LYON SOCS LOUIS XIV. — XVII* SIÈCLE
duc de Villeroi !; Camille exerça la charge de son neveu, en sa qualité de lieutenant. Sa conduite fut admirable pendant l'émeute de 1693; la cherté du pain et la misère générale avaient excité parmi le peuple de vifs mécontentements : l'archevêque usa de beaucoup de prudence , et montra surtout beaucoup de charité. Il réprima les troubles avec mesure et fermeté , en même temps qu'il nourrissait les pauvres; mais l'émotion et les fatigues qu'il éprouva accablèrent son grand âge : il mourut pendant cette même année, fort regretté des Lyonnais qu'il avait gouvernés pendant un temps si long et avec tant de sagesse. *
S III. Le maréchal duc de Villeroi fît, en sa qualité de gouverneur du Lyonnais, les honneurs de la ville à Philippe d'Anjou et à ses frères les ducs de Bourgogne et deBerri, Gis comme lui de Louis , dauphin de France , et de Marie- Anne de Bavière : les princes firent leur entrée à Lyon le 9 avril 1700; ils venaient de la Savoie. Philippe n'était pas encore déclaré roi d'Espagne; il ne le fut qu'au mois de novembre, à Fontainebleau; mais déjà son aïeul Louis XIV avait pris ses mesures à Madrid. Charles II, dernier roi de la branche autrichienne , n'avait pas d'enfants , et, malgré quelque hésitation , se disposait à faire son testament en faveur d'un prince français. Villeroi n'avait rien négligé pour faire aux trois princes une réception brillante : sept mille hommes de la milice bourgeoise , les archers et les arquebusiers , formaient une haie depuis la Guillolière jusqu'à la place Bellecour où se trouvait l'hôtel destiné aux trois princes \ Le marquis de Rochebonne , accompagné de deux cents gentilshommes richement équipés, était allé à leur rencontre suivi d'une longue file de carrosses remplis de dames élégamment
1. — François de Neuville , maréchal , duc de Villeroi , mourut en 1750 ; il fut le favori de Louis XIV. Son fils , François-Paul , devint archevêque de Lyon. Le gouvernement an Lyonnais fui le patrimoine des Villeroi , de 1608 à 1790.
2. — Massillon prononça l'éloge de l'archevêque de Lyon, Camille de Villeroi, et le P. Colonia fît le panégyrique du même prélat. Voyez Péricaud (//.) , Notice sur Camille de Neuville de Villeroi , archevêque de Lyon (Archives du Rhône , X , 3 il) , et la Biographie universelle.
3. — Les princes furent conduits dans un hôtel situé sur la place, à l'extrémité du mail , H nommé la Maison-Rouge. Louis XIV et la duchesse de Bourgogne y étaient descendus.
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nient parées et des personnages notables de la ville. Au bout du pont du Rhône se trouvaient les échevins, l'avocat général, Je secrétaire et le receveur , tous en robes violettes. Vaginay , prévôt des marchands , prononça une harangue qui fut gracieusement reçue , ainsi que l'offrande de la ville qui se composait de présents magnifiques. Philippe et ses frères allèrent voir , le jour même de leur arrivée , Topera de Phaéton; ils reçurent, le lendemain , les hommages de F archevêque de Saint-George et du chapitre , et assistèrent aux exercices du tir par les archers , aux joutes des mariniers et à un beau feu d'artifice qui lut tiré sur la Saône. Rien de plus splendide que l'illumination de la ville, c'était un beau coup d'œil: en un instant l'amphithéâtre que forment les montagnes de Fourviôre et des Chartreux fut éclairé, par un nombre prodigieux de pots à feu rangés avec beaucoup de symétrie. Plus de cent mille personnes encombraient les rues, les quais , les places , les ponts , les balcons, les fenêtres ; les cris de Vive le roi ! qui retentissaient de toutes parts ne permettaient pas d'entendre le bruit des timbales et des tambours des trentecinq quartiers. Les princes visitèrent avec une attention particulière les médailles , les manuscrits et les livres de la bibliothèque : le P. Colonia leur expliqua la série des empereurs romains , les idoles de Rome et d'Egypte , et répondit aux questions savantes que lui adressa le duc de Bourgogne. Ds se rendirent à l'Hôtel-de-Ville , et furent reçus au bas du perron par le consulat en robes. On avait monté dans une des salles de cet édifice quelques métiers de brocarts d'or et d'argent , pour donner aux princes une idée de la fabrication des étoffes et des galons ; on mena Philippe auprès de jeunes filles occupées au tirage de l'or, on lui fit voir comment on dore les lingots , et de quelle manière on les dégrossit après les avoir dorés !. Les jeunes princes réussirent; parfaitement à Lyon; la simplicité et la grâce de leurs manières, leur affabilité et l'instruction solide qu'ils montrèrent donnèrent de leur avenir une idée avantageuse.
1. — Passage à Lyon , en 1700, de Philippe d'Anjou, des ducs de Bourgogne et de Bcrri , ses frères ( relation extraite d'un manuscrit attribué à Duché de Vancy , qui appartenait à la suite des princes ). Revue du Lyonnais, VII, 202.
Les princes partirent de Lyon le 13 avril.
Philippe d'Anjou hérita de la couronne d'Espagne ; un prince français alla régner à Madrid; ainsi, le but de la politique du roi Louis XIV était complètement atteint. Mais l'Europe était effrayée par l'ambition du roi de France; elle n'accepta pas sans protestations le testament de Charles IL Une guerre terrible s'engagea entre la France d'une part et la Hollande alliée à l'Angleterre de l'autre, et un compétiteur redoutable disputa à Philippe son trône mal affermi. Louis XIV, devenu vieux, n'avait plus ce tact , cet esprit de discernement qui lui faisaient si bien choisir ses ministres et ses généraux : quelques succès peu décisifs en Italie marquèrent la campagne de 1701, mais des revers les suivirent bientôt. Les armées françaises perdirent plusieurs batailles, et la situation du royaume devint fort critique : jamais la détresse du trésor royal n'avait été si grande.
Et cependant il fallait beaucoup d'argent pour continuer cette lutte désastreuse. Obéré de toutes les manières , Lyon ne pouvait plus supporter les impôts qui l'accablaient : une taxe nouvelle, la capitation ,lui fut imposée en 4701 ; elle devait atteindre toutes les têtes et écarter tous les privilèges: prêtres et nobles, marchands étrangers et nationaux, maisons dans la ville et domaines à la campagne, y étaient également assujettis. Mais la perception de cet impôt présentait d'immenses difficultés; il fallait l'organiser, la rendre régulière, et l'asseoir sur des rôles dressés avec exactitude. Il y eut une violente opposition; la ville temporisa selon l'usage en pareille circonstance , et essaya, mais sans succès, la voie des négociations. Il n'était plus question depuis longtemps de ses franchises et de ses privilèges; le fisc fut intraitable, il poursuivit les retardataires avec rigueur et condamna les récalcitrants au payement d'une taxe double. Quoique cet impôt eût produit beaucoup, le trésor royal n'en avait pas moins d'énormes besoins; alors le gouvernement eut recours à l'un de ses expédients extraordinaires , la création d'offices nouveaux : il imagina des assesseurs de police, des vérificateurs des impôts , des inspecteurs des douanes ; et Lyon paya des sommes considérables pour ne point avoir à subir ces inutiles fonctionnaires. Menacé du cours forcé d'un papier-monnaie , il acheta au prix de quatorze cent mille francs le droit d'en être exempt. La recette des octrois sur l'entrée des vins, des bes-