‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 87 sur 262 · II*-1V* SIÈCLES. — LE GURISTL\N1S&1E · texte numérisé non relu

II*-1V* SIÈCLES. — LE GURISTL\N1S&1E

raître a Lyon , quoiqu'une année à peine se fiit écoulée depuis le massacre; il ne gouverna l'église que peu de temps , et fiit remplacé par Hélie. Après cet évêque , Faustin prit la direction des fidèles : c'était un homme de science et de dévouement , ardent à combattre l'hérésie , et d'une haute capacité ; il entretenait un commerce épistolaire avec Cyprien , évêque de Carthage. Une de ses lettres racontait la chute de l'évêque d'Arles, Marcien, qui se laissa séduire par l'erreur de Novatien.

De profondes ténèbres enveloppent l'histoire de Ljon et de l'Eglise pendant la seconde moitié du troisième siècle. Aurélien, vainqueur de Tétricus, poursuivit son ennemi dans les Gaules , et , trouvant Lyon sur son passage , livra cette ville au pillage de ses soldats : on n'a pas de renseignements certains sur cette nouvelle catastrophe. Un autre événement eut quelque retentissement pendant cette période, mais peut-être n'est-il point authentique .-iElius Procuius, chef militaire distingué, avait pris sa part d'un festin splendide qu'on donnait à Lyon ; il jouait aux échecs , et un bonheur extraordinaire l'accompagnait. Un des nombreux convives , s'adressant à lui, s'écria : «c Je te salue , empereur ; » puis, prenant un manteau de pourpre , il lui en revêtit les épaules avec tous les témoignages d'un respect profond. Cette scène était arrangée, sans doute ; tous les assistants y prirent un rôle, et la multitude s'empressa d'applaudir. Elu d'une &çon aussi singuUère , Procuius se hâta d'armer pour sa cause deux mille esclaves : il ne manquait pas sans doute d'une certaine habileté, puisque les légions se déclarèrent en sa faveur. Quant aux Gaulois, ils haïssaient l'empereur , et, connne leurs pères au temps de César, ils étaient enclins à la nouveauté. Pendant ce temps , des bandes de Germains avaient fait irruption en Gaule ; Procuius marcha à leur rencontre et les repoussa. Il ne sut pas con-^ server sa fortune : vaincu par l'empereur Probus, c'est en vain qu'il chercha son salut dans la fiiite ; il fut livré aux Romains et périt.

Une médaille frappée à Lyon a conservé le souvenir de ce fait historique. On voit sur l'une des faces la tête de Procuius suspendue à un croc, au-dessous du buste de Probus , au-devant duquel est une Victoire. On y remarque les deux lettres P, T, qui signifient sans doute Procuius , (yrannus. Le revers ofire l'image du

génie de Lyon , qui d'une main.tîent un gouvernail, et de l'autre une corne d'abondance. *

Tout annonce que le christianisme renaissant vécut en paix pendant les dernières années du troisième siècle : il eut bientôt réparé ses pertes. Ce fut vers ce temps que Badulphe vint chercher un asile au confluent du Rhône et de la Saône , auprès de la crypte de saint Pothin. Ce saint personnage paraît avoir été le premier abbé d'Ainay.

S VI. L'histoire de Lyon ne peut qu'esquisser à grands traits le récit du règne éphémère des empereurs , et de la lutte du paganistne avec la foi du Christ , et il doit ne prendre dans les faits généraux que ceux qui ont quelque relation avec les annales du pays. J'aurai donc peu à dire de Dioclétien.

Ce prince mérita sa haute position: il avait un esprit étendu, la science des hommes et des choses, et une grande puissance de volonté. L'empire succombait : un abime profond menaçait d'engloutir Rome et sa fortune , Dioclétien s'efforça de le combler. Nul, mieux que l'empereur, ne connaissait la faiblesse de ce grand corps qui s'affaissait sous son propre poids ; aussi donna-t-il tous ses soins à lui rendre quelque vigueur. Des forteresses s'élevèrent sur les frontières; conduites par lui, ses légions repoussèrent les barbares ; mais autour de lui grondaient les passions du monde païen. Cette vieille société qui s'en allait attri-

1. — Flavius Vopiscas raconte celle singolière aoecdote en ces termes : « Nam quuiu (Proculus) ÎD quodam convitio ad latruDCulos luderet , atque ipse decies imperator exisset , qoidain non ignobilis tcurra : « Ave , ioquit , Augaste. » Allataque lava purpurea humeros ejus cÎDXît, eumque adoravit. Timor iade coosciorum, atque iiide jam exercilus tcntatio et împerii. Non nihilum Galiis profuit : oam AleroaoDoSf qui lune adhuc Germani dicebantur , non sine gloriss splendore contrivit , nunquam aliter quam lalrocinantis pagnans modo. Hune tameo Probus fugatum utque ad ultimas terras , el copientem in Francorum auxiliura veoire , à quibus onginem se trahcre ipse dicebat , ipsis prodentibas Francis , quibus familiare est rideodo fidem frangere , vieil el interemit. » (Historiœ j4ugiistœ Scriptores , VI ( variorum ). LHgduni'Batavontm, F. Hackiui , 1661, in-8<>, p. 966.)

Voyez Archives du Rhône, lome VII, p. 505-508 ; et tome VIU, p. 51 ;— HeMEâTEiBR , Hisiconsulaire, p. 52; — Miok.xet , Rareté des médailles romaines , tome 11, p. 125.

Selon la conjecture très plausible de M. Péricaud , on peut admettre que Proculus usurpa la pourpre à Ljon, el élablii le siège de son empire à Cologne. {Xotes et docu^nenls , année J80.)

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