Rhin. Il est impossible de désigner aujourd'hui la partie précise de Lugdunum de laquelle partaient ces grands chemins ; mais on sait qu'aux approches de la viUe ils étaient bordés , selon la coutume de l'époque, par des tombeaux, et ornés d'élégantes villas. L'entrée de Lyon par la voie narbonnaise était de l'aspect le plus saisissant; elle montrait au confluent du Rhône et de la Saône le grand autel d'Auguste, et Lugdunum, alors jeune et brillant, déployé en éventail sur le plateau de la colline de Fourvicre. Les progrès de la civiUsation n'ont pas ajouté beaucoup à l'art de la confection et de la bonne tenue des voies de conamunication par terre. On trouvait de distance en distance, sur les voies lyonnaises d'Agrippa, des relais (muladones) bien pourvus de chevaux de poste que conduisaient, comme de nos jours, des postillons appelés alors veredarii. Le voyageur fatigué y rencontrait des hôtelleries désignées , dans les écrits des anciens , par les noms de diversoriUy cauponm, tabernœ diversoriœy tenues par des aubergistes qui étaient déjà, au temps d'Horace, ce qu'ils sont aujourd'hui. Il y avait, aux portes de Lugdunum et des viUes principales, des préposés qui examinaient et visaient les passeports. Des pierres posées sur les bords des voies d' Agrippa offraient aux voyageurs une élévation commode pour monter à cheval , tandis que de mille pas en mille pas des colonnes indiquaient la distance de Lugdunum aux villes voisines '. On ne fit usage que du mille romain * dans les Gaules pendant les deux premiers siècles de l'ère chrétienne ; mais , à partir du troisième siècle, la lieue gauloise ou lyonnaise de quinze cents pas romains fut généralement adoplée ^. On voyait encore, dans le long par-
ct fort ancienne. Il a démontré que le Lunna de l'antiquité , placé h distance égale de Lugdunum et de Matisco ^ n'était autre que Belleville.
D*AiaoivBtsi {J.'A.'B.). Hecherebes sur l'emplacement de Luniiii et sur doux Toies romaines traversant la partie nord du département dn Rh6ae. Lyon, Barret, 4844, grand in-8*.