XVIII* SIÈCLE. MARCHE DE LA CIVILISATION
nouvellement élu devait prononcer un discours en forme de remercîment, et y faire entrer l'éloge du roi et celui de l'académicien dont il venait prendre la place : le directeur répondait. Deux ans après ces lettres-patentes , le consulat , qui avait vu avec beaucoup de satisfaction la fondation de l'Académie dont il espérait avec raison d'utiles services pour les sciences et pour les lettres, installa cette compagnie à l'Hôtel-de- Ville. Tous les deux ans le prévôt des marchands remettait au directeur une bourse de trois cents jetons destinés aux membres présents aux séances.
Plusieurs hommes d'un grand mérite fréquentaient assidûment les séances de l'Académie; un des plus exacts était Louis Racine : il avait épousé une Lyonnaise , et fut pendant quelque temps directeur des gabelles à Lyon. C'est dans cette ville qu'il acheva son poème de la Religion. Louis Racine lut à l'Académie un parallèle fort intéressant entre l'Andromaquc de son père et celle d'Euripide. Un autre académicien zélé était l'abbé Jacques Pernetti, qui prenait souvent la parole et rassemblait des matériaux pour une nouvelle histoire de Lyon '. C'est comme étude préparatoire qu'il publia son ouvrage sur les Lyonnais dignes de mémoire , travail peu exact et dans lequel il a parlé longuement d'hommes qui avaient le double tort d'être fort peu dignes de mémoire et de n'être pas lyonnais. On a de Pernetti de bonnes dissertations, encore inédites, qui font partie des manuscrits de l'Académie. Cette compagnie savante eut plusieurs fois pour directeur Charles Bordes , auteur d'une tragédie de Blanche de Bourbon et d'un recueil de poésies diverses. Disciple de Voltaire dont il imita beaucoup trop le cynisme irréligieux , et adversaire, sans trop de désavantage, de J.-J. Rousseau, dans la fameuse question de l'influence que les sciences et les lettres exercent
1. — Peenetti (Jacquet}, né dans le Forer, en 1696. Recherches pour servir à l'histoire de Lyon . ou les Lyonuois dignes de mémoire. Lyon , 1757, 2 toI. petit in 8°. Pierre Taures , chirurgien de Lyon , fil de cet ouvrage une critique plaisante intitulée : Supplément aux Lyonnois dignes de mémoire (1757, in-8°). — Tableau de la ville de Lyon. Lyon, 1760, in-8° , avec un plan. — Conjectures sur l'incendie de Lyon sous Néron ( imprimées dans la Collection des bibliophiles lyonnais. Lyon , 1846, iu-12. — Les Abus de l'éducation sur la piété, etc. Pari*, 1728, in-12. — Le repos de Cyrus. Pailt, 1752, in-8°. — Lettres philosophiques sur les physionomies. Lyon, 1760 , in-8° ; etc. , etc.
SOCIÉTÉ DES BEAUX-ARTS. — XVIIIe SIÈCLE. 835
sur les mœurs , Bordes avait voyagé en Italie et bien observé; sa conversation était animée et piquante ; il prenait fort à cœur les intérêts de la compagnie, et la représentait avec dignité. Comme homme de lettres , il avait plus d'esprit que de goût , et sa prose valait mieux que ses vers ■ . Charles Bordes eut un frère, grand mathématicien et très habile dans la mécanique. *
Fondée en même temps que l'Académie , la Société des beauxarts obtint aussi , en 172Û, des lettres-patentes qui la constituaient définitivement ; elle s'occupait de peinture, et surtout de musique. Le consulat lui accorda un emplacement sur la place des Cordeliers, pour y bâtir une salle de concert. Un de ses membres, le P. Tolomas , jésuite , avait prononcé, en 1755, à la rentrée des classes du collège de la Trinité , une harangue latine dont un des principaux objets était de repousser les attaques d'un célèbre encyclopédiste. D'Alembert se crut désigné et injurié par le professeur, et demanda justice. Présent à la lecture de la lettre du savant géomètre, le P. Tolomas déclara dans les termes les plus précis qu'il n'avait nullement eu l'intention d'attaquer personne , et s'exprima sur d'Alembert avec une parfaite convenance 3. Secrétaire de la compagnie, Bollioud-Mermet écrivit dans le même esprit à d'Alembert , et ajouta que la Société des beatix-arts n'avait pas qualité pour intervenir dans cette contestation fâcheuse. Mais l'irritable encyclopédiste n'accepta point ces explications plausibles ; plusieurs de ses amis s'associèrent à son ressentiment , et, mécontents comme lui de la modération de la compagnie, donnèrent leur démission. Cette querelle fit beaucoup de bruit. Il y avait , parmi les membres de la Société , non-seulement des hommes qui se livraient à la
1. — Bordes (Charles). Œuvres diverses recueillies par l'abbé de Castillon. I^on , Faucheux, 1783, 4 vol. in 8°. — Œuvres libres, galantes et philosophiques. Lyon, 1783, in 8°. Les ouvrages erotiques et irréligieux de Bordes ne font point partie de ces deux recueils. — Notice sur C. Bordes , par A. Péricaud (Archives du Rhône, 1 ).
2. — Louis Bordes perfectionna le cabestan , inventa un diviseur à mécanique et un nouveau système de moulins à hélices.
3. — Voici la phrase que s'appliqua d'Alembert : Homuncio eut née est pater hoc res. C'était, en effet, désigner le philosophe de la manière la plus injurieuse; ces paroles ne pouvaient évidemment s'appliquer qu'à lui.