VOIES ROMAINES. — : U*'-III*^^ SIÈCLES
cours des voies d'Agrippa, des tours roudes ou carrées qui indiquaient les délimitations territoriales.
Que de difl&cultés eurent à vaincre les ingénieurs romains pour construire ces routes, et combien l'imperfection de quelques-uns des moyens d'exécution dont ils disposaient ajoute au mérite de leurs travaux ! Ils n'avaient ni la poudre ni la vapeur, et cependant aucun des peuples modernes n'a terminé de plus grandes choses avec des pierres et de la chaux. Dans l'immense trajet de leurs routes, de FOcéan à la Méditerranée, et du Rhin à l'Océan , combien de vallées et de fondrières à combler, de marais à traverser , de collines à niveler et de hautes montagnes à franchir ! Que d'accidents de terrain à combattre ! ici un sol de sable sans consistance, là des rqches granitiques, autre part des forêts, et presque à chaque pas des ponts ou des contre-forts à établir.
D'autres obstacles tenaient à la manière même dont leurs routes étaient construites : il fallait aux ingénieurs romains une grande quantité de matériaux, que le pays ne leur présentait pas toujours. Voici en peu de mots comment les ouvriers d' Agrippa bâtissaient ces chemins : ils traçaient deux sillons parallèles et enlevaient le terrain meuble entre les deux lignes, jusqu'à ce qu'ils eussent rencontré un sol résistant et compacte ; puis ils le rendaient plus ferme en le battant avec des pilons ferrés , et comblaient l'excavation au moyen de quatre lits ou couches solides. La plus profonde était composée de pierres ou de moellons plus ou moins volumineux, posés tantôt à plat dans du mortier, tantôt rangés les uns à côté des autres. La seconde couche était formée de petits cailloux concassés, sur lesquels passait à plusieurs reprises un très lourd cylindre. Un mélange de chaux, de craie , de briques ou de fragments de tuiles brisées, de terre meuble et de chaux , constituait la troisième couche; enfin tous les matériaux divers, et pris bientôt ensemble en masse dure comme du granité , étaient recouverts à la surface de pierres plates taillées en polygones ou simplement équarries '. Il y avait une couche de gravier sur l'un et
1. — Bergier (IVicoIas), Histoire des grands chemins de l'empire romain. BruseVes, 1728, in-4®, lome l"'.
Batissier (Louis), Eléments d*arcbéoIogie nationale. Paris, 184 f, in-12 , p. 209.
HSNESTRIER. — CoLOrilA.
l'autre côté de la route dont le centre était bombé, pour faciliter l'écoulement des eaux. Si les grands chemins romains n'avaient pas la largeur des nôtres , ils étaient infiniment plus solides et demandaient moins souvent à être réparés. On a vu longtemps à Lyon , au-dessus de la porte St-George , un tronçon de la voie narbonnaise qui serpentait sur le flanc de la colline et se dirigeait vers le Rhône.
Avec quels bras et quels trésors Agrippa fit-il construire les quatre voies qui ont porté son nom ? Si le travail était immense, les Romains disposaient de l'or du monde connu ; ils avaient le bon esprit d'employer en temps de paix leurs soldats aux travaux publics ; enfin y toutes les populations alliées ou conquises obéissaient à leurs ordres : on peut faire beaucoup avec de telles ressources. Agrippa trouva dans les Gaulois de Lugdunum des ouvriers habiles et forts ; ses légions prirent une grande part aux travaux. Une pierre tumulaire a conservé l'épitaphe d'un soldat de la troisième cohorte, dont l'emploi consistait à contrôler la dépense : cet homme payait les ouvriers et tenait note de ce qui était dû , ainsi que de ce qui avait été payé. C'est avec l'or nonseulement des Gaulois de Lugdunum , mais encore de tout l'empire , qu'Agrippa pourvut à la dépense ; il nomma parmi les familles riches des inspecteurs des routes {curatores marum\ dont l'emploi était considéré comme très important. A Rome, d'opulents sénateurs étaient commis au soin de la voie publique, dont l'entretien, dans de certaines limites, demeurait à leurs frais. Les empereurs veillaient avec la plus grande attention au bon état des routes, et consacraient à cette dépense une grande partie des deniers publics. Us connaissaient toute l'importance de ces voies de communication au travers de leur immense empire, soit pour établir des relations internationales entre tant de peuples divers , soit pour conduire leurs armées sur tous les points que menaçait l'ennemi.
Les Lyonnais recueillirent d'amples bénéfices de l'étabhssement des voies d'Agrippa ; leur ville était devenue une seconde Rome: ils se trouvaient placés au centre d'une partie considérable de l'empire, et voyaient passer dans leurs murs tout le commerce du Nord au Midi. Reconnaissants, comme ils devaient l'être, pour des bienfaits si grands, nos pères prodiguèrent les témoignages
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de leur vénération au prince dont la faveur était si profitable à Lugdunum. Ils éle?èrent des statues à Auguste ; ils firent plus : Auguste devint pour eux un dieu qui eut son temple , ses autels, et des prêtre» choisis parmi Télite de la population gauloise.