I. — Le P. Grillot
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de janvier 1629; puis elle diminua graduellement au printemps, cessa presque entièrement pendant les mois de juin et de juillet, se montra de nouveau au mois d'août , et disparut en septembre. Ainsi , elle avait duré une année entière.
La mortalité fut énorme ; pendant la période ascendante , presque tous les malades mouraient, quel que fôt le traitement employé par les médecins , et la mort était prompte. 11 y eut telle journée dont chaque heure vit plusieurs centaines de Lyonnais frappés par le fléau. Le chiffre absolu des décès, pendant le cours d'une épidémie si longue , ne peut être déterminé avec précision: on l'a porté à soixante-dix mille, nombre exagéré peutêtre; les calculs les plus modérés le réduisent à trente -cinq mille. L'Aumône générale avait pourvu aux besoins de dix-huit mille malades , dont six cents seulement guérirent. La mortalité fut très grande chez les infirmiers et infirmières : il y avait quatre-vingts filles de Sainte-Catherine, soixante moururent; le corps médical perdit huit médecins et soixante-dix chirurgiens. Cinq à six cents personnes des classes moyennes succombèrent ; ce fut surtout parmi les ouvriers que la peste se montra terrible : elle fit d'énormes ravages parmi les ouvriers en soie , et anéantit presque en totalité les imprimeurs. Beaucoup de prêtres, de capucins et de jésuites périrent victimes de leur dévouement : plusieurs moururent auprès des malades dont ils s'efforçaient de calmer les douleurs.
Quand l'épidémie eut atteint sa période de décroissement , il y eut des cas de guérison plus nombreux ; moins de personnes tombaient malades , et la peste n'avait plus la même intensité. Ce fut alors que l'art des médecins, jusqu'alors à peu près inutile, parut reprendre quelque puissance : aucune méthode de traitement n'avait réussi; on avait cependant tout essayé. Un des premiers moyens auxquels on eut recours fut l'emploi des procédés de désinfection , si imparfaits à cette époque : on faisait brûler dans l'hospice et dans les rues des baies de genièvre ou des plantes odoriférantes ; on allumait de grands feux sur les places publiques: ces vains palliatifs n'eurent aucun succès. 11 y eut beaucoup de conférences entre les médecins , qui eurent d'abord à résoudre la question de savoir si l'on ferait conduire, sans exception , tous les pestiférés à l'hôpital Saint-Laurent : on
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décida , après un mûr examen , que les malades qui ne voudraient pas sortir de leur domicile pourraient y être traités. Aucun résultat utile ne suivit les consultations , dont l'objet était de convenir d'une méthode curative applicable au traitement des pestiférés; on discuta beaucoup, on fit beaucoup de théorie, et Ton ne tomba d'accord sur rien. Quelques médecins vantèrent les sudorifiques : ils avaient remarqué de bons effets des sueurs considérables. Deux frères, tous deux boulangers, tombèrent malades en même temps ; l'un d'eux s'enferma dans son four encore chaud , eut une transpiration abondante et guérit; l'autre suivit un traitement, et mourut au bout de cinq jours. Mais un fait isolé ne prouve rien en médecine; une médication qui ne guérit qu'une ou deux fois après avoir été appliquée à un grand nombre de malades, n'a évidemment aucune puissance curative. Persuadés que les médecins ne connaissaient rien au traitement de la peste , nombre de gens du peuple ne voulurent prendre aucun remède, et, convaincus qu'il n'y avait pour eux aucune chance de salut, burent et mangèrent comme à l'ordinaire; d'autres même firent des excès four s'étourdir sur leur triste sort , ils s'enivraient avec du vin et des liqueurs fortes ; plusieurs guérirent. '
On se ferait difficilement une idée de l'aspect déplorable de la ville, lorsque la contagion eut enfin cessé; beaucoup de maisons étaient abandonnées, et Lyon paraissait désert. Il n'y avait plus de commerce , plus de fabriques de soieries ; c'est à peine si quelques métiers d'ouvriers en soie continuaient à battre. Il y avait, avant la contagion, dix- neuf moulins en activité sur le Rhône ; neuf suffirent lorsque la peste eut cessé , et encore n'étaient-ils que médiocrement occupés, be consulat et l'archevêque ordonnèrent une procession générale à la chapelle Saint- Roch à Saint -Just, pour remercier Dieu au sujet de la délivrance de la ville : magistrats , noblesse , bourgeois de tous les ordres , ouvriers de toutes les conditions s'empressèrent de se
i . — La convalescence était extrêmement pénible , et souvent troublée par des accidents graves ; souvent encore la guéri son n'était pas complète : les malades restaient valétudinaires, maifrres et d'une grande pâleur; ceux-là étaient devenus sourds , ceux-ci aveugles , d'autres paralytiques , quelques-uns muets.
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rendre à l'invitation de l'autorité ecclésiastique. Quand tout fut disposé, on se mit en marche, bannières et confréries en tète ; mais à peine la procession 'commençait -elle à sortir , qu'une frayeur panique la saisit : en un instant chacun fuit sans s'informer de la cause du désordre ; des cris se font entendre de toutes parts , ils viennent d'enfants et de femmes qu'écrase la multitude épouvantée. On ne sut jamais la cause de cette terreur panique. Telle fut la dernière scène de cette affreuse peste de 1628, dont Lyon a toujours conservé la mémoire; quelques cas isolés de contagion se présentèrent encore pendant la saison chaude des années suivantes, mais l'épidémie ne reparut plus ' : les médecins observèrent quelques cas de peste pendant les années 1629, 1638 et 16Ù3, mais il n'y eut pas d'épidémie à proprement parler. En 1643 , persuadés de l'insuffisance des moyens humains, les échevins placèrent la ville sous la protection de Marie et firent construire l'autel de la chapelle de Fourvière.
$ III. Le cardinal de Richelieu luttait avec énergie contre des cabales de cour , en même temps qu'il dirigeait contre l'empereur l'épée du grand Gustave; peut-être déployait-il encore plus de force et d'habileté pour maintenir sa domination sur le caractère faible, irrésolu et jaloux de Louis XIII, que pour donner à la France une situation digne d'elle dans la politique de l'Europe. Haï avec violence de la reine , dont il avait été le protégé, cet habile ministre parvint toujours à surmonter les difficultés
1* —Le P. Micbel-Axgb Bbrgon. Traité de l'estal pitoyable auquel se trouva la province des Capucios de Lyon pendant le temps de la peste, l'an 1628. —Mémoire (Mss. ) sur la peste de 1628, a Lyon , rédigé par ordre du R. P. J.-M.de Notion, général des Capucins.— Annales minor. Capuc. , III , 739. — Archives curieuses de l'Histoire de France, 2« série. — Gril lot (le P.). Lyon affligé de contagion. Lyon, Fr. de la Bot lier et 1629, petit in-8©. — Le même : Lugdunum lue affecluin et refeclum. Lugduni , Fr. de la Bot Itère , 1629, in-8. — Chevalier (G.). L'Ordre public pour la ville de Lyon pendant la maladie contagieuse. Lyon , Simon Rigaud , 1644 , in-ti. — Binel (FMienne). Remèdes souverains contre la peste et mort soudaine. Lyon, François de la Bottière , 1629, in-12. (C'est un ouvrage ascétique). — Raynacd (le P. Théophile). De Martyrio per pestem ad martyrium improprium et proprium école siasticum comparato, disquisitio tlieologica. Lugduni, Jac. Carton , 1630 , in-8° ; et Opéra , XVIII t 361. — Papou {Jean Pierre). Traité de la peste , ou Epoques mémorables de ce fléau. Parit, Egron , 1800 , I, 16.V185. Les pages qui concernent Lyon , dans cet ouvrage , ont été réimprimées dans les Archives du Rhône , X , 163. — Ca- HdCR (l'abbé). Notre-Dame-de -Fourvière. — PéRicAno (//.). Notes et documents, année 1628.
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de sa position. La guerre de la France avec la Savoie et l'Espagne appela plusieurs fois le Toi à Lyon en 1630 ' ; il y tomba dangereusement malade le 22 septembre. Après quelques jours d'une indisposition qui paraissait légère , une fièvre violente se déclara, la tête se prit, et quelques jours après on désespéra de la vie du roi. François de Sales était, à cette époque, en grande vénération ; on citait des miracles dus à l'intercession du nouveau saint : persuadée qu'elle lui devait la guérison du duc de Mercoeur son fils , la duchesse de Vendôme fit présent aux religieuses de la Visitation d'un reliquaire d'or dans lequel fut placé le cœur de l'évêque de Genève. Les deux reines consternées eurent aussi recours au même moyen ; elles envoyèrent chercher au monastère de Bellecour le cœur de François de Sales : à peine Louis eut-il aperçu la sainte relique , qu'il eut la force de se soulever sur son lit. Il la plaça sur un des côtés de la poitrine , qui lui faisait éprouver les plus vives souffrances ; la douleur cessa au moment même de ce contact. Louis s'écria : « Je suis guéri ! » soupa le soir même, et fut en état, quelques jours après, de continuer son voyage *. Toutes les relations s'accordent sur ce fait, que la guérison du roi fut soudaine. Louis avait une piété profonde; convaincu qu'il devait son prompt rétablissement à l'intercession du saint évêque, il fit présent aux religieuses de la Visitation d'un reliquaire d'or aux armes de France et semé de fleurs de lis : ainsi le cœur de saint François de Sales reposa désormais dans deux boîtes d'or, dont la plus grande enchâssait l'autre. 3
1. — Le 2 mai , le roi , la reine- mère et le cardinal de Richelieu arrivèrent à Lyon ; Louis partit peu de jours après pour Grenoble , et vint vers le milieu de mai rejoindre la reine dans b maison qu'elle habitait , près du pont de bois de Bellecour , et qu'on nomma depuis le Petit- Louvre. Le 21 juin , le roi retourna a Grenoble et y demeura jusqu'à la 6n du mois ; il revint à Ljou le 7 août.
2. — Véritable récit de ce qui s'est passé en la maladie du roy à Lyon , avec les paroles très chrétiennes de Sa Majesté , par le R. P. Souffrant , son confesseur ordinaire. Lyon, Nicolas Vêrmonet , 1630, in -8*. Réimprimé dans les Archivez ntrieuses de l'histoire de France , 2« série. — Réveil du roy malade à Lyon , le 2Ϋ jour du mois de septembre 1630, et miraculeusement guéri le 30 du même mois. Lyon , Claude Cayne , 1630 , in-8°. — Mss. de la Bibl. de Lyon, n° 1345. — Péiucaud (J.). Notes et documents, aunée 1630. — Mémoires de Richelieu, 268.
3. — A l'époque de la révolution , les dames de la Visitation ont emporté à Venise le cœur de saint François ; il y est resté.
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La cour revint à Lyon deux ans après , au mois de septembre. Partie de Roanne le même jour que le roi , la reine vint coucher à Tarare , et fut reçue à la porte du faubourg de Vaise par le consulat. Le lendemain, aux approches de la nuit, son carrosse versa, et Madame de Chevreuse qui se trouvait près de la portière fut légèrement blessée au nez et à la lèvre. Pendant cette nuit , un incendie consuma cinq ou six maisons à l'extrémité du pont de la Saône , et causa un tel embarras que le roi, qui arriva le jour suivant à six heures du soir , fut obligé de traverser la rivière en bateau pour se rendre à l'abbaye d'Ainay : c'est là qu'il reçut le lendemain le prévôt des marchands et le corps des échevins. Le 1 U septembre , la reine, qui allait au Pont-Saint-Esprit, s'embarqua sur une galiote peinte et décorée avec une grande élégance par les soins du consulat. C'était l'époque de la guerre si imprudemment déclarée au cardinal de Richelieu par Gaston , duc d'Orléans , frère du roi, et par le duc de Montmorency, gouverneur du Bas-Languedoc. Pris les armes à la main au combat de Castelnaudary , Montmorency eut la tète tranchée à Toulouse. Un officier de l'armée de Monsieur , Ghabestan , fut amené à Lyon , jugé par les magistrats de cette ville , et décapité. Gaston obtint un pardon qu'il méritait peu ; ce prince vint à Lyon le 16 octobre, et fut reçu par le gouverneur du Lyonnais avec les honneurs dus à son rang.
Quelques désordres eurent lieu dans le cours de cette année à Lyon, et se reproduisirent plusieurs fois ; ils étaient causés par l'établissement continuel de taxes qui fatiguaient beaucoup les classes ouvrières et la bourgeoisie: c'étaient, tantôt un droit exigé pour la marque des futaines, tantôt un impôt mis sur les cuirs, et le sou pour livre. La ville réclamait, et n'obtenait rien; elle offrait en vain de se charger de la perception des subsides nouveaux, pour épargner du moins aux habitants de Lyon les vexations dont les traitants les accablaient. Tous ses efforts pour alléger le fardeau de la contribution relative à la solde des gens de guerre échouèrent constamment ; elle opposa sans succès ses franchises aux prétentions du fisc : les taxes arbitraires auxquelles on la condamnait pesaient sur la population d'un poids d'autant plus lourd, que la noblesse et le clergé trouvaient toujours le moyen de s'en affranchir. Cette situation des choses entretenait une
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grande fermentation dans les esprits: traité brutalement par les gens du fisc, le peuple murmurait; des attroupements se formaient devant les bureaux des fermiers; tous les corps de métiers se prêtaient un appui mutuel, et bientôt de graves désordres troublaient la paix de la cité. Une multitude furieuse forçait et pillait la maison des employés de l'octroi ; elle brûlait devant la porte , dans la rue , tous les meubles des percepteurs , ses ennemis naturels. Quand le tumulte était arrivé à ce point , le gouvernement , qui n'avait rien su prévenir ou empêcher , écrivait à la cour pour réclamer des forces militaires. Des régiments marchaient sur Lyon , et on logeait les soldats chez les bourgeois , sans aucun égard pour leurs réclamations. Puis venaient les poursuites judiciaires, les condamnations, et de temps en temps des exécutions capitales. Ainsi commençaient et finissaient toutes les émeutes.
Elles n'auraient point eu lieu , sans doute , si tous les agents de l'autorité avaient eu la sagesse de Farchevèque de Lyon , Alphonse -Louis du Plessis de Richelieu. Ce vénérable prélat gouverna son diocèse pendant vingt -quatre ans avec la plus grande distinction : ami des pauvres, protecteur des ouvriers, il faisait beaucoup de bien et était fort aimé. Le Conseil d'Etat requit de lui , au prix d'une somme de cent mille livres , la possession définitive du château de Pierre-Scise , dont le gouvernement royal s'était emparé sons Louis XI. Alphonse de Richelieu montra un grand dévouement , lorsque la peste reparut à Lyon, en 1638 ; il allait visiter les malades à domicile, et veillait lui-même à ce que tous les secours dont ils avaient besoin leur fussent donnés. ■
Si le gouverneur d'Halincourt sacrifiait trop souvent les droits de la ville aux volontés du pouvoir royal, s'il était meilleur courtisan qu'administrateur , du moins ne négligeait-il pas les travaux publics , et surtout ceux des fortifications. Il fit construire, en 4639, à Serin, une porte qui reçut son nom : c'était une sorte de tunnel ; elle faisait partie du système général de défense. On y voyait du côté de la rivière , de vastes casemates percées ,
1. — Pêricaod (,4.). Notice sur AI|>honse-l.onu du Plessis rie Richelieu, archevêque de Lyon, (archives du Rhône , X , 158.)