ABBAYE SAINT-PIERRE; LA VALFINIÊRE. XVII0 SIÈCLE
ionique , est surmontée d'un fronton sur lequel les armes de la ville sont sculptées. Cet édifice n'a rien de remarquable ; il n'a pas l'élégance de l'église des Chartreux, qui fut commencée vers la même époque. Etablis à Lyon en 1584, ces religieux n'eurent longtemps qu'une modeste chapelle , située à l'ouest de la colline Saint- Sébastien , dans un emplacement dont l'exposition est magnifique. Us creusèrent les fondations de l'église et du cloître vers la fin du seizième siècle; mais les travaux marchèrent avec une lenteur extrême , et n'étaient pas terminés un demi-siècle plus tard. L'église Saint-Jean était achevée , et cependant il y avait toujours quelque chose à faire dans cette vaste basilique. En 1660 Guillaume Nourrisson restaura et perfectionna beaucoup la célèbre horloge astronomique dont Nicolas Lippius, de Baie, avait décoré cette église. Fort expérimenté dans son art, Nourrisson mit la dernière main à ce chef-d'œuvre de la mécanique du temps. Cette horloge eét un cube richement doré que surmonte une tour couronnée d'un dôme : en avant, un calendrier perpétuel , civil et ecclésiastique désigne le siècle, Tannée, le jour et l'heure, tandis qu'une sphère, placée au-dessus, indique la position du soleil dans le zodiaque, les phases de la lune et la situation des planètes. On vantait beaucoup le coq qui battait des ailes , l'ange qui sonnait un carillon , et la scène de l'incarnation représentée par des automates.
Mais un travail plus sérieux et bien plus digne d'attention, c'est la construction, en 1667, du palais Saint-Pierre, tel qu'il existe aujourd'hui sur les plans d'un gentilhomme d'Avignon, nommé de la Valfinière, sous la direction de l'abbesse Albertine de Chaulnes. Ce palais, abbaye d'abord, est un grand édifice carré dont la façade , tournée au Nord , forme un des côtés de la place des Terreaux; l'ordre dorique y est combiné avec le corinthien. Un rang de fenêtres, d'un style élégant, est surmonté de frontons alternativement anguleux et demi-circulaires; celles du second étage ont beaucoup moins de hauteur, et sont à simple bandeau. Au-dessus de l'entablement règne une balustrade dans toute la longueur de cette face , que couronne un belvéder à l'italienne. On entre par un perron de quelques marches et par un portail d'un bon style dans la cour intérieure , dont le plus grand diamètre est dirigé de l'Est à l'Ouest; une double rangée d'arbres
796 XVIIe SIECLE» MARCHE DE LA CIVILISATION.
ornait ses deux extrémités, et sa partie centrale était décorée par un bassin et par une fontaine. Ces quatre oôtés saut formés par un portique à arcades, qui supporte une galerie garnie d'ua balcon. Le grand escalier est au fond de la cour ; il est très remarquable par l'élégance et par la majesté de ses proportions : c'est dans cette partie de l'édifice qu'est la salle du Chapitre , ornée de statues allégoriques assez médiocres , exécutées en stuc d'après les dessins de Blanchet , et de deux grands tableaux exécutés par Cretot.
Les deux églises, Saint-Pierre et Saint-Saturnin , étaient adossées l'une à l'autre : la première servait spécialement à l'abbaye; elle fut rebâtie de 1659 à 1680 par les abbesses Anne et Antoinette Albert de Chaulûes, et entièrement terminées sous l'abbesse Anne de Melun, princesse d'Eplnoi. Cet édifice n'a rien de remarquable sous le rapport de l'art? il n'a qu'une seule nef en style gothique. Le sanctuaire Était orné de pilastres en marbre de couleur et d'ordre ionique, de statues en stuc, et d'un groupe qui représentait la délivrance de saint Pierre, Sans être un monument du premier ordre , J'abbaye Saint-Pierre , aujourd'hui le Palais des Arts, fait honneur au talent de l'architecte La Valfinière.
La loge des Changes était devenue insuffisante pour les besoins du commerce , et d'ailleurs ses murailles lézardées tombaient de ^vétusté : on la reconstruisit en 1706, sur les plans de Mansart. C'est vers le même temps que la poudrière fut établie, sous la direction de Vauban.
On s'occupa beaucoup , d'après les ordres du consulat , de la rectification du plan de la ville et de l'élargissement des rues, dont la plupart furent pavées et éclairées, assez imparfaitement il est vrai. Lyon s'embellissait : cette ville avait des quai6, de grandes places publiques et des promenades fréquentées ; elle était entrée dans une meilleure voie '. Comme dans la plupart des villes de France, beaucoupPde sépultures avaient lieu dans
1. -r* La police de salubrité faisait aussi quelques progrès. En 1655 , le consulat s'occupa des moyens de rendre les iucendies moins fréquents et moins dangereux : douze charpentiers, qui avaient chacun cinq hommes sous leurs ordres , reçurent la mission de se porter sur tous les points de la Tille où le feu viendrait i éclater. Telle fut l'origine des snpaur»- pompiers.
MARCHE DE LA CIVILISATION. XVII* SIÈCLE. 797
les églises, et lé service des inhumations laissait beaucoup à désirer ; la police de salubrité était alors forl mal connue , elle n'a été bien mise en application qu'au dix-neuvième siècle.
$ II. Quelle fut la situation du commerce de Lyon sous Louis XIV ? Elle fut souvent compromise par les guerres que la France feùt à soutenir pendant ce long règne , et on a vu déjà qrte la révocation de l'édit de Nantes lui avait porté un coup terrible : il y avait cependant un principe de vie dans l'industrie de la cité, qui se développait dès que les circonstances devenaient moins défavorables. Golbert encourageait les manufactures ef servait en particulier de tout son pouvoir la fabrique d'étoffes de soie ; il s'occupait -activement des voies navigables , des canaux , des routes , de l'abolition des droits de péage qui gênent le parcours des marchandises, et de l'organisation d'un bon système de douanes; mais les guerres et les constructions ai dispendieuses, dont Louis XIV avait le goût, ne permirent pas au ministre des finances de faire pour l'industrie tout ce qu'il aurait désiré : de fatales nécessités dominaient la situation.
Quand le commerce était paralysé par une cause quelconque, les métiers cessaient de battre , et grand nombre d'ouvriers tombaient dans une profonde misère. On trouva en 1649 qu'il y en avait trop, surtout de compagnons et d'apprentis venus de l'étranger ; la plupart reçurent l'ordre de retourner dans leur pays, et les chefs d'atelier furent invités à n'en avoir qu'un seul. C'était un vain palliatif, et il n'y avait pas de bons résultats à s'en promettre. Une ordonnance rendue en 1667 étendit les privilèges de la corporation des ouvriers en soie à tous ceux qui travaillaient ou qui faisaient travailler dans ce genre d'industrie , alors même qu'ils n'auraient fait aucun apprentissage; elle leur imposait seulement l'obligation de se faire inscrire sur le registre des maîtres-gardes. Le nombre de coux-ci fut éleyé à six : deux à la nomination directe du consulat, et quatre élus à la majorité des suffrages d'une assemblée formée d'anciens maîtres-gardes et de trente chefs d'atelier désignés par le consulat. Les maîtresgardes avaient k police de la fabrique; ils veillaient à l'observation des règlements , et prenaient connaissance des contestations qui s'élevaient entre les chefs d'atelier et les compagnons : c'était une institution fort utile.
798 XVIIe SIÈCLE. COMMERCE DE LYON.
L'art de la fabrication des étoffes de soie se perfectionna beaucoup pendant le dix-septième siècle. Claude Blanchet , et quelques années après , Antoine Bourget , introduisirent à Lyon le tissage des crêpes et des étamines. Bourget avait du génie ; il imagina des mécaniques fort bien confectionnées pour la filature des soies : cette industrie réussit , et bientôt trois cents métiers travaillèrent ; il y en eut à Saint-Chamond et à Saint- Etienne , mais c'est à Lyon que se trouvait le plus grand nombre. James Fournier importa d'Angleterre dans cette ville l'art de tisser les bas de soie par un procédé fort ingénieux; la mécanique était en acier, et fonctionnait avec une admirable précision. Cette branche de commerce prospéra beaucoup; le nombre des métiers s'augmenta d'année en année : plusieurs villes , Nîmes entre autres , cherchèrent à s'approprier ce genre de fabrication et en vinrent à bout. Lyon voulut en vain garder le monopole du tissage des bas de soie ; on défendit sans succès l'exportation des métiers et leur confection sans la permission spéciale des maîtres-gardes : ces entraves furent bientôt éludées. Lyon avait surpris le secret de l'Angleterre ; on lui déroba le sien.
Vers le même temps la fabrique lyonnaise fit une autre conquête , l'art de donner aux soies leur éclat : elle la dut au génie d'un de ses enfants, ou plutôt au hasard qui a fait un si grand nombre de découvertes. Ruiné par des spéculations malheureuses , triste et découragé , Ottavio Mey roulait par désœuvrement , entre ses dents , un morceau de taffetas blanc ; il allait le jeter lorsqu'il s'aperçut que l'étoffe était devenue très brillante , qualité qu'elle conserva : elle la devait donc à la pression et à la chaleur humide. Cette réflexion conduisit Mey à imaginer son procédé de lustrage , qui releva sa fortune; devenu riche , cet habile fabricant se livra au goût des arts , et forma un cabinet d'antiquités dans lequel il plaça le bouclier d'argent que tdes pécheurs avaient trouvé dans le Rhône , près d'Avignon. C'est le bouclier de Scipion ; l'héritier de Mey en fit présent au roi.
Les draps de soie de Lyon étaient renommés , même en Italie ; les frères Parent trouvèrent moyen de les rendre plus parfaits encore. Un simple ouvrier lyonnais , ingénieux comme tant d'autres artisans de la même profession , Charlier, imagina une
COMMERCE DE LYON. — XVIIe SIÈCLE. 799
étotte qui imitait très bien le point de tapisserie des Gobelins. Quelques essais déjà tentés en ce genre n'avaient obtenu qu'un succès médiocre. f
C'est en 1702 qu'une véritable chambre de commerce fut instituée à Lyon; on en fît un conseil permanent , composé de» représentants des principaux genres d'industrie : ses membres , renouvelés chaque année par moitié , étaient nommés par élection. Cette chambre correspondait par un délégué avec le conseil général de commerce établi à Paris. Ainsi , en dépit des obstacles qui paralysaient quelquefois son essor , la fabrique de soieries prospérait; elle eut à soutenir en 171 2 un grand procès: la Compagnie des Indes avait le monopole des soies de la Chine et de l'Inde ; Lyon essaya d'employer les soies indigènes : c'est ce qu'on voulut lui défendre sous les prétextes les plus frivoles. Soumises à des expériences comparatives , les soies de France et d'Italie parurent moins sèches et moins cassantes que celles dePInde. Les chefs d'atelier obtinrent la permission de se servir des soies dont il leur conviendrait de faire usage.
C'est surtout pour le service du commerce que la poste aux lettres a été organisée ; elle fut placée, en 1648, dans les attributions municipales : toutes les dépêches partaient d'un même bureau , auquel arrivaient tous les courriers. Le consulat en nommait les employés.
§ III. Lyon fournit à Paris, pendant le dix-septième siècle, des artistes d'un mérite éminent : un grand peintre, d'habiles graveurs et des sculpteurs, dont les nombreux ouvrages sont la plus belle décoration des palais de la capitale.
Un peintre lyonnais , d'un talent bien supérieur à celui de Blanchet , aurait pu être appelé pour la décoration de l'Hètelde- Ville ; mais il parcourait ailleurs une carrière brillante. Né en 1596 d'un père flamand , Jacques Stella avait fait de bonnes
1. — D'autres industries reçurent des améliorations importantes; celle de la chapellerie dut quelques perfectionnements à Etienne Mazard , né en 1 660 et mort en 1736. Mazard avait introduit le poil de castor dans la fabrication du feutre ; il légua sa fortune , qui était assez considérable , a l'hôpital de la Charité , et voulut que le revenu d'une de ses maisons et la rente d'un capital de quarante mille livres fussent employés à doter chaque année trente-trois jeunes filles, chacune d'une somme de cent cinquante livres : dispositions qui furent exécutées.
800 XVIIe SIÈCLE.. — MARCHE DE LA CIVILISATION; STELLA.
études et beaucoup de progrès en Italie ; il passa sept années à la cour du grand-duc de Florence, qui estimait beaucoup les productions du pinceau de cet artiste. Stella se rendit ensuite à Rome avec son frère François , et demeura onze ans daûs cette patrie des beaux-arts. Il avait beaucoup d'habileté et excellait dans les sujets gracieux, travaillait peu d'après nature, et dessinait cependant avec correction. Ses principaux ouvrages sont Jésus disputant avec les docteurs , le Baptême de Jésus, le Miracle des cinq Pains, la Samaritaine , la Baigneuse , et Minerve au milieu des Muses, tableaux qui lui ont acquis une célébrité méritée. Mis en prison à Rome , sur une accusation fausse , il dessina sur la muraille, avec un morceau de charbon, une Vierge et l'Enfant Jésus , et mit tant de talent dans cette esquisse , que le cardinal Barberini vint la voir et l'admira. Stella , de retour en France, ne fit à Lyon qu'un séjour très court; Paris l'appelait. Richelieu lui fit obtenir le titre de peintre du roi , une pension de mille livres, un logement au Louvre, et la croix de Saint- Michel. Ami de Nicolas Poussin, Stella fut bien servi par les bons offices de ce grand artiste; il peignit le portrait de Louis XIV enfant et la chapelle du Palais-Royal. On a de lui de petites compositions d'un fini très précieux , et des dessins très estimés; il mourut en 16Û7. Les principaux graveurs qui ont travaillé d'après ce maître, sont : Edelinck, Poilly , Audran et Melan. Le burin spirituel de sa nièce , Claudine Stella , a reproduit les Jeux d'enfants en cinquante-deux planches , et la Vie de saint Philippe deNéri, en quarante -deux morceaux. Stella eut pour élève son neveu Antoine Boussonnet , qui huila avec bonheur la manière de son oncle , et vécut à Lyon de 1630 à 1682. Jacques Stella fut enseveli à Paris dans l'église de Saint- Germain-l'Auxerrois ; la ville de Lyon est fière de lui avoir donné le jour, et le nomme avec orgueil parmi les artistes remarquables qu'elle a produits. '
1 . — La peinture à Lyon n'a pas fourni , pendant le seizième siècle , Mes artistes d'an ordre supérieur ; aussi n'en ai-je point parlé : j'aurais pu citer cependant Jean Perréal , valet de chambre du roi et peintre de la vHIe de Lyon ; Claude Perréal , peintre et poète dont la mort inspira à Clément Marot un de ses rondeaux, et les sœurs de cet artiste qui peignaient aussi avec succès. Tous ces Perréal appartenaient sans doute à une même famille d'artistes qui s'éteignit vers la fin du seizième siècle , et fut dignement remplacée par celle des Stella.
MARCHE DE LA CIVILISATION; STELLA. — XVIIe SIÈCLE. 801
Trois sculpteurs, Coysevox et les deux frères Coustou, lui firent infiniment d'honneur à la même époque. Antoine Coysevox, d'origine espagnole, était né à Lyon en 16Ù0; à peine âgé de dix-sept ans y il se fit connaître très avantageusement par une belle statue de la Vierge. Peu de temps après , le cardinal de Furstemberg l'appela en Alsace et le chargea de la décoration de son palais. De retour à Paris, Coysevox exécuta deux statues de Louis XIV, Tune en pied et l'autre équestre : celle-ci était de grandeur colossale. Le conscieDcieux artiste s'était fait amener seize chevaux des écuries du roi; il les avait étudiés attentivement, et s'en était approprié les formes le&plus belles. On cite au rang de ses ouvrages les plus remarquables : Mercure et la Renommée , portés sur des chevaux ailés -y un Fiûteur, une Flore, les tombeaux du cardinal de Mazarin et de Charles Le Brun , et surtout celui de Colbert. On a de cet artiste infatigable beaucoup de groupes , de bustes et de bas-reliefs ; il était l'oncle des deux Coustou, ses élèves.
Né à Lyon en 4658, Nicolas, l'aîné des deux frères, obtint le grand prix de l'Académie, et devint pensionnaire du roi à Rome. Il demeura trois années dans cette ville , et fit une étude particulière de Michel- Ange. De retour à Paris , Nicolas Coustou fut bientôt chargé de grands travaux, parmi lesquels on admira le groupe colossal qui représente la jonction du Rhône et de la Saône , un berger , un groupe de tritons , et la descente de croix appelée le Vœu de Louis XIII. Cet artiste était très fécond; quoique son habileté fut remarquable , elle n'égalait cependant pas celle de son frère Guillaume , un des plus grands sculpteurs qui aient existé. Guillaume Coustou s'est immortalisé par les belles statues et par les groupes dont il a orné les jardins de Marly : plusieurs de ses compositions décorent maintenant les Champs-Elysées. Tout le monde connaît Técuyer occupé à contenir un cheval qui se cabre ; le passage du Rhin , morceau capital, commencé par son frère ; le bas-relief de l'hôtel des Invalides, le fronton du Château-d'eau, vis-à-vis du Palais- Royal , et la statue de Louis XIII. Cet artiste prolongea sa brillante carrière jusqu'en 17Û6 : ainsi, deux siècles peuvent le reveDdiquer.
Les deux frères Coustou fournirent le concours de leur talent
802 XVIIe SIÈCLE — BEAUX-ARTS ; COYSEVOX , COUSTOU.
pour l'ornementation d'un monument magnifique dont l'historien de Lyon ne peut se dispenser de parler.
Le 20 mars 1686, le consulat, d'après la demande du maréchal de Viileroi, vota l'érection, sur la place Bellecour, d'une statue équestre en bronze de Louis XIV. Une convention fut passée entre la ville et Martin Desjardins , qui s'engagea à exécuter ce grand travail pour le prix de quatre-vingt-dix mille livres , dans l'espace de deux années ; il tint parole. Les frères Keller fondirent cette statue, la- plus grande qu'il y eût alors en France. Louis était vêtu à l'antique , en costume héroïque , sans selle ni étriers; il montait un cheval de bataille long de seize pieds , de la tète à la queue. La hauteur du groupe , depuis les pieds de l'animal jusqu'au sommet de la tète du cavalier, était de dix-neuf pieds. Cette statue équestre pesait trente milliers. Le bronze était composé moitié de cuivre rouge et moitié de cuivre jaune; il fut coulé d'un seul jet. On le transporta par eau de Paris à Toulon , puis on lui fit remonter le Rhône ; il arriva à Lyon le 25 juillet 1701. Le consulat reçut la statue à Ainay, et l'accompagna jusqu'au port du Roi ; un corps de musiciens ouvrait la marche , et le bruit de décharges de mousqueterie et d artillerie se mêlait à celui des timbales , des clairons et des trompettes. Desjardins et les frères Keller n'avaient mis que deux ans pour fondre cette immense statue équestre ; il en fallut douze pour élever le piédestal, qui fut construit en marbre blanc, sur les dessins de Chabry, On lisait sur les faces ces inscriptions :
LVDOVICO MAGNO REGI PATRI HEROI ANNO M. D. CCX11I VERjE
RELIGIONIS ADSERTORI BONARVM ARTIVM PARENTI BELLI ET PACIS
arbitro. Des casques en bronze surmontaient les angles. Ainsi formé du piédestal et de la statue, le monument avait quaranteun pieds de haut. Les frères Goustou décorèrent le piédestal de trophées d'armes, de bas-reliefs et de deux figures colossales de dix pieds de hauteur , représentant le Rhône et la Saône. Guillaume exécuta celle du fleuve , et Nicolas celle de la rivière : ils reçurent pour ce travail quarante - quatre mille livres, non compris neuf mille trois cents livres pour les frais de transport de ces beaux groupes d'un travail supérieur à celui de la statue. Le cheval partait du pied gauche, et il avait l'encolure trop courte. Ce monument , qui corn-
beaux-arts; coysbvox, cocstou. — XVIIe SIÈCLE. 803
mença une vie nouvelle pour là place Bellecour , jusqu'alors déserte et abandonnée à un jeu de mail, fut solennellement inauguré le 28 décembre 1713. Ce fut une belle cérémonie : toute la milice urbaine , drapeaux et capitaines entête, était sous les armes dès neuf heures du matin ; le prévôt des marchands, les échevins et les officiers de la ville en grande tenue, un brillant état-major , la compagnie des arquebusiers , et plus de cinquante mille spectateurs, remplissaient la place Bellecour, nommée depuis ce jour place de Louis-le-Grand. Cette multitude entourait la statue, qui fut découverte en moins d'une heure , et saluée de ce cri mille fois répété : Vive le roi !
La gravure dut à la ville de Lyon des hommes d un haut mérite. Un artiste dont la renommée a égalé celle de Guillaume Coustou, Gérard Audran, la porta par ses nombreux travaux à un degré de perfection inconnu avant lui. Né en 16Û0, d'un père qui était lui-même un artiste fort distingué , ij alla perfectionner ses études à Paris et en Italie , se lia intimement avec Charles Le Brun , reçut des encouragements de Colbert , et devint membre de l'Académie royale de peinture. Audran dessinait fort bien : à Rome, il grava d'après Raphaël et Le Dominiquin ; à Paris , d'après Nicolas Poussin , Le Brun et Le Sueur. Son burin est souple , correct , énergique ; il rend admirablement le style du peintre, et jusqu'à la couleur. Gérard Audran est le premier des graveurs d'histoire ; ses principaux ouvrages , toujours haut placés dans l'estime des connaisseurs , sont les batailles d'Alexandre , Dieu parlant à Moïse , le Jugement de Salomon, la Femme adultère, Jésus conduit au Calvaire , saint Protais martyr , saint Sébastien martyr , le Temps qui enlève la Vérité , la bataille entre Constantin et Maxence , le triomphe de Constantin , le martyre de saint Etienne , celui de saint Laurent, et les sept Sacrements '. Un
1. — D'autres Audran , lyonnais comme Géra ni , oui été des graveurs habiles : on a de Benoit (né en 1661, élève el neveu de Gérard) la Maladie d'Alexandre, d'après Eustache Le Sueur; Jésus instruisant Marthe et Marie, d'après le même peintre , etc. Jean Audran, né â Lyon en 1667 , et son frère Benoit, étudièrent aussi à Paris sous leur oncle Gérard. Jean dessinait et gravait fort bien ; il est auteur du Moïse sauvé des eaux , d'Eslher devant Assuérus , de la Résurrection de Lazare , etc.
804 XVIIe SIÈCLE. MARCHE DE LA CIVILISATION; MENESTR1ER.
autre graveur lyonnais, élève de Germain Audran , né vingtquatre ans après Gérard, excella dans le genre du portrait, devenu plus difficile depuis qu'Hyacinthe Rigaud avait donné tant de place aux draperies. Drevet grava avec un talent supérieur les portraits de Louis-le-Grand , représenté debout , revêtu du manteau royal f ; de Boileau, de Girardon, et des cardinaux de Beauveau , de Fleury , de Noailles et de Rohan. On distingue parfaitement les uns des autres, dans ces belles compositions, le satin , le velours , le drap , le bois, les métaux. Drevet fat le père et le maitre de Pierre , IIe du nom , auquel on doit, entre autres beaux ouvrages, le portrait en pied de Bossuet , d'après Rigaud , chef-d'œuvre auquel il n'y a rien de comparable en ce genre , et que l'habile artiste exécuta à l'âge de vingt-six ans 2. Un autre Drevet, de la même famille, Claude, grava aussi des portraits très estimés; il était lyonnais : son ouvrage le plus remarquable est le portrait de Vintimilie , archevêque de Paris.
Ces grands artistes, Jacques Stella, Guillaume Coustou, Gérard Audran et Pierre Drevet, suffiraient à l'éternelle illustration d'une cité.
S IV. Les lettres et les sciences, il faut l'avouer, ne produisirent pas à Lyon , pendant le dix-septième siècle , des hommes aussi éminents : quelques noms cependant se présentent avec beaucoup de distinction; un des plus connus est celui de Claude- François Menestrier. Entré chez les Jésuites à l'âge de quinze ans, Menestrier montra de bonne heure une grande facilité pour Vétude et une ardeur infatigable pour le travail : il professa la rhétorique dans plusieurs collèges avant d'habiter celui de Lyon, sa ville natale, et eut partout la réputation d'un homme de goût
t . — On recherche beaucoup les épreuves sur lesquelles existe une boucle de cheveux à l'extrémité du sourcil gauche : Drevet la supprima ; il travailla aussi sa planche de nouveau, pour lui donner plus d'harmonie.
S. — On reconnaît les précieuses épreuves dites au fauteuil blanc , à ces signes : on lit trecenses au lieu de trecensis dans la quatrième ligne à la droite du titre , et constorianus au lieu de consistoriamis.
Pierre II a gravé d'autres très beaux portraits , ceux entre autres de Robert de Cotte , d'Adrienne Lecouvreur, etc. On lui doit les estampes si remarquables de la Présentation au Temple , d'après Louis de Boullongnc , et de Rebecca recevant les présents d'Eliézer , d'après Antoine Coypel.
MARCHE DE LA CIVILISATION; MENESTRIER. — XVIIe SIÈCLE. 805
et de savoir. Sa mémoire était prodigieuse; il n'oubliait rien de ce qu'il avait lu. On raconte que Christine de Suède, voulant la mettre à l'épreuve , dicta à Menestrier trois cents mots bizarres qu'il répéta sans hésitation d'abord , dans leur ordre , du premier au dernier , puis en les prenant à rebours, et en remontant du dernier au premier. Ce savant jésuite s'entendait bien à ordonner une fête publique : c'est lui qui, en 1658, à l'âge de vingt-sept ans , dirigea les préparatifs de celle que la ville offrit à Louis XIV ; chargé du même office en 1667, il ne réussit pas moins bien. Menestrier connaissait l'art du dessin : la grande cour du collège fut peinte à fresque de sa main. Son érudition était inépuisable ; bibliothécaire de la maison des Jésuites , il augmenta beaucoup les collections de livres et de médailles. On sait que la culture des lettres ne l'avait point détourné de la théologie , et qu'il accompagna le P. Rigaud aux conférences qui s'ouvrirent à Die avec les protestants. Menestrier avait fait une étude spéciale du blason et de la numismatique ; ses ouvrages en ce genre ont conservé toute leur réputation. C'est en 1 696 qu'il publia la première partie de son Histoire consulaire de Lyon ; il ne la conduisit pas au-delà du règne de Charles VI : son plan était vaste, et il s'abandonna trop, dans l'exécution de son prolixe travail , à son goût pour les dissertations archéologiques. Menestrier se laissç dominer par sa science , et oublie fort souvent qu'il écrit une histoire. On a dit , mais sans le prouver, que cet érudit jésuite , croyant avoir à se plaindre des magistrats de Lyon, brûla , pour se venger, la seconde partie de son ouvrage. f
1 . — M es est m eu a beaucoup écrit ; voici l'indication de ses principaux ouvrages : Histoire civile et consulaire de la ville de Lyon. Lyon , de Fille , 1696 , in-fol. aveccartes , et la Figure (rare) de l'église Saint-Jean. — Des Représentations «n musique, anciennes et modernes. Paris, Guignard , 1681, in-12. — Des Ballets anciens et modernes. Paris , Gnim gnard , 1682, iu-12. — Histoire de Louis-le-Grand par les médailles, etc. Paris, Bob. Pépie , 1693, in-fol. , fi g. — La Devise du roi justifiée , avec un recueil de 600 devises , etc- Paris , Michallet , 1679, in-4°. — Eloge historique de la ville de Lyon , et sa grandeur consulaire sous les Romains et sous nos rois. Lyon , Benoit Coral , 1669 , in-40. — Les divers Caractères des ouvrages historiques, avec le plan d'une nouvelle histoire de la ville de Lyon. Lyon , de Ville , 1694, iu-12. — Les Réjouissances de la paix , faites dans la ville de Lyon le 20 mai 1660, avec un Traité de la conduite des feux d'artifice. Lyon , Guill. Barbier* 1670, petit in-fol. — De la Chevalerie ancienne et moderne. Paris , La Caille * 1683 , in-12. — Traite des tournois , jouâtes , carrousels et autres spectacles publics. Lyon t Jac. Muguet t
806 XVIIe SIÂCLK. — belles-lettres; spon.
Non moins érudit et plus profond dans la science des antiquités que ne Tétait Menestrier , Jacob Spon, fils d'un médecin de Lyon très distingué, fit une étude particulière des monuments anciens de la ville qui lui avait donné le jour. Peu d'archéologues , au dix -septième siècle, l'ont égalé; c'était un homme consciencieux et d'un vaste savoir , lié intimement avec Charles Patin et en relation avec la plupart des savants de son époque. Jacob Spon était protestant ; inquiété pour ses opinions religieuses , il se retira à Genève , dans un si grand dénument , qu'il mourut à l'hôpital. *
Le voyageur célèbre, Balthazar de Monconys, fut aussi une illustration au dix-septième siècle : né à Lyon en 1611, dans une famille distinguée qui a fourni plusieurs prévôts des marchands, il eut de bonne heure le goût des pérégrinations lointaines ; il parcourut successivement l'Espagne , le Portugal , l'Italie , la Syrie, la Turquie , et visita dans un second voyage l'Angleterre, les Provinces-Unies , l'Allemagne et l'Italie septentrionale , plus occupé malheureusement des sciences occultes et de recettes
1669 , in-4°. —Le véritable Art du blason. Lyon, Ben. Coral, 1659 , petit in-12. — L'Art du blason justifié. Lyon, Benoit Coral , 1661, petit in-12. — Les diverses espèces de uo- Ijlesse et les manières d'en donner les preuves. Paris , Rémy , 1681 , in -12. — Le Blason de la noblesse. Paris et Lyon, 1683, in-12. — Abrégé méthodique des principes héraldiques , ou le véritable Art du blasou. Lyon , Ben. Coral , 1673, in-12. — La nouvelle Méthode du blason réduite en leçons... Lyon , Jmaulry , 1688, iu-12. — Origine des ornements des armoiries. Paris , Th. Amaulry , 1680 , in- 14 Jeu d'armoiries des quatre principales nations de l'Europe, pour apprendre le blason. Paris, 1677, in-12. — Jeu de cartes du blason. Lyon, Amaulry, 1692 , petit in-12. — Dissertation sur L'usage de se faire porter la queue. Paris, J. Boudot, 1704, in-12; réirapr. avec des notes (par MM. Brégbotdu Lui, Duplessis et Péricaud). Lyon , 1829, in-8°. — Description de la belle et grande colonne historiée, dressée en l'honneur de l'empereur Tbéodose... Paris, 1702, in -fol. — Bibliothèque curieuse et instructive... Trévoux et Paris, 1704, 1vol. petit in-12. — Philosophie des images. Paris , de la Caille, 1682-83 , 2 vol. in -8°. — L'Art des emblèmes. Paris, de la Caille, IH84 , in-8°. — Des Décorations funèbres. Paris , 1687, in-8°. — Dissertation des Loteries. Lyon, Bachelu , 1700, petit in-12 ; etc.
1. — Spon {Jacob). Voyage d'Italie , etc. Amsterdam, Boom , 1679 , 2 vol. petit in-12, lig. — Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon. Lyon , Jacques Faeton , 1573, in-8°, fig.— t)e l'Origine des étrennes. Paris, Didot aîné, 1781, in-18 , et ayec des notes par MM. Duplessis , Bréghot et Péricaud. Lyon , Batret , 1828 , in-8° Recherches curieuses d'antiquités contenues en plusieurs dissertations sur des médailles , etc. Lyon, 1683, in-4°. — Miscellanea erudilse antiquitatis , etc. Lugdvni , 1685, in-fol., fig. — Ignotorum et obscurorum deorum aras; 1677, in -8*.
belles-lettres; le LABOUREUR. — XVIIe SIÈCLE. 807
pharmaceutiques que de bien observer les hommes et les lieux. Ses voyages ont été publiés par son fils , Gaspard de Monconys, seigneur de Liergues et de Pouilly. f
On peut rattacher aux annales littéraires de Lyon quelques écrivains estimables qui ne sont point nés dans cette ville , mais qui se sont occupés de son histoire ou de ses antiquités ; plusieurs, au reste , y ont rempli des emplois ou ont vécu dans Tinlimité des hommes de lettres qu'elle possédait. Je citerai en première ligne Claude Le Laboureur, prévôt de l'abbaye de Tlle- Barbe*; et dans un ordre inférieur, Jacques Severt, auquel on doit une chronologie des archevêques de Lyon , fort améliorée par les frères Sainte - Marthe ; le directeur de la Monnaie , Antoine Laisné5; La Mure * et Samuel Ghapluzeau \ Conteur agréable , et le premier en ce genre après La Fontaine , poète négligé, diffus, et quelquefois prosaïque , mais rempli de naturel , Jacques Vergier ne doit point être oublié : on lit encore ses vers avec plaisir : ils ont eu et mérité une grande réputation dans un ordre secondaire ; aucun poète lyonnais de son époque ne saurait être comparé à Vergier. °
I- — Voyages de M. de Monconys, etc. Lyon, 1665, 5 vol. in-4°, fig.
S. — Laboureur {Claude Le). Les Mazures de l'abbaye de l'Isle-Barbe-lès-Lyou , ou l'Histoire de cette abbaye, etc. Paris, 1681, 2 vol. in -4°.— Discours sur l'origine des armes, contre le P. Menestrier ; 1658, in- 4°. — Lettre apologétique de C. L. L. , etc. , contre les lettres de CF. Menestrier; in-4°. — Histoire généalogique de la maison de Sainte-Colombe , etc.; 1673, in 8°.
3. — Laissé (Antoine) } né à Paris en 1668 . Lugduni descriptio et encomium. kugduni, 1732 , in-8°. — Explication de l'inscription qu'on a trouvée à Saint- Just en 1714. Trévoux , 1715. — Inscriptions sépulcrales descouvertes à Lyon sur la montagne de Sainl-Irénée. (Mém. de Trévoux , 1731, etc.) Yoyez la Notice de H. Bréghot sur Laisné ( Jrchwes du Rhône , HI, 206). Laisné était directeur de l'hôtel de la Monnaie.
4. — More (Jean-Marie de la). Histoire ecclésiastique du diocèse de Lyon. Lyon , 1671, in- 12. La Mure était de Roanne ; il a laissé plusieurs manuscrits sur le Forez.
5. — Chappuzeau (Samuel), né à Genève. Lyon dans son lustre , etc. Lyon $ Scipion Jasierme , 1656 , in-4°.
6. — Veegier (Jacques). Œuvres diverses. Jmtlerdam, 1731, î vol. in-12. — Ces œuvres ont été souvent réimprimées. — Jacques Vergier était 61s d'un maître cordonnier, et naquit à Lyon le 3 janvier 1655 , suivant M. Bréghot qui a découvert son acte de baptême ; il fut tué à Paris, le 17 août 1720, par un camarade de Cartouche; sa liaison avec La Fontaine a contribué à sa célébrité. ( Note de M. Péricaud.)
808 xviT siècle. — belles-lettres; spon.
L'histoire littéraire de Lyon au dix-septième siècle a recueilli une anecdote intéressante sur Molière : ce grand homme, encore au début de sa carrière , parcourait la province avec une troupe nomade qu'il avait formée , et dans laquelle se trouvaient déjà Ragueneau et les demoiselles Béjart, Duparc et de Brie, excellents acteurs dont le talent contribua, plus tard, au succès de ses pièces. Bien accueilli à Lyon en 1653, il y fit représenter, pour la première fois , sa comédie de l'Etourdi ; elle réussit. Une affluence extraordinaire de spectateurs suivit les représentations ; tous les autres spectacles furent abandonnés. Le théâtre était situé dans une maison du quartier Saint- Paul; une salle du jeu de paume était mise à la disposition des comédiens ambulants : Molière avait alors trente-un ans. De Lyon il se rendit à Vienne , et y donna , selon Chorier qui l'appelle le prince des comédiens, plusieurs représentations de la tragédie d'Irène , tragédie composée par Claude Basset , secrétaire de l'archevêque Camille de Neuville ,. D'AsSoucy fut défrayé pendant trois mois, à Lyon, par Molière qu'il ne quittait pas : « Quoique je fusse chez eux , dit-il (chez Molière et chez la « Béjart) , je pouvais bien dire que j'étois chez moi : je ne vis « jamais tant de bonté , tant de franchise ni tant d'honnêteté que « parmi ces gens-là , bien dignes de représenter réellement dans « le monde les personnages des princes qu'ils représentent tous « les jours sur le théâtre *. » On sait positivement que Molière était encore à Avignon en 1657; passa-t-il par Lyon , et parut-il à cette époque sur le théâtre du quartier Saint-Paul ? On le présume , sans pouvoir en fournir la preuve. On pense même qu'il dut concourir à la représentation dramatique donnée pendant le cours de cette année , au profit des pauvres , dans la grande salle de Phôtel du gouverneur. Les billets portaient les armoiries de FHôiel-Dieu; on en a conservé quelques-uns. C'est pendant un de ses séjours à Lyon que Molière, passant dans une rue,
I, — Port loué par Chorier, Claude Basset avait un esprit vif , élevé et élégant ; il était lyonnais ; dirigées vers la jurisprudence , ses études en ce genre n'éteignirent point en lui l'instinct poétique. Avocat distingué, Claude Basset devint écbevin en 1685.
2 Aventures de d'As soucy, I, 150.
BELLES- LETTRES; LES JÉSUITES — XVIIe SIÈCLE. 809
demanda à un apothicaire , dont la bonne figure le frappa , comment il s'appelait. Après quelque hésitation , l'homme répondit, et c'est ainsi que le nom de M. Flurant est devenu immortel. '
Jean de La Fontaine vint aussi à Lyon plusieurs fois ; il y avait un ami , riche banquier , nommé Case , chez lequel il logeait. La Fontaine se lia avec Louis de Puget, dont il estimait le talent poétique , et qu'il consultait sur ses vers. -
L'opéra fut introduit à Lyon pendant les dernières années du dix-septième siècle; son premier directeur fut un nommé Legay. On le plaça d'abord dans une maison de la rue du Garet , qu'un incendie détruisit entièrement en 1689. Quand la troupe chantante voulut se placer ailleurs , elle rencontra une vive résistance de la part des curés ; aucun ne la voulait sur sa paroisse. On lui permit provisoirement de donner des représentations dans une maison de la place Bellecour ; chassée de ce nouveau domicile , elle se réfugia rue Saint-Jean , dans une grande maison contiguë à l'hôtel du gouverneur. Mais il n'y avait pas de dégagements suffisants, et l'espace était trop étroit; Legay trouva un emplacement beaucoup plus convenable pour son théâtre, sur un terrain situé entre la rive droite du Rhône et le jardin de l'Hôtel-de-Ville.
Les sciences étaient surtout cultivées par les Jésuites; ils construisirent un observatoire, en 4702, d'après le dessin de Cassini , et sur les plans du P. de Saint-Bonnet, astronome distingué, qui périt par un accident pendant qu'on bâtissait cet édifice. Ces savants religieux donnèrent beaucoup d'importance à l'étude des mathématiques, et c'est peut-être à l'impulsion qu'ils ont imprimée , que la ville de Lyon a dû les hommes distingués dans cette branche des connaissances humaines dont elle s'est honorée plus tard.
Mais, de tous les événements de l'histoire littéraire de Lyon
t. — Œuvres de Molière , édition donnée par Auger , t. I. — Jules Taschcreau. Vie de Molière , in-8°. — Molière a Lyon (article par M. Péricaud) ; Revue du Lyonnais, H, 437.
î. — Moréri habita Lyon pendant quelque temps ; il y publia , è l'âge de dix-huit ans , un poème intitulé le Pay* d'amour , et quelque temps après, des poésies. C'est aussi a Lyon que parut ta première édition de son Dictionnaire.
840 XVIIe SIÈCLE. BELLES-LETTRES ; OPÉRA.
pendant les dernières années du règne de Louis XIV, le plus important et le plus fécond en utiles résultats, ce fut la fondation de l'Académie des sciences et belles-lettres et de la Société des beaux-arts. Ces deux institutions ne forent officiellement reconnues par le gouvernement du roi que sous Louis XV; leur étude appartient donc à l'examen des progrès de la civilisation, à Lyon , pendant le dix-huitième siècle.