XVII0 SIÈCLE. CINQ-MARS ET DE THOU A LYON
d'embrasures destinées à recevoir des canons. C'était sous cette porte d'Halincourt qu'on déposait les chaînes dont on se servait pour barrer la rivière : ainsi la voûte servait d'entrée et faisait partie des fortifications , office qu'elle remplissait beaucoup mieux que la vieille tour qu'on voyait autrefois sur ce point Les travaux étaient fort avancés, lorsque le cardinal de Richelieu vint à Lyon le 1 1 septembre. Louis XIII, qui arriva le 16, fit son entrée par la porte Saint-Sébastien; il partit le 19 pour Grenoble : son voyage n'avait pas d'objet politique.
S IV. Le cardinal de Richelieu avait placé auprès du roi un jeune homme qui lui devait beaucoup et dont il se croyait sûr: c'était Henri Coiffier de Rusé , marquis de Cinq-Mars. Louis accepta le nouveau favori qu'on lui donnait, et le fit grandécuyer. Léger, présomptueux, enorgueilli de sa faveur, Cinq- Mars se crut assez fort pour lutter avec le premier ministre ; il se lia avec les ennemis du cardinal , et conçut , dit-on, la pensée d'un attentat semblable à celui que Vitry et de Luynes avaient commis sur la personne de Concini. Ce projet d'un assassinat n'eut pas de suite ; Louis fut soupçonné d'en avoir eu connaissance et de ne pas l'avoir beaucoup désapprouvé. Obligé de chercher un autre moyen de renverser*Richelieu , le jeune favori entra dans une conspiration qu'avait ourdie Gaston, frère du roi, de concert avec les Espagnols , et dont le résultat devait être le démembrement du royaume. L'Espagne mettait à la disposition de Gaston douze mille hommes d'infanterie , cinq mille de cavalerie , et quatre cent mille écus pour faire des levées en France. D'Olivarez signa le traité au nom de cette puissance ennemie, Fontrailles engagea le prince. Cinq-Mars, un des principaux meneurs du complot , communiqua ce qui se passait à son ami François -Auguste de Thou, fils aîné de l'historien : de Thou reçut avec peine cette dangereuse confidence , et déploya tous ses efforts pour dissuader le grand-écûyer de son entreprise. Richelieu veillait; il parvint à obtenir une copie du traité au moment où , déjà valétudinaire , il traversait le Languedoc pour rejoindre l'armée royale dans le Roussillon. On arrêta les conspirateurs : le faible et irrésolu Gaston révéla tout. On avait fait espérer à Cinq-Mars sa grâce , s'il ne cachait rien de ce qu'il
LYON SOUS LOUIS XIII. — XVIIe SIÈCLE. 767
savait : troublé par l'imminence du danger , Cinq-Mars nomma tous ses complices , et même son ami de Thou. Ce fut en vain que la maréchale d'Effiat implora la clémence royale ; Richelieu voulait un exemple : il ordonna que Cinq-Mars et de Thou fussent transférés à Lyon , où lui-même devait bientôt se rendre. Les deux prisonniers furent conduits au château de Pierre- Scise , le 3 septembre 1642, par une compagnie de dragons. Quatorze commissaires nommés par le roi , présidés par le chancelier Séguier, ennemi personnel de Cinq-Mars, et assistés par quelques conseillers au parlement de Grenoble , procédèrent au jugement des accusés; c'est à Jacques Martin, sieur de Laubardemont , que l'instruction avait été confiée.
Le cardinal de Richelieu arriva presque mourant à Lyon, en bateau; il venait de Valence. On avait construit pour lui une chambre portative assez grande pour contenir une table , une chaise et un lit; elle était couverte en damas gris : on fut obligé de rompre les portes et les fenêtres de l'abbaye d'Ainay pour l'introduire dans le monastère. Il fit son entrée , porté sur les épaules de dix-huit gentilshommes de sa garde splendidement vêtus et qui marchaient tète nue ; il n'y eut pas de harangues. Tous les membres du consulat saluèrent respectueusement quand le cardinal parut. *
Cependant les interrogatoires avaient commencé : Cinq-Mars arriva au palais de justice dans un carrosse de louage , et de Thou bientôt après. Questionné par le chancelier, de Thou répondit qu'il pourrait très bien nier d'avoir eu connaissance du complot , puisque le seul homme du monde qui lui en eût parlé était Cinq-Mars qu'on ne pouvait considérer comme témoin, puisqu'il était accusé. Il avoua que la conspiration lui avait été révélée par son ami ; « mais , dit-il, je n'avais pas recherché cette confidence; il ne dépendait pas de moi de l'éviter,
1. — Le cardinal était déjà venu a Lyon en 1643. Le mercredi 19 février , il fut harangué à la porte de Vaise par le prévôt des marchands , et logea à l'archevêché. Le lendemain , il alla rendre ses devoirs à Louis XIII et à la reine, qui passèrent quelques jours à l'abbaye d'Ainay.
Molière se trouvait-il à Lyon en 1642?«-t-il été un des témoins de la tragédie que Riche lieu Gl représenter sur la place des Terreaux.? Ou l'a dit , mais sans preuves.