XVIII DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Placé dans des conditions moins heureuses, l'obscur chroniqueur, qui raconte les annales dune ville de province ou d'un petit pays, est environné d'obstacles presque insurmontables. Ce sont rarement des faits d'un intérêt général ou bien vif qu'il va retracer ; les hommes dont il se charge d'écrire les actions n'ont joué, presque toujours, qu'un rôle secondaire sur la scène du monde ; enfin il est tenu de présenter , avec de certains développements, des événements qui ne plaisent qu'à un bien petit nombre de lecteurs. Toute ambition littéraire lui est défendue; malgré l'immensité de ses travaux, il ne saurait avoir de popularité en dehors de l'étroite circonscription topographique dans laquelle son sujet est renfermé. Tenu à non moins de goût, de critique et de saine érudition que le peintre d'un grand peuple , obligé peut-être de creuser davantage les faits et de les interroger avec plus de patience et de sagacité, il n'a, d'ordinaire, à espérer ni gloire ni justice, même dans la ville dont il s'est fait l'historien : on le lira peu.
Et cependant il y a toujours eu des hommes à volonté forte, que ces difficultés n'ont point découragés. Ils se sont dit que , .si les annales d'une ville ou d'un petit état n'ont pas le charme d'une histoire générale, le livre qui les expose n'en est pas moins un véritable service rendu au pays ; ils ont pensé qu un portrait bien peint et ressemblant valait un tableau, et que la matière historique, la plus aride en apparence, ne l'était jamais assez pour ne laisser aucune chance à l'art d'écrire : ils ont cru qu'il pouvait y avoir plus .d'instruction solide dans le récit de l'origine et du développement d'une grande ville, qu'on n'en trouve souvent dans l'esquisse