‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 2)Chapitre 96 sur 262 · LES BARBARES. — V® SIÈCLE · texte numérisé non relu

LES BARBARES. — V® SIÈCLE

de la terre , de la paille et du bols , et parées d'ornements grossiers, selon le rang , la fortune et le goût de leurs propriétaires. Elles paraissent cependant distribuées avec une certaine symétrie; la place la plus honorable est celle qui approche le plus de l'habitation du souverain ^ Le palais d'Attila n'est qu'une immense cabane en bois , divisée en compartiments. L'histoire a conservé les détails d'une fête que donna , dans sa résidence royale , le Tartare qui devait bientôt après envahir la Gaule et réduire ses villes en cendres. La table royale , couverte de tapis et de fin linge , s'élevait sur une estrade au milieu de la salle , et un parent ou peut-être un favori du roi partageait le frugal repas du souverain des Huns. Deux lignes de petites tables, contenant chacune trois ou quatre couverts, s^étendaient des deux côtés, et la place d'honneur était à droite; admis à ce banquet, les ambassadeurs de l'empereur reçurent l'ordre de s'asseoir à gauche , et ils ont confessé avec ingénuité , qu'un Goth inconnu , Béric , eut le pas sur les représentants de Théodose et de Valentinien. Le monarque barbare reçut de son échanson une coupe remplie de vin , qu'il but à la santé des plus distingués de ses hôtes : tous se levèrent de leur siège , et exprimèrent de la même manière leurs vœux loyaux et respectueux. Deux Scythes, debout devant le lit d'Attila, récitaient des vers qu'ils avaient composés, pour célébrer la valeur et les victoires du roi. Captivés par l'harmonie de chants qui Êdsaient revivre , en les perpétuant , leurs propres exploits, tous les guerriers présents au royal banquet écoutaient dans un profond silence. Une ardeur martiale jaillissait de leurs yeux , et les vieillards exprimaient par leurs larmes le généreux désespoir de ne pouvoir partager plus longtemps les dangers et la gloire des batailles. Tels étaient les hommes qui s'apprêtaient à conquérir les Gaules et l'ItaUe. Des bouffons succédèrent aux chants belliqueux; ils excitèrent la gaîté de leurs grossiers spectateurs par la laideur de leur visage , le ridicule de leurs vêtements , de leurs gestes , et l'absurdité de leurs discours dans une langue formée d'un assemblage étrange et inintelligible de mots goths , latins et huniques. Toute la salle retentissait d'immenses éclats de rire; Attila seul ne changeait pas de conte*

I. — IttATii episcopi Clironicon. (SiRjiosDi(/flc.) Opéra , t. IT, p. 195.)

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