‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 88 sur 262 · I1*-1V* SIÈCLES. — LE CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

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buait sa chute au christianisme : c'était là sa grande plaie; elle sentait qu'elle en pouvait mourir , et tenta un dernier effort. C'est en vain que la modération de Dioclétien s'efforça de contenir cette effervescence ; elle éclata malgré lui. Un chrétien , dans le langage des païens de cette époque , était l'ennemi de l'empereur , des dieux , des lois , des mœurs et de la nature entière ; c'était l'ennemi public , et son nom seul devait le faire mettre hors la loi. Ceux qui professaient de telles opinions en connaissaient bien la fausseté , mais ils se servaient de ces armes pour irriter l'exaspération de la populace. Une persécution terrible contre les chrétiens éclata en 303 dans tout l'empire, un siècle après celle qui avait fait répandre tant de sang dans Lyon. Les bûchers se rallumèrent ; des mains païennes renversèrent les égUses, et jetèrent dans les cachots les évoques et les prêtres. Un édit impérial décréta la peine de mort contre tout disciple du Christ qui refuserait de sacrifier aux dieux.

Tant de rigueurs ne pouvaient venir de Dioclétien lui-même ; mais ce prince avait énervé le pouvoir en le partageant entre lui et Maximien-Hercule , tandis qu'il déclarait Césars Constance- Chlore et Galère. Un de ces quatre maîtres du monde, Galère, était enclin aux pratiques superstitieuses du paganisme ; ce sont ses instances qui arrachèrent à la faiblesse du vieil empereur le décret qui fit tant de martyrs. •

Lyon, du moins cette fois, eut peu à souflfrir de la persécution. Constance-Chlore , qui gouvernait les Gaules , ne s'associa point aux fureurs de ses collègues : il fit fermer les églises et pro-* hiba les réunions de chrétiens , ainsi que tout acte extérieur du culte ; mais il protégea les personnes. Son esprit était porté à la tolérance; sa religion consistait dans la vague croyance à un Dieu; sa raison lui avait montré l'absurdité et le danger des dogmes du paganisme. Tous les chrétiens d'Occident louèrent la sagesse de son gouvernement ; ils se montrèrent fort reconnaissants envers un prince qui ne leur faisait pas de mal : mais de meilleurs jours encore approchaient pour eux.

I. — Gibbon (£.). The Décline aod IbW of ibe romao empire , cbapler xiii. — Eotbopius, c IX, p. ÎO.— VopiscDs, in Hislor. Aug. — Tillbmo.m , Hist. des Empereurs, l. IV, p. 500.—

At'BKLlCS YiCTOk.

$ vu. Fils de Constance-Chlore , Constantin avait hérité de l'empire d'Occident; il gouverna Lyon et les Gaules selon les principes de son père. Vainqueur de Maxime au pont Milvius , ce prince sentit sa force et s'en servit pour assurer la paix de l'Eglise. Qu'il ait eu ou non toutes les vertus qu'ont exaltées ses panégyristes Eusèbe et Socrate; qu^il ait été cruel pour sa famille et pour ses ennemis ; qu'il ait fait périr son fils Crispus, sa femme Fausta et Licinius vaincu, sans justice comme sans nécessité; qu'il ait , enfin^ rarement mis en pratique les principes de cette religion dont il se constituait le défenseur , c'est ce que je n'ai point à rechercher ici. Guidé par les exemples et les principes de son père , Constantin passa du polythéisme au déisme ; il accorda aux disciples du Christ le libre exercice du culte : c'était se rapprocher beaucoup du christianisme. En 308, après une guerre heureuse contre les Francs , ce prince, que rien ne contraignait, remerciait Apollon par des offrandes magnifiques ; mais bientôt après il fit un pas de plus vers la foi nouvelle. Au reste, le christianisme avait gagné du terrain sur tous les points ; son plus cruel persécuteur, le sanguinaire Galère , s'était vu forcé, en 3U , de permettre aux chrétiens l'exercice de leur cuite , et de les inviter à regarder conune un devoir d'invoquer leur Dieu pour sa conservation et pour celle de l'empire. Sans croire au Christ encore , Constantin protégeait de plus en plus ceux de ses sujets qui avaient cette conviction. Lorsque la défaite de Licinius lui eut assuré l'empire du monde, il se sentit disposé à penser que la protection du Dieu nouveau était pour quelque chose dans ses prospérités.

Un grand événement, dont il fut l'auteur , hâta l'exécution du projet qu'il avait formé de se déclarer chrétien. Rome lui déplaisait , et il déplaisait à Rome ; Constantin n'avait rien à espérer d'une ville qui avait un passé à défendre , des institutions vénérées à maintenir, et que tant de liens attachaient étroitement à ses croyances : il transporta le siège de l'empire à Constantinople. Autant l'Orient avait accueilli le christianisme avec bienveillance et empressement , autant l'Occident s'était montré ardent à le repousser ; Constantin se rapprochait des populations qui avaient pour lui le plus de sympathie. Au reste , en proclamant le principe de la liberté des cultes, il ne se fit point le per-

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sécuteur du paganisme. S'il interdit les pratiques superstitieuses de Fart divinatoire, et s'il essaya de faire fermer les temples de Vénus impudique, jamais, du moins, il n'attaqua chez ses sujets païens la liberté de conscience. •

Sous le règne de ce prince, la Gaule fut comprise, avec la Bretagne romaine, l'Espagne et la Mauritanie Tingitane, dans un vaste gouvernement appelé préfecture des Gaules , et subdivisé en dixsept provinces. Quatre portaient le nom de Lyonnaises : Lugâunum (Lyon) était la métropole de la première, Rotormigns (Rouen) celle de la seconde, Cœsarodunum (Tours) celle de la troisième , et Senones (Sens) celle de la quatrième. Cette circon^ scription politique devait avoir peu de durée.

Lyon est rarement cité dans les annales politiques du quatrième siècle ; à peine peut-on signaler quelques faits, pour la plupart sans grande importance ou peu prouvés. C'est dans cette ville que le tyran Magnence , deux fois vaincu par Constance , se donna la mort en 353, après avoir fait périr sa mère et l'un de ses frères. Constance vint à Lyon , mais il n'y demeura que quelques jours, et alla passer l'hiver à Arles. Un fait plus intéressant , s'il était raconté par quelque historien digne de foi, ce serait la prise de Lyon, quelques années après la mort de Magnence, par une peuplade de Germains. Ces barbares, de la nation des Lètes, s'étaient glissés furtivement entre deux armées romaines, et avaient pénétré au loin dans l'intérienr de la Gaule. Se rendii'ent-ils maîtres de Lyon, ou, ne pouvant prendre cette ville de force, se bornèrent-ils à dévaster ses campagnes? on ne sait rien de positif à cet égard. Julien les surprit dans un défilé, et en fit un grand carnage *. Ce prince , qui laissa tant de souvenirs à Paris , est

1. — EusEBiDs Pampuil. , De Vita Coiittantini. — Eutropics , nisloriae Romanae libri decem. Lugdimi'Batav.f Elzevir, 1592, in-8°. — Gibdon , The Décline and fall of ihe roman empire , chaptcr xvii. — Mosueim , De rébus Christian, anie Constanlinum. — Mongez , Iconographie romaine» I. IV, in-4<>. — Bbcgnot (^.), Histoire de la destraclion du paganisme enOccideol. Paris, Didot, 1835, in-S®, 1. 1.

2. — On ne sait, de celle invasion du Lyonnais par les Lètes , que ce qu'en a dit Ammien' Marcellin , donl voici les paroles : « Dum bsec lamen rite disposita celeraulur, Laeli barbari ad lempcsliva furla solerler inter ulriusque exercilus castra occulte Iransgressi , invascre Lugdunum incautaro ; eamque populalam nisu valido concremassent , ni clausis aditibus repercussi , quidquid extra oppidum poluil inveniri vaslassenl. Qua clade cogrtila, agili studio

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étranger à l'histoire de notre ville. Il n'en est pas ainsi de Tun de ses plus dignes successeurs , du jeune et vertueux Gratien, que la révolte des légions de la Bretagne et des Gaules pi:écipita du trône après le désastre de Valens en Orient. Gratien s'était enfui à Lyon ; il tomba dans un piège que lui tendit Andragathus, Fun des généraux de son rival Maxime , et périt assassiné l'an • 383. Deux empereurs, Claude et Caracalla, sont nés dans les murs de cette ville; deux autres , Albin et Gratien , devaient y perdre la vie.

§ VIII. L'histoire des lettres et de l'Eglise au quatrième siècle, dans le Lyonnais , n'est pas entièrement stérile. Just , un saint évêque , ne saurait être oublié : il avait été diacre de l'église de Vienne. Sa piété et ses lumières le firent vénérer de l'église de Lyon; sa charité ardente lui acquit la reconnaissance et IV mour du pauvre : il donna l'exemple des plus hautes vertus pendant son épiscopat. Saint Ambroise, qui l'estimait beaucoup, entretenait avec lui un commerce de lettres. Just se démit de son évéché par un scrupule de conscience : un jour, iin homme qui avait commis un meurtre invoqua le droit d'asile et se réfugia dans l'église ; mais le peuple l'y poursuivit , et , n'osant l'arracher du sanctuaire, menaça de mettre le feu à la basilique , si on ne lui livrait le coupable. Just transigea ; il remit l'honmae , après avoir obtenu la promesse que ce nfialheureux serait conduit en prison. Cet engagement ne fut pas tenu , et le peuple massacra sa victime. Ce malheur jeta le pieux prélat dans une consternation profonde : Just se considéra comme l'auteur dé la mort de l'homme qu'il n'avait pu sauver; et, ne se reconnaissant pas digne d'être évêque, il alla expier sa faute dans les déserts de l'Egypte, où il mourut vers l'année 390. On transporta à Lyon le corps du saint , et on l'inhuma dans l'église des Macchabées. Just avait

Caesar missis cuneis tribas cquitum expeJilorum et rortium , tria observavit ilinera , scicns per ea eruptaros procal dubio grassatores t nec conalus irritus fuit. Cunctis enim qui per eos tramites exiere truncatis, receptaque praeila omnî inlacla , ht soli iniiotii absoluti saut , qui

pervallum Barbalionis transieré securi » (Aumiaki Marcrllini P. Rerum geslarum qui de

XXXI supersunt libri XVITT ( lib. XVT ). Pansiis, 1681, în-fo1., p. 135.)

Vojex LsBKkr, flisl. du Bas>Empire, 1. X, c. xxiii; — Tiilimoht , llisl. de» empereurt;— et lei biographes de Julien : L* Blkttkrii, p. 10), et Jobdot, t. I, p. 97.

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