‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 33 sur 229 · XVIII* SIÈCLE. — MARCHE DE LA CIVIL19ATI0N · texte numérisé non relu

XVIII* SIÈCLE. — MARCHE DE LA CIVIL19ATI0N

« naissantes, et ceux qui autrefois obligeaient les méchants « auteurs d'effacer eux-mêmes leurs écrits avee la langue. » Boileau fait dans ses lettres à Brossette un grand éloge de quelques Lyonnais ; il dit , à propos de Louis de Puget : « J'admire « combien vous êtes d'hommes merveilleux dans Lyon; je doute <c qu'il y en ait à Paris de meilleur goût et de plus fin discerne- « ment. » 11 s'exprimait dans les termes suivants sur un autre académicien , Laurent Dugas : « Il n'y a point de jeune homme, « dans mon esprit r au-dessus de M. Dugas ; je le trouve égale- « ment poli , spirituel , savant ; et si quelque chose peut me <• donner bonne opinion de moi-même , c'est l'estime , quoique « assez mal fondée, qu'il témoigne faire de mes ouvrages. » Brossette professait pour Boileau un enthousiasme servi le, et n'avait ni assez de goût ni assez de critique pour s'en faire avec succès le commentateur : « A l'air dont vous y allez , lui écri- « vait son célèbre correspondant , vous saurez bientôt mieux « que moi-même votre Boileau. » Leurs lettres sont lues encore avec intérêt. Brossette était fort lié avec J.-B. Rousseau : il fut le premier secrétaire perpétuel de l'Académie , et manqua bien rarement aux séances hebdomadaires '.Elles se tenaient d'abord le lundi ; on choisit ensuite le mardi , jour qui a été conservé.

Le P. Dominique de Colonia se montrait un des membres les plus assidus : né à Aix , il était entré de bonne heure chez les Jésuites de Lyon qui s'empressèrent de l'engager dans leur ordre. Colonia se consacra de bonne heure à l'enseignement, changea plusieurs fois de chaire , et se distingua toujours par la variété de ses connaissances et par la facilité de sa parole. C'était un petit homme aux yeux vifs et d'une physionomie fort spirituelle : sa conversation vive , animée , piquante et instructive, plaisait fort aux étrangers qui visitaient Lyon , mais elle avait les défauts de ses qualités : Colonia visait à l'effet , parlait beaucoup ,

1. — Brossbttb (Claude) , ué à Theizé en 1671 , mort à Lyon en 1743. Le lires familière* de Boileau et de Brossette , publiées par Cizeron Rival. Paris , 1770, 3 vol. in-12. — Histoire abrégée ou Eloge historique de la ville de Lyon. Lyon, 1711, hi-4°. (Test l'ouvrage de Mencslrier reprodnit sous une autre forme. Brossette adonné, en 1711, une édition avec commenta ires des Œuvres de Boileau; en 1729, une édition de Régnier. On a de lui quelques écrits sur la jurisprudence. Il était seigneur de Varennes-Rappetour ; il fut administrateur des hôpitaux et éclieviu.

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et préparait ses impromptus à loisir. Passionné pour tout ce qui pouvait rehausser la grandeur de la ville de Lyon , il adoptait , sans critique et comme des faits démontrés , des traditions suspectes, et persistait obstinément dans ses opinions. Le pape Clément XI voulut le charger de l'éducation de ses neveux ; mais Colonia n'avait point d'ambition , et , satisfait de sa position modeste , il refusa les offres du Saint-Père. Sa crédulité en archéologie l'exposa à quelques désagréments, qui n'ôtèrentrien à la considération méritée dont il jouissait i. On lui a reproché des emprunts nombreux qu'il n'avouait point , et le tort plus grave d'avoir dépecé et rendu méconnaissables des manuscrits de Menestrîer *. A l'Académie , Colonia prenait volontiers la parole : il y lut des réflexions critiques au sujet des inscriptions destinées à être placées sur les monuments publics , et sans doute des fragments de son Histoire littéraire de Lyon.

Cette société savante était composée de vingt-cinq membres en 172& , lorsque le duc de Villeroi obtint pour elle des lettrespatentes du roi qui la reconnaissaient ; la même faveur fut accordée à la Société des beaux-arts . Ces deux corps tenaient séparément leurs réunions; chacun d'eux avait ses statuts et son règlement particulier. L'Académie était tenue d'avoir , par semaine , une séance de deux heures ; son bureau se composait d'un directeur et d'un secrétaire perpétuel. Tout académicien

I.— Un malin chanoine , l'abbé Dupineau, a?ait adressé au grand collège des Jésuites , par on émissaire , «ne urne antique en plomb sur laquelle il avait écrit , en lettres imitées de l'antique, celte inscription : OUam Severi flaminis ne tanyito ; elle contenait un peu de cendres prises au foyer de la cheminée , et trois ou quatre médailles fort communes d'Auguste , en mojen bronze. Colonia paya l'urne fort cher : possesseur de ce trésor , il en parla et le montra i tout le monde : « Je ne sais , dit Sozxy qui a révélé cette anecdote , s'il ne s'émit pressa pas de le publier dans les journaux , et particulièrement dans celui de sa société , « le Journal de Trévoux. » Celte mystification fit beaucoup de bruit. ( Bévue du Lyonnais , I, 59t.)

2. — On a de Colonia un très grand nombre d'ouvrages, dont voici les principaux : Histoire littéraire de la ville de Lyou , avec une bibliothèque des auteurs lyonnais sacrés et profanes. Lyon, François Rùjollct , 1748-1730, 2 vol. in-4* » fig. — Antiquités de la ville de Lyon. Lyon , 1738 , 2 vol. in-12. — Antiquités sacrées et profanes de la ville de Lyon. Lyon , 1701, in-49 , fig. — Dissertation sur un monument antique découvert à Lyon sur la montagne de Fourrière. Lyon , 1703 , petit in-12. — Tragédies et œuvres mêlées en vers françois. Lyon , 1 697 , in-12. — De Arte rhetorica. Lyon, 1710, in-12 , souvent réimprimé.

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