V® SIÈCLES. — LE CHRISTIANISME
Toute la population de Lyon se disposa donc à regagner les bonnes grâces de Fempcrcur; ses magistrats ordonnèrent des jeux publics et des fêtes que devaient accompagner toutes les solennités du paganisme, Timmolation des victimes, les vœux adressés aux dieux immortels pour le salut du prince, et les sacrifices aux autels élevés sur les places publiques. Mais ces rites blessaient la foi des chrétiens de Lyon ; ils ne voulurent ni décorer leurs maisons de festons et de lampes allimiées, ni parer leurs têtes de guirlandes de fleurs , ni jurer publiquement par la fortune du prince , ni sacrifier aux dieux. Leurs prêtres les encourageaient à la résistance ; ils obéirent : leur religion n'admettait pas d'accommodement. C'était dans l'année 202.
L'explosion de l'indignation du peuple fut terrible ; sur tous les points de la ville on courut aux chrétiens comme sur des ennemis du genre humain. Il n'y eut pas , comme en 177, un simulacre de jugement, des formahtés judiciaires et un arrêt longuement délibéré , mais en 202 le massacre fut instantané. En l'année 1 77, cinquante malheureux étaient morts pour leur foi ; en 202, on compta les victimes par milliers ; femmes , enfants , vieillards, chrétiens de toute condition, périrent égorgés dans leur demeure, sur les places publiqpies, dans les champs, partout où on pouvait les atteindre , et tout païen était bourreau. Le sang des victimes jaillissait à flots dans les rues \ et teignait de sa couleur
frères. Sparlien semble se contredire : il embrasse le premier parti dans la Vie de Caracalla , c. X, et daos celle de Sévère, c. xx, où il s'appuie de l'autorité d'^Elius Ifaurus ; mais , dans cette même Vie de Sévère, c. m, il favorise la seconde opinion, puisqu'il y raconte que Julie devint bientôt mère après son mariage avec Sévère , et qu'elle lui donna un second fils (aliemm fiUum) h son retour à Rome , après son proconsulat de Sicile. Comme ce second fils ne peut être que Géta , il s'ensuit qu'elle en avait donné à Sévère un premier, qui doit être Caracalla. Tillemont rapporte d'autres passages de Spartien, qui le mettent également en contradiction avec lui-même Nous remarquerons seulement qu'Aurélius- Victor est le seul auteur
(le l'antiquité qui affirme expressément que Caracalla naquit à Lyon. Bréghot du Lot. Archives du département du Rhône , tome VI, p. 44.
I. — •• Sed, veniente persecutione , talia ibidem diabolus bellà per tjrannum exercuil , et tanla ibi multitude christianorum ob confessionem Dominici nomiois est jugulata, ut per plateas flumina currereut de sanguine christiano : quorum nec numerum , nec nomina colligere poluimus. » (S. GsoRuii-FLoasxTii Gascoaii episcopi Turonensis Opéra omnia (cap. xxvii). Lutetiœ Parisioriim, Franaiscus Muyttet , 1699, in-fol., p. W.)
les eaux des deux fleuves. Irénée périt dans le massacre : les circonstances de sa mort sont ignorées. ^
Après ce désastre , le christianisme parut anéanti pour toujours à Lyon. Ceux des disciples du Christ qui avaient échappé à la mort s'enfuirent et se cachèrent ; deux d'entre eux , Stéphanus et Pérégrinus , trouvèrent une retraite dans les bois d'une petite lie de la Saône , au-dessus de Lyon. Dorothée vint les joindre, et, conmae eux, vécut en ermite, dans un profond recueillement. Cependant la tempête se calma; de nouveaux chrétiens étaient nés du sang des martyrs : ils se réunirent dans les cavernes, conmie avaient fait leurs frères, et déposèrent avec vénération, dans l'une de ces cryptes, les cendres de Pothin , d'Irénée et de Blandine *. Successeur de l'évêque , Zacharie osa repa^
1. — Selon quelques historiens de l'Eglise , la mort d'Irénée est plus ancienne; ils aUirment, sans preures, que le successeur de Pothin fat enveloppé, par Sévère, dans sa vengeanco contre les Lyonnais. Partisan d'Albin , Irénée aurait péri dans le massacre qui eut lieu à cette époque ; mais il n'y avait pas de chrétiens dans l'armée d'Albin. Tertullien a dit en termes formels dans son Apologétique : « Nunquam Albiniani nec Nigriani vel Cassiani inve- DÎri potuerunlchristiani. » (c. ii). 11 dit ailleurs : « Christianus nullius est hostis,. nedum imperatoris. » Aurait-il osé parler ainsi à la face de tout l'empire , s'il y avait eu notoirement des chrétiens dans les rangs des ennemis de Sévère? Les écrivains les plus dignes de foi placent le martyre dlrénée à une époque moins reculée. Il est certain que le pasteur fut égorgé avec une grande partie de son troupeau. Adon s'exprime ainsi : « Irencus Lngdnnensis cum maxima mnltitudine mariyrium suum perfecit. » (L. Adonis Citron, univers., 181). Usuard parle le même langage : « Cum omni fere civitalis sus populo coronatum fuisse glorioso martyrio. » On lit dans la Gallia christiana : « Hinc denique in veleri Lugdun. ecclesiae autographe refertur Lugdani interfecta decem et novem virorum millia , exceptis parvulis et mulicribus. » (Gallia CHRISTIANA , tom. IV, p. 8. EccUsla LngdunenHs.)
Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de réfuter l'opinion de ceux qui font dériver le nom de la rue du Gourguillon , du sang des martyrs coulant à flots le long de cette pente escarpée.
î. — Le nombre des martyrs fut bien Considérable; on affirme qu'il dépassa dixneuf mille , non compris Jes femmes et les enfants. Une inscription eu mosaïque, qd'on a lue longtemps dans l'église Saîot-Irénée , et qui a été composée au dixième siècle , est une probabilité, sinon une preuve , qu'il atteignit un chiffre très élevé :
Ingrediens loca Um Mcra , jam rea peclora lande ; Posée gemene veniam ; lacrymal hic cum prece funde. Prssalis hie Irenvi lorma jaeel toeioram , Qqos per marlyriam perdazit ad alla polorum. Islorum numerum , si nout cupis , libi pando. Millia dena novemque faerunt sub duee tanto. Bine mulieres el paeri aimai exeipiunlur, Ques tolil atra manut; nunc Christi luee fruiinior.