‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 83 sur 262 · I1*-IV' SIÈCLES. — LE CURISTIANISME · texte numérisé non relu

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ni meilleurs ni pires. Plus superstitieux et de mœurs plus rudes que les habitants de Rome , ils avaient les mêmes croyances et les mêmes mœurs. Le paganisme avait constitué la société a Lyon comme elle l'était dans les grandes cités de l'Italie.

Mais cette société, profondément dégénérée, n'était plus viable; son organisation imparfaite ne répondait plus aux besoins intellectuels et moraux de ses membres : elle aussi avait fait son temps. Il ne faut point être injuste envers le paganisme, et un historien doit le juger peut-être avec plus d'indépendance et d'impartiahté que n'ont fait les premiers chrétiens, ses adversaires. La civilisation lui doit beaucoup : ses dogmes renfermaient quelques-unes des vérités les plus élevées de la morale; sa gracieuse mythologie plaisait à l'imagination, et, peu compris du vulgaire , ses rites étaient pour le philosophe l'objet de méditations profondes. Tout n'était pas absurdité et chimère dans la théogonie, païenne, et tout n'était pas condamnable dans ce culte qu'ont professé, pendant tant de siècles, les génie;^ qui ont le plus honoré l'esprit humain. C'est la poésie du paganisme qui civilisa les Gaulois nos pères ; c'est elle qui les fit sortir de leurs sombres forêts : ce sont ses enseignements qui adoucirent les mœurs barbares des premiers habitants de Lugdunum. Ce fut un empereur païen qui fit tomber le couteau de la main de nos druides, et qui interdit pour toujours les sacrifices humains. Il y avait une pensée pohtique profonde , jusque dans cette divinisation des Césars , qui choque si fort nos idées : l'empereur était non-seulement le chef suprême des armées, mais encore le souverain pontife. Son pouvoir devenait sacré pour les Lyonnais qui se réunissaient dans le temple d'Auguste : ils ne pouvaient concevoir la pensée de se révolter contre un dieu. Le paganisme avait une haute mission de civilisation à remplir : lorsqu'il l'eut accomplie , devenu impuissant pour l'amélioration de la condition matérielle et morale d'une société qui ne pouvait demeurer stationnaire dans le progrès , il se sentit mourir et tomba. C'était au christianisme qu'il appartenait d'aller plus avant dans les voies de la régénération humaine.

Il y avait de grandes imperfections dans l'organisation de la société lyonnaise au temps du paganisme : Fesclavage était consacré de droit et de fait. L'esclave était déchu de la condition

humaine ; selon le droit romain, ce n'était pas un houmic, c'était une chose, et sa vie, que ne protégeait pas la loi, était abandonnée au caprice de son maître.

n n'y avait d'indépendance que pour quelques classes privilégiées; le peuple, c'est-à-dire la presque totalité des membres de la grande famiUe, ne connaissait pas même de nom l'égalité politique ; il ne comptait pas. Un égoïsme profond était la base sur laquelle la société était assise; chacun pour soi : point de pitié , point de secours pour le pauvre , point d'hôpitaux pour les malades.

Mais le règne d'une morale inconnue commence avec la foi au Christ : tout ce que l'humanité à de plus élevé , tout ce qu'il y a de plus sublime dans la philosophie , constitua l'essence de la religion chrétienne. Les Gaulois de Lugdunum apprirent qu'ils étaient frères et qu'ils avaient les mêmes droits : on respira une autre atmosphère , et l'âme ennoblie crut avoir passé dans un monde nouveau. En même temps que le christianisme révélait les droits, il faisait connaître les devoirs et en imposait rigoureusementla pratique; c'est par transition, et non violemment, qu'il procédait à l'émancipation de l'esclave et du pauvre. On sait ce que le paganisme faisait des enfants trouvés; il les condamnait à Tesclavage ou à la mort : mais la religion chrétienne retrouva les titres de ces infortunés, et les leur rendit '. Elle se fit la consolation du pauvre , l'appui du malheureux , la protectrice du faible contre le fort : grâce à son puissant secours, les prolétaires sortirent de leur abjection profonde , et, saluant des frères dans les heureux du monde , s'écrièrent avec le Prophète : « Mon père et ma mère m'ont abandonné , mais le Seigneur m'a reçu dans son sein. » La religion chrétienne fil vibrer dans le cœur humain des cordes qui jusqu'à son avènement étaient demeurées muettes: elle demanda compte au paganisme du triste sort de ces milliers d'êtres dont il aggravait si cruellement les misères , détruisit l'individualisme, et appela tous les honmaes au grand œuvre social. A cet esprit d'antagonisme qui précipitait les peuples les uns contre les autres , dans l'ancienne organisation du monde ,

I. — TtRMt (F.) el MoNPALCON (J.-n.). Histoire des enfants trouvés. Parh et /j/o/i, 1840, i:«-8'\

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succéda Tesprit d'association et de fraternité. Sous Fempire de la foi païenne Tesclavage était partout, même dans* le foyer do* mestique : un père avait droit de vie et de mort sur ses enfants, la femme était dépendante , et sa condition n'était qu'un servage peu déguisé. Mais le christianisme survint, et il proclama les maîtres et les esclaves , les pauvres et les riches, les enfants et leur père, égaux au même titre devant Dieu. Tandis que le paganisme déifiait les voluptés de la chair , le Christ imposait à ses disciples le renoncement à soi-même, les longs jeûnes, l'abstinence, le mépris des biens de la terre et l'obligation du sacrifice. Déshéritée de ses droits par l'antique constitution de la société , la femme se vit honorée, dans la famille chrétienne , comme vierge et comme épouse ; elle remonta à son rang. Un respect profond pour la vie de l'homme remplaça ce goût du sang qui a déshonoré les plus renommés des peuples anciens; à la voix du prêtre, il n'y eut plus de combats de gladiateurs et de sanglants sacrifices. Une dépravation sans limites flétrissait la société romaine ; sous l'empire du Christ , la chasteté , la virginité et le célibat mis en honneur, rétablirent la dignité humaine outragée. Tous les hommes lurent déclarés aptes aux dignités les plus éminentes ; presque tous les premiers évêques sortirent des rangs infimes du peuple, et leur parole enseigna la charité, la foi et l'égalité.

Mais de telles intentions , hautement annoncées , heurtaient les idées et les intérêts des dominateurs de la Gaule. Ces prêtres, ces pontifes , ces hauts personnages qui habitaient les palais de Lugdunum , se voyaient violemment attaqués dans leurs croyances et dans leur propriété. Une rehgion nouvelle professait un mépris profond pour tout ce qu'ils vénéraient : elle émancipait leurs esclaves , et faisait des prolétaires leurs égaux. 11 s'agissait, non d'un nouveau système philosophique, mais d'une révolution: toute l'organisation politique delà société était bouleversée jusque dans ses fondements. Qu'on ne s'étonne donc pas si le paganisme ainsi attaqué se défendit avec violence, et, s'aidant du pouvoir du prince , dévoua les chrétiens de Lyon aux tortures et à la mort : il combattait pour sa propre conservation.

Des prêtres grecs vinrent d'Orient à Lugdunum prêcher la foi du Christ vers le milieu du second siècle : qu'ils aient fait de nombreux prosélytes, on ne saurait en douter; mais que leur

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parole ait converti une grande ville tout entière , c'est ce qui est fort douteux. Le christianisme s'introduisit furtivement dans la viUe de Plancus , se cacha longtemps dans les ténèbres , et n'attaqua d'abord ses adversaires que par la discussion et le raisonnement Menacé par ces ennemis inconnus , le paganisme et même le druidisme, se réveillant de leur torpeur , firent alliance contre l'ennemi conamun. C'est dans les classes inférieures de la société lyonnaise, c'est parmi les esclaves, les pauvres et les gens de labeur , que la religion chrétienne trouva ses premiers et ses plus nombreux partisans. Quelques citoyens romains , beaucoup de femmes , et un petit nombre d'hommes riches ou élevés en dignités , se réunirent à la communion des fidèles : le Rédempteur apportait à tous le dogme de l'immortalité de l'âme , l'esprit de concorde et de charité, ainsi que la certitude d'une vie fiiture , heureuse pour les bons et terrible aux méchants. Mais cette foi nouvelle avait encore un autre genre d'influence sur la population de Lyon : les églises mystérieuses du Christ étaient de véritables écoles; on y enseignait, non-seulement les principes de la religion, mais encore les principes les plus élevés de la morale. Ces prêtres qui se dévouaient à Tinstruction des fidèles étaient des hommes non-seulement de dévouement , mais encore de science; pour bien juger leur mission , il faut les voir à l'œuvre.

S IL II y avait à Lyon un assez grand nombre d'étrangers , qui y étaient amenés par le mouvement des affaires ; cette ville entretenait de nombreuses relations de conmierce avec les Phocéens de Marseille , et avait de fréquents rapports avec l'Asie mineure. Les Grecs et les Asiatiques qui y faisaient leur résidence, formaient une population particulière ; il y avait des chrétiens parmi eux : ces disciples , assez nombreux pour former une communauté d'une foi nouvelle , n'avaient point de pasteur pour les diriger; ils demandèrent un chef à leurs jfrères de Smyrne. Polycarpe , auquel ils s'adressèrent , ne craignit point , malgré son grand âge , de faire le voyage de Rome pour obtenir du pape l'accomplissement de ce vœu : Anicet désigna Pothin. Le christianisme était fort répandu en Orient au milieu du deuxième siècle, mais il avait en Occident peu de partisans et beaucoup d'ennemis. Pothin ne l'introduisit point à Lyon : appelé par les chrétiens (jui existaient déjà dans cette partie de la Gaule , il vint

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