‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 76 sur 262 · TOMBEAUX. — II1®-IV* SIÈCLES. 1 Û · texte numérisé non relu

TOMBEAUX. — II1®-IV* SIÈCLES. 1 Û

Il faut sans doute rapporter aux beaux-arts la fabrication, si perfectionnée à Lyon , de ces vases d'argent (vasa argentea) que les Romains estimaient si fort. Des inscriptions ont révélé qu'il existait dans"cette ville trois ciseleurs fort habiles : l'un d'eux , célèbre dans sa profession, parvint à la dignité de sévir ; un monument funéraire très beau lui fiit élevé : c'était un sarcophage ^ On travaillait les métaux à Lyon avec beaucoup d'habileté , et cette ville faisait probablement un commerce considérable de vaisselle d'argent 2. L'art de la ciselure dégénéra : si Ton examine avec soin les bijoux en or d'une dame romaine, trouvés en 18Û1 parles Frères de la doctrine chrétienne , et fabriqués vraisemblablement dans le second siècle , on observe qu'ils se recommandent bien plus par la richesse de la matière que par le fini du travail.

E. TOMBEAUX. Les tombeaux et les pierres tumulaires occupent une grande place dans l'archéologie lyonnaise. Cette étude , difficile à raison de la sagacité et des connaissances qu'elle exige, a pris de nos jours une fort grande importance.

On sait de quelles solennités les sépultures étaient entourées

pendant l'ère gallo-romaine, et avec quelle scrupuleuse exactitude

s'accomplissaient les rites de ces cérémonies. A Lyon comme à

' Rome , deux genres de sépulture étaient mis en usage : tantôt on

brûlait les corps , tantôt on les abandonnait à leur inévitable dé-

Le Lyon souterrain d'Artaud est un ouvrage entièrement termine ; je l'ai publié dans la CoUectioD des Bibliophiles lyonnais (1846).

— Le même : Dissertation sur un médaillon en cuivre , trouvé en 1817 en creusant dans l'emplacement de l'église des Jacobins de Ljon. (l/«s. de V académie, n^ 219.)

Le même : Sur un Sigillum , ou cachet antique. Jbid. — Sur l'inscription de Vesta , trouvée à Lyon eo 1827. Uid, — Sur les vej<tiges d'antiquités et inscriptions trouvées dans la rue Sainte-Colombe , à l'extrémité de l'Arsenal. Ilid, — Sur un petit monument religieux en bronze, orné de bas-reliefs, trouvé dernièrement (1829) sur la montagne de Fourviére. Ihid,

LiMoiNB. Figure et dimensions des monuments romains trouvés en 1768 dans les fondations de la Mauécanterie. {Mss, de V Académie , n° 167.)

Bériud. Explication de cachets antiques. Ihiâ.

I. — Gtirro {H.). Sur un monument funèbre qui porte le nom d'un Taseularius lyonnais. Revue du Lyonnais ^ lome XIV (1841), p. 497.

2. — Divers ustensiles en or et en argent ont été trouvés dans la commune des Essarts , près de Bourgoin : ce sont cinq anneaux d'or , cinq cuillers et (rois vases en argent , elc. (Guppo, p. 506.)

iUS IIlMv® SIÈCLES. — CIVILISATION A LYON.

composition , soit en les rendant à la terre , soit en les enfermant dans un sarcophage ou cercueil en pierre. U y avait plusieurs genres de tombeaux : oii appelait ara ou cippus un monument qui supportait des urnes remplies de cendres et d'ossements calcinés; les sarcophages avaient, comme on Ta vu, une autre destination : ils recevaient intacts les corps que la mort avait frappés. Leurs parois avaient une si grande épaisseur et étaient si parfaitement jointes, qu'aucune émanation fétide ne pouvait déceler l'œuvre de la putréfaction. Ces monuments étaient quelquefois décorés avec tout le luxe de la sculpture. De tous ceux que nous possédons , le plus remarquable est celui qu'on a trouvé à Saint-Irénée et dont les galeries du Palais des Arts ont été récemment enrichies. ^

L'usage de brûler les corps s'est conservé pendant assez longtemps à Lyon sous la domination romaine. On appelait mlri" num ou ustrina le lieu où s'élevait le bûcher funèbre. Lorsqu'un Gaulois de distinction était mort , il était porté au bûcher {rogns) par ses parents ou par ses amis accompagnés de ses esclaves (vespillones). Des licteurs , s'il était fonctionnaire public , faisaient partie du cortège. Après l'incinération , on recueillait les cendres et les ossements , et on les déposait dans l'ara ou cippas* 4u troisième siècle , cet usage changea : on inhuma les cadavres, et l'on cessa bientôt complètement de les porter à Yusirinum.

On a remarqué sur un grand nombre de pierres fiméraires trouvées à Lyon , dans le Dauphiné et dans le Forez , la figure

1 . — M. Comarmond a bien voulu me communiquer la note suivante : Ce sarcophage est en marbre blanc de Paros ; il était dans la cour de l'église do Saiiit- Irénée , dans l'espèce de couloir qui se trouve à gauche de la rampe d*escaUer qui conduit & réglise , et il y gisait recouvert par trois mètres de déblais. Il est difficile d'assigner une date précise à ce beau monument ; mais le style de la sculpture porte à croire qu'il appartient à la première moitié du troisième siècle de notre ère. La sculpture en est savante et d*une main habile ; largement exécutée , elle révèle encore dans certaine partie les belles traditions de l'art grec. Le sujet qui orne la face principale , celle de devant, est l'œuvre d'im artiste distingué; il représente une bacchanale dans toute sa pompe. S'il existe des incorrections de dessin, elles sont rachetées par cette expression d'ensemble et par l'énergie d'un ciseau qui a profoiH dément fouillé cette scène mythologique. Les côtés sont loin d'approcher du mérite que présente le tableau principal ; ils ont été confiés à une main très secondaire. Ce monument a subi de nombreuses mutilations. En général, les iconoclastes se sont attaqués aux figures et surtout ont brisé les nez, qui presque tous ont la pointe cassée. Malgré ces mutilations, il n'en reste pas moins un des plus beaux monuments du musée lapidaire où il se trouve placé.

Page 1