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été député par son église au concile d'Aquilée, qui l'avait accueilli avec une vénération singulière. '
Lyon possédait, pendant la seconde moitié du quatrième siècle , des écoles publiques qui étaient célèbres : on y enseignait l'éloquence, la poésie, la philosophie et les sciences, et il * s'y formait des orateurs distingués. Il fallait avoir fait preuve de grandes connaissances dans les lettres grecques et latines pour être admis au nombre des professeurs. Un peu d'ordre s'était rétabli, et, protégée par la paix dont jouissait l'État, l'éducation publique avait fait de grands progrès. A cet enseignement laïque se joignait celui des clercs et de l'évêque dans les églises, qui étaient toujours de savantes écoles ouvertes à toutes les vérités. Ces prêtres, dans un âge de ténèbres , parlaient le grec et le latin connue leur langue maternelle ; ils avaient une grande érudition, une logique puissante, et possédaient à fond les grands écrivains de l'antiquité. 2
Un enfant de Lyon , Syagrius , appartient à l'histoire politique par les emplois dont il fut chargé , et à l'histoire littéraire par son talent de poète. Il était, en 369, no tarins ou secrétaire de Valentinien. Syagrius fut chargé, en cette qualité, de présider à la construction de deux forteresses que l'empereur voulut faire élever sur les bords du Necker pour contenir les barbares. N'eut-il pas assez de vigilance ou de force ? se laissa-t-il tromper par une ruse de Tennemi? On ignore quelle fiit sa faute, mais on sait que les Germains attaquèrent brusquement le camp , battirent les Romains , et tuèrent deux généraux qui commandaient les légions. Syagrius eut le malheur d'échapper à ce désastre; Valentinien ne le lui pardonna pas, et l'exila à Lyon. Desservi par la fortune , Syagrius chercha des consolations dans la culture des lettres et les trouva : il écrivit des vers excellents, qu'a loués Sidoine. Ausone, qui l'aimait beaucoup, était précepteur de Gratien, fils de Valentinien; il se servit de sa faveur auprès du jeune prince pour rouvrir à son ami la carrière des
1 Just eut poar successeur Âlbiu ou Alpin , remplacé lui-mônie par Marûu ; Tinrent
ensuite Antiochus , Elpidius et Sicarius.
Voyez à la fin de ce tolumc la liste générale des évèques et arcbetéqucs de Ljon.
2. — CoLOKiA. Ilisl. liUér. de Lyon, l. I, p. H2. — His!. littéraire de la France, t. I**".
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emplois publics. Préfet trois fois, Syagrius devint consul en 382. Rome lui éleva une statue , et Lyon un tombeau , qui existait encore au temps de Sidoine Apollinaire. *
$ IX. Depuis Constantin, les chrétiens de Lyon n'avaient plus eu de persécution à craindre : libres enfin de professer leur culte , ils bâtirent plusieurs églises , monuments dont le caractère particulier mérite l'attention. Gomme architecture , ces basiliques avaient sans doute peu de style et d'importance au quatrième siècle; déjà l'époque de décadence avait conmiencé. Rien , absolument rien n'est resté de ces vénérés édifices dont les âges suivants raconteront les nombreuses vicissitudes ; on ne les connaît que par de vagues traditions qu'ont recueillies , sans s'accorder entre eux sur les dates ou sur les faits , les historiens de l'Eglise et les archéologues* Détruites et reconstruites plusieurs fois , et sous divers styles , pendant une succession de quinze siècles , ces basiliques n'ont conservé d'intérêt que par leur nom et leur place sur le sol qui les avait reçues; leur étude appartient à diverses époques. Ce n'est donc que connue point de départ qu'il peut en être question ici ; au point de vue de leur prépondérance spirituelle et temporelle , ces églises appartiennent à la période qui va suivre.
L'art chrétien s'est manifesté sous difierentes formes architectoniques , selon les circonstances des temps et des lieux ; il ne s'est point développé tout d'un coup, et il a passé par de nombreuses phases avant d'arriver à son expression complète. On peut présenter connue les deux points extrêmes de ses évolutions à Lyon , d'une part la crypte de Saint-Irénée , et d'autre
1. — Histoire littéraire de la France , tome I , p. 351. — Coloria , tome I , p. 118.— BaftcBOT , Nouveaux mélanges ii tt. , p. 295.
Sidoine a vu le tombeau de Syagrius , et s'est reposé , dit-il , sous un palmier qui croissait auprès. Des érudits n'ont pas manqué de s'emparer de cette assertion pour démontrer que le climat de Lyon , au cinquième siècle , était beaucoup plus chaud qu'aujourd'hui ; puisqu'il permettait aux palmiers de croître en plein air; mais tous les faits géologiques démentent positivement celte opinion. Le coteau de Fourviére , au cinquième siècle , n'était point planté de palmiers , et Sidoine s'est évidemment trompé sur l'espèce de l'arbre dont le feuillage l'a protégé de son ombre. Si, avant de commenter et d'expliquer un fait, les archéologues avaient préalablement le soin prudent de le vérifier, ils épargneraient à leurs lecteurs beaucoup d'érudition mal employée. La faute est peut-être tout entière au traducteur de Sidoine.
part la cathédrale de Saint-Jean ou l'église de Saint-Nizier. Tous les styles , depuis le bysantin jusqu'au gothique et au style de la renaissance , rempUssent l'intervalle. Un but commun à tous ces édifices , depuis la grotte rustique des premiers temps de l'Eglise jusqu'à Saint-Pierre de Rome , c'est d'oflFrir aux fidèles un lieu de réunion pour la prière et pour la célébîration des saints mystères.
On a vu , dans l'histoire de l'introduction du christianisme à Lyon , de quelles ténèbres la religion nouvelle dut s'envelopper pour exciter le moins possible l'animadversion des païens. En butte à toutes les calomnies, considérés avec horreur et mis hors la loi , les premiers fidèles n'osaient se réunir dans leurs demeures, trop petites au reste pour les contenir tous. Ils se rassemblaient secrètement et en silence , coname on Ta vu , soit dans des grottes écartées, soit dans des excavations souterraines qui les dérobaient à l'espionnage de leurs ennemis. Un bassin pour baptistère, une simple pierre pour autel , et quelques bancs grossièrement taillés dans le roc , tel était tout l'appareil de ces Ueux vénérables , et telles se sont montrées les cryptes , sous leur physionomie primitive. Ces oratoires souterrains étaient obscurs et quelqucfi)is infects ; ils recevaient peu d'air et de lumière : on attribue à ces circonstances l'introduction dans les églises de cierges allumés en plein jour, et l'usage de l'encens
Lyon paraît avoir eu diverses cryptes ; quelques-uns existent encore : la plus ancienne et la plus vénérable est celle de Saint-Irénée , située au-dessous de l'église. Aucun monimient rehgieux ne date d'aussi loin; il remonte jusqu'aux premières années du troisième siècle. Un^ seconde crypte se voit à Saint-Irénée, au-dessous du Calvaire; elle est moins ancienne que l'autre. Toutes deux reçoivent une lumière singuUère et mystérieuse qu'a souvent cherché à rendre le pinceau de Grobon, de Granet, de Richard et de Forbin. C'est à l'entrée de l'église que se trouve le puits des Macchabées , qui fiit pendant longtemps si riche en saintes reliques. Ainay n'a plus sa crypte si célèbre dans laquelle la main pieuse de Zacharie avait placé ce qu'elle avait pu recueillir de la cendre ou des ossements de Pothin , d'Irénée , de Blandine, d'Epipodius, d'Alexandre et des autres martyrs de Lyon; Badulphe veilla et pria longtemps dans ce lieu consacré. La crypte de
saint Pothin ou de saint Irénée existe encore en partie à Saint- Nizier , sous le portail de l'église.
Mais le nombre des chrétiens toujours croissant, et devenu trop considérable , mit fin aux persécutions; la religion nouvelle était devenue un torrent qu'il n'était plus possible d'arrêter et même de contenir. Un empereur au quatrième siècle proclama la liberté de conscience; il y avait déjà des églises à Lyon. Certains qu'ils ne seraient point inquiétés, et favorisés même par le pouvoir , les fidèles abandonnèrent leurs oratoires souterrains et se montrèrent au grand jour. La piété si vive dans ces temps de foi et l'entraînement général firent surgir des basiliques de toutes parts. Ces païens , qui avaient été des persécuteurs si cruels , lurent persécutés à leur tour ; des chrétiens fervents renversèrent les statues des dieux , brisèrent les portes des temples, et démolirent ces somptueux édifices dont les matériaux servirent aux constructions des églises. Un des premiers monuments qui tomba sous la réaction chrétienne fiit le temple si renommé d'Auguste; il n'en resta pas une pierre surplace; ses autels disparurent sous le marteau , et rien ne resta de ses portiques : on employa une partie des décombres à bâtir la preniiière église d'Ainay. Les basiliques des Macchabées, d'Ainay et de Saint- Nizier s'élevèrent sur le sol même qui recelait dans son sein les cryptes des mêmes noms.
Ces édifices, au premier âge de leur construction, n'étaient point ce qu'ils sont devenus; leur architecture, extrêmement simple et sans caractère, ne se recommandait ni par l'élégance ni même par la solidité. Ils étaient desservis par des prêtres grecs; c'étaient, à beaucoup d'égards, des églises grecques: on n'y voyait encore ni voûtes à trois nefs, ni vastes coupoles. Mais le style des basiliques grandit avec rapidité , et il y avait déjà au cinquième siècle , comme nous le verrons bientôt , des églises d'une grande magnificence. Lyon a eu quatre basiliques primitives : celles des Macchabées, de Saint-Irénée , d'Ainay et de Saint-Nizier , non compris plusieurs monastères.
L'église des Macchabées était située à rextrémité de la ville romaine ; il n'y avait au-delà que des champs et des tombeaux. Cette égUse attirait un grand concours de fidèles; bâtie à la fin du deuxième siècle, ou , ce qui est plus probable , dans les pre-
mières années du troisième, elle resta debout assez peu de temps, et tomba vraisemblablement pendant quelqu'une des incursions des Barbares du Nord. "
Cette basilique était éloignée du centre de la ville, et ne suffisait plus à la grande affluence des fidèles ; Vérus ou Vérissimus fit construire Féglise de Saint-Irénée sur Tune des cryptes qui se trouvaient dans ce lieu. Cette basilique n'avait pas la magnificence de celle des Macchabées , mais elle n'était pas firéquentée par un concours moindre de fidèles. Les deux églises vécurent longtemps dans une sorte de communauté ; elles n'avaient qu'un seul pasteur.
On se rappelle que les saints martyrs, pendant la seconde persécution, sous Septime-Sévère , consonmièrent leur sacrifice auprès du temple d'Auguste, après avoir été promenés de leur cachot au forum et à l'amphithéâtre. Ce lieu consacré recueiUit et garda pendant longtemps ce qui était resté delà cendre des disciples du Christ. La crypte qu'on y voyait était peut-être la prison dans laquelle le centenaire Pothin avait été jeté par ses bourreaux; elle fut remplacée, dès la fin du troisième siècle, par une égUse et un monastère qui , plus tard , devinrent fort célèbres*. Us ne l'ont pas été, cependant, plus que la basilique de Saint-Nizier, bâtie sur la crypte de Saint-Pothin, et que nous verrons éprouver bien des transformations avant d'arriver à sa magnifique expression actuelle. Une rivière , la Saône , la séparait du bruit de la ville , et en faisait un lieu particulièrement convenable pour les pieux exercices des fidèles. ^
1. Nous verroDS , dans l'Age suitant, i'évèque de Lyon Patieas rebàUr celle église arec one grande magnificence.
2. — On a disserté beaucoup sur l'étymologie du mol Âinay, Grégoire de Tours , dans sa lalinilé quelque peu barbare, nomme ce lieu MIianacHm, et dit que le nom d*Athimaten$es(ol donné aux martyrs. Quelques érudils font dériver Aioay à*/4thênœum , nom de réquÎTOqae athénée littéraire qu'on dit avoir existé au temps d'Auguste ; selon d'autres , Ainay vient i\*MhanaioSf immortel, par allusion aux martyrs. Une autre étymologie rapporte le nom moderne i ces deux mots grecs i es vxàv , vers le temple. Il y a d'autres opinions encore ; mais c'est assez s'occuper de ces recherches.
3. — Mémoire sur les cryptes , églises et chapelles de la ville et des faubourgs de Lyon. {Mmanach d* Lyonponf 1755). — Golo?iia , Hist. littér. de Lyon.— Lyon ancien cl moderne,
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On a VU ailleurs comment le monastère de File-Barbe s'était formé ; l'histoire des couvents appartient à un autre siècle.
A partir du commencement du troisième siècle, l'histoire, nonseulement de Lyon, mais encore du monde alors connu, devient celle de l'Eglise; elle ne se compose guère que du récit des luttes des chrétiens avec les païens , toujours debout en Occident jusqu'au sixième siècle, ou, ce qui est plus affligeant encore, des chrétiens entre eux. D'incessantes hérésies troublent la paix de l'Eglise; tout ce qui reste de sang aux veines épuisées du vieil empire d'Occident est dépensé dans des controverses théologiques , et en Orient le mal est bien pire encore. Peuples et empereurs cèdent au même entraînement; toute la subtilité de l'esprit grec s'exerce sur d'abstraites doctrines spirituelles; il n'y a pas d'autre intérêt ni pour les gouvernés ni pour les gouvernants. Le salut commun tant de fois menacé n'occupe personne, et, depuis le palais jusqu'à la chaumière, la seule pensée de tous , c'est la discussion d'un point de dogme ou d'un article de foi. Tout entier au bruit de ces querelles religieuses, Lyon n'entendra pas sonner l'heure de la chute de la domination rooiaine.
Gondicaire et ses Burgundes sont sur les bords du Rhin.
{ X. « Viennent donc les Barbares , a dit un éloquent his- « torien, la société antique est condamnée*.» Viennent les Barbares , car le monde romain plie sous sa masse , et il est impuissant pour se sauver. Miné jusque dans ses plus intimes fondements , vermoulu dans toutes ses parties, ce vieil édifice ne résisterait pas au choc le plus faible , et voilà que d'effroyables tempêtes vont l'assaillir de toutes parts. Ceux qui sont conmiis à sa garde n'ont foi ni en lui ni en eux-mêmes : ils pressentent sa chute, et se résignent à une catastrophe qu'ils ne sauraient ni empêcher ni retarder.
art. Ainay, Macchabdeê (éylise defi)j Samt-Irénée et Scànt-Nisier, .— BnÉCHOt , Mélanges liltér. et Nouveaux méi. — J. Bard , Statistique générale des basiliques et du culte dans la ville de Lyon. Lyon, 1842, gr. in-8*>. — Artaud , Lyon souterrain (Mss.).