I. — Fiacliéron. — Loymorie. — Terme
Mont-Roman des sources abondantes et intarissables; on pensa à les recueillir. Un second aqueduc fiit construit , vraisemblablement dans le premier âge de Lugdunum , par les soldats de Marc-Antoine et de ses successeurs : il prenait naissance , à 16 kilomètres de la Loire , dans l'étroite et rapide vallée où coule rOrgeole ^ sur la commune de Dueme , au-dessous de la grande route de Bordeaux et à 500 mètres plus loin ; traversait le territoire de Ste-Foy-FArgentière et de Mont-Roman; se dirigeait successivement sur Courzieux , Chevinay , St-Pierre-la-Palud , Sourcieux et Lentilly; traversait le col le moins élevé de la chaîne, et, reparaissant vers la Tour-de-Salvagny, franchissait Sainte-Consorce , Pollionay , Yaugneray , Grézieu, Craponne et Tassin, après un parcours de 50,000 mètres. Dans ce trajet , Taqueduc , toujours souterrain , suivait les sinuosités des montagnes et des vallons , recouvert par trente ou quarante centimètres de terre végétale , et alimenté par les eaux de dix-sept ruisseaux ou sources principales.
Cet aqueduc arrivait-il jusqu'à Fourvière ? Hippolyte Leymarie pensait qu'il s'arrêtait à k kilomètres de Lugdunum : dans ce système, il aurait été construit pour le service exclusif du camp romain , opinion qui n'est point devenue générale. ^
Les deux aqueducs du Mont-d'Or et de la Brevenne n'amenaient point les eaux à un niveau supérieur au sol de St-Just , et ils étaient inutiles pour le plateau plus élevé de Fourvière que recouvraient des jardins et des palais magnifiques. Lyon n avait cessé de s'accroître en étendue comme en population : cette ville, à l'exemple de Rome, avait un théâtre, une naumachie, des bains publics; il lui fallait, dans cet état prospère, une très grande quantité d'eau , qu'elle ne devait plus attendre des ruisseaux du Mont-d'Or et de Mont-Roman. Cette eau devait lui arriver en masses énormes d'un point plus élevé que le plateau de Fourvière ; il feUait l'aller chercher à une distance effrayante , au
I . — L'aqoeduc de la Breveine oa de Hool-RomaD n'a pas élé connu de Menesincr , de Spon , de Colooia , et de Brosseite. Delorme en a parlé , mais il s'etl grayemeiit trompé en établissant sa prise d'eau dans la Loire : oo aperçoit bien des débris d'aqueducs auprès de Peurs , mais ils appartenaient à un autre bassin. Cochard et Alexandre Flachéron surtosil ont bien décrit l'aqueduc de la Brevenne.
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pied du mont Pilât! Cette œuvre iminense parut possible à Tem* pereur Claude , qui voulut donner à sa ville natale un monument égal en beauté et en utilité à celui dont il avait doté Rome. Un aqueduc fiit construit pour transporter à Fourvière les eaux du Gier : il commençait à deux kilomètres au-dessus de St-Ghamond y passait par le vallon du Fay , entrait dans la vallée de Ghaignon, traversait un pont à St-Genis-Terre-Noire , passait par St-Mauricesur-Dargoire, M ornant, St-Laurent-d'Agny et Soucieux , descendait dans la vallée du Garon , remontait à Ghaponost , descendait encore pour franchir la vallée de Bonan, gravissait le versant de Ste-Foy, parcourait le plateau, atteignait St-Irénée, et aboutissait à un vaste réservoir de distribution placé sur le plateau de Fourvière. Son parcours , qui n'eût été que de trente kilomètres en ligne droite, était tellement allongé par de nombreux circuits et par les courbes des siphons , qu'il n'avait pas moins de cinquante-deux kilomètres. Souterrain dans la plus grande partie de son trajet, il était supporté hors du sol par dix-sept ponts , percés d'arcades magnifiques et d'une grande hardiesse. Quatre autres ponts plus remarquables encore, et eux-mêmes composés d'élégants arceaux , transportaient les siphons au-delà des vallées larges et profondes de Terre-Noire , du Garon , de Bonan et de St-Irénée. Large de 800 mètres , la vallée du Garon a 1 20 mètres de profondeur; plus considérable encore , celle de Bonan n'a pas moins de 139 mètres de profondeur, et un espace de 1,060 mètres séparait les deux réservoirs placés en regard sur chacun des versants de cette vallée. Le ph du terrain vers St-Irénée n'était qu'une dépression de 87 mètres de profondeur. Huit réservoirs et autant de rampants à arcades facilitaient le passage d'une montagne à l'autre ; enfin , de longues files d'arceaux à Soucieux, à Ghaponost et à Ste-Foy , complétaient ce système de constructions dont la riche architecture ne saurait être trop admirée ^ Cet aqueduc ne recueillait point , comme on l'a cru , les eaux du Gier, du Janon^ du Furens et de Langonan : la prise d'eau du Janon ne fiit point terminée , et c'est l'eau seule du Gier que ce
i. — Comme Leymarie, Flachéron et Delorme, mais non avec la même science, j'ai suivi plus ^uue fois le loog parcours de l'aqueduc du Gier de|iiiis son point de départ , au pied du mont Pilât , jusqu'au point d'arrivée sur le plateau de Fourvière.
canal, long de 84,000 mètres, amenait à Fourrière, sur un plateau dont la superficie n*est pas d'un kilomètre carré; mais Tabondance de ces eaux était telle que Faqueduc débitait, selon Delorme , 500,000 hectolitres en yingt-quatre heures. On voit encore .à Fourvière un vaste réservoir que supportent des piliers et des voûtes d'une grande solidité. Dans son long parcours l'aqueduc conservait des dimensions à peu près constantes , soit qu'il rampât sous le sol à une profondeur de un à deux mètres , soit qu'il s'élevât à la surface , supporté par un corps de maçonnerie. Sa largeur ne variait que de 58 à 65 centimètres. Sa hauteur , partout la même, était de 1 mètre 77 centimètres sous clé.
De ces splendides aqueducs il ne reste que des fragments épars à St-Just , à Ghaponost , dans les vallons du Garon et de Bonan, et sur quelques autres points de leur parcours; le temps et surtout la main des hommes les ont presque anéantis. Protégés par leur situation , ceux qui rampaient enfouis sous la terre sont demeurés presque intacts. On présume que la ligne de la Brevenue s'est conservée presque sans altération sur les trois quarts de sa longueur. Chaque année enlève une pierre aux débris qui sont encore debout; de magnifiques arcades, parfaitement conservées dans le vallon de Grange-Blanche , se sont écroulées en totalité , il y a quelques années. Lorsque le bloc résiste aux intempéries de l'atmosphère , il est attaqué par la pioche du maçon qui le brise pour faire servir ses débris à des constructions ignobles. A Bonan, les parois d'arcades sveltes disparaissent sous une tapisserie de lierre qui ajoute à leur élégance; encore un peu de temps , et ces ruines auront disparu à leur tour. Ce n'est pas sans d'amers regrets que l'antiquaire et l'historien assistent à cette destruction lente, mais régulière, d'un des chefs-d'œuvre de l'architecture romaine : il ne mourra pas du moins tout entier, et d'exactes descriptions le feront vivre maintenant jusqu'à la postérité la plus reculée. '
i. — Alexandre Flacbéron a proposé la reslauratiou complète des aqueduct comme le moyen le plus eflicace de fournir h Lyon de bonnes eaux potables ; il n'évaluait pas la dépense à plus de six cent mille francs , mais c'est en artiste qu'il calculait. Les aqueducs ont fait leur temps; il n*y a plus , dans le nôtre, possibilité d'élever des constructions aussi gigantesques , surtout lorsqne la dépense doit peser sur le budget d'une ville : Lyon n'a pas à sa disposition , comme le peuple- roi , les bras de l*armée et l'or des populations. N. Terme
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D. BEAUX- ARTS. Protégés par leur masse, des débris considérables de Tarchitecture romaine du vieux Lugdunum ont pu arriver jusqu'à nous : les beaux-arts ont été moins heureux ; tout a péri dans le naufrage des temps , à l'exception de quelques fragments de sculpture et d'un petit ^ nombre d'ustensiles de genres divers. Moins bien garanties que celles de Pompeï et d'Herculanum , les maisons de nos pères ont été entièrement détruites, et il n'en est pas demeuré debout une muraille sur laquelle on ait retrouvé des fragments de peinture à fresque. Il ne nous reste , pour juger de l'état du dessin à Lyon dans le premier siècle, que des mosaïques, fort belles, il est vrai, et assez bien conservées. Enfouies sous le sol, elles se sont trouvées dans les conditions des maisons d'Herculanum : comme la main des homtnes ignorait leur existence , elle n'a pu les atteindre , et d'heureux hasards nous les ont rendues très peu endommagées. Le luxe de tels embellissements d'une habitation particulière annonce une civilisation avancée , et un haut degré de perfection des beaux-arts. Il y avait bien certainement de belles peintures , des statues d'une bonne exécution, et des bas-reliefs exécutés par de grands artistes, dans la maison qu'ornait de telles mosaïques, et Texistence de l'un de ces arts démontre de toute nécessité celle des autres.
On a retrouvé plusieurs mosaïques de grandes dimensions et d'un beau travail dans l'enceinte du vieux Lyon. Les courses en char du Cirque sont représentées avec vérité et animation sur la mosaïque découverte près de l'abbaye d'Ainay, le 18 février 1806, dans le jardin de M. Macors, et maintenant placée au Musée. Enfouie à un mètre seulement de profondeur , elle était protégée par une légère couche de gravier et par un rang de tuiles; on la trouva à deux cents pas environ de l'emplacement présumé du temple d'Auguste. Cette mosaïque représente des courses de chars et de chevaux dans Tenceinte d'un cirque ; les figures d'hommes et d'animaux ont du mouvement et de l'élégance , et la composition du sujet annonce de l'intelligence et du goût. Le Cirque est bien représenté : on reconnaît sur sa spina sept
a eu peu do peine à démontrer combien il y avait dSllusions palpable» dans le projet poétique d'Alexandre Flachéron , sous le rapport, soit de rexéculion, soit des frais de celle colossale entreprise.
1Û4 IlMlI* SIÈCLES. — CIVIUSAtlON A LYON.
dauphins consacrés à Neptune, et les sept œufs en bois doré qui marquaient le nombre de tours imposé aux concurrents. On y distingue très bien les barrières ou carceres , la grande entrée sans porte, Tintendant des jeux, et, de chaque côté, deux rangs de galeries. Une multitude de chars et de chevaux lancés se heurtent et se croisent avec impétuosité. ^
Cette belle mosaïque a décoré peut-être la demeure de ce pontife , intendant des jeux , que sa munificence a rendu si célèbre : Ligurius donna dans le Cirque des jeux solennels à toutes les corporations de Lugdunum , qui firent graver une inscription en son honneur , sur laquelle on lit ces mots : item lvdos gihcbnses