XVII* SIÈCLE. — CINQ-MARS ET DE THOU A LYON
et je n'ai point été coupable. » De Thou affirma qu'il avait fait les plus vives instances auprès de Cinq-Mars pour le déterminer à se désister de son projet , mais que , n'ayant pas réussi et ne voulant pas dénoncer son ami, il avait préféré la mort à l'infamie d'une trahison. Il ajouta qu'un autre motif encore ne lui avait pas permis de faire une révélation : c'est qu'il n'aurait pu fournir aucune preuve d'une conspiration dans laquelle le frère du roi se trouvait compromis. Cinq-Mars renouvela ses aveux. La procédure marcha avec une précipitation inouïe ; en huit ou neuf heures les accusés furent interrogés et confrontés , le rapporteur prit ses conclusions, et le président prononça un arrêt qui condamnait Cinq-Mars et de Thou à la peine de mort et à une amende de soixante mille livres. «Eh bien! dit en soute riant de Thou à Cinq-Mars , ne pourrais-je pas me plaindre « de vous? Vous m'avez accusé, et c'est vous qui me faites « mourir. Mais Dieu sait combien je vous aime. Mourons , Monte sieur, mourons courageusement et gagnons le paradis. » Les deux amis se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, et se félicitèrent de mourir ensemble. Après la lecture du jugement, on remit la garde des condamnés au prévôt des marchands Thomé. Le cardinal de Richelieu était parti la veille ; il savait tout ce qu'il devait attendre de la docilité de ses commissaires: une tète lui suffisait, et on lui en donnait deux. Son étonnement fut si grand quand il apprit la double condamnation, qu'il s'écria deux fois: « De Thou , mon Dieu ! de Thou aussi ! » On avait commencé les préparatifs de l'exécution avant même que l'arrêt eût été rendu.
Les condamnés demandèrent leurs confesseurs : deux jésuites, les PP. Malavalette et Mambrun, vinrent les préparer à la mort. De Thou, apercevant un domestique de la présidente de Pontac, lui adressa ces paroles : « Mon ami, dis à ma sœur que je con- « nais maintenant mieux que jamais combien le monde est men- « songe et vanité , que je meurs content et , par la grâce de Dieu, « avec les sentiments les plus vifs de la religion. » L'exécution devait suivre immédiatement l'arrêt : le \ 2 septembre , à trois heures de l'après-midi , quatre compagnies armées de la milice bourgeoise , composées chacune de trois cents hommes et commandées par leurs officiers, vinrent former sur la place des Ter-