‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 51 sur 229 · XVIII0 SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LTON · texte numérisé non relu

XVIII0 SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LTON

auxquels se joignirent huit mille réquisitionnantes. On n'amena d'abord que douze pièces de canon, qui avaient cinq mille coups seulement à tirer '. Il s'agissait de cerner Lyon sur une circonférence de quarante kilomètres : une armée de trente mille hommes avait paru suffisante ; elle dépassa de beaucoup ce chiffre vers la fin du siège, mais il n'y eut jamais plus de dix mille hommes de troupes réglées. On fît, pendant le mois d'août , et surtout au mois de septembre , un approvisionnement immense en munitions ; cinq cents canonniers exercés arrivèrent successivement et eurent à leur disposition cent trente pièces de canon pour la plupart de gros calibre , quatorze mille bombes , et trente - quatre mille boulets ; la poudre et les cartouches étaient en quantité considérable , et cinq mille chevaux suffirent à peine pour le transport de ce matériel énorme. Briançon, Gap, Embrun et le fort Barraux fournirent une partie des munitions et approvisionnements de siège; il en vint de Besançon, et surtout de Grenoble , dont l'arsenal fut presque vidé par le directeur Lagrée. Vaubois n'eut cependant a sa disposition toute l'artillerie dont il avait besoin pour les quatre camps , que pendant les derniers jours du mois d'août. Tous les approvisionnements vinrent par des charrois difficiles , souvent à dos de mulets , et à force de réquisitions : pour ne pas dégarnir complètement les places de guerre, on tira la poudre, les boulets et les bombes d'une distance de plus de soixante lieues. C'était à l'artillerie et aux troupes de ligne que le service actif devait être confié; on se proposait d'employer les gardes nationales pour compléter le blocus , et quelquefois pour des affaires d'avant-poste. Rassemblés aux environs de la ville de Bourg , les corps détachés de l'armée des Alpes se mirent en marche dans les premiers jours du mois d'août, et arrivèrent à Caluire , aux portes de Lyon , dans la matinée du 8. Us reçurent, quelques semaines plus tard , le renfort très nécessaire de la garnison de Valenciennes , qu'une capitulation mettait à la disposition de la Convention pour les affaires de l'intérieur. A la fin du siège , l'armée se composait de soixante mille hommes. Elle était brave et dévouée ; on lui avait représenté les Lyonnais

1. — Rapport de Dubois-Crancé a la Convention.- {Moniteur universel , octobre 1793.)

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comme des contre-révolutionnaires, qui appelaient en France les fbyalistes et les étrangers.

Kellermann ne devait la commander que peu de temps ; il détestait la guerre civile, et voulait laisser au ressentiment de la Convention le temps de se calmer. Tel était aussi le projet de Dubois-Crancé , en même temps représentant du peuple et général. C'était un bon ingénieur ; il avait une grande activité , beaucoup de courage et un talent militaire incontestable : habile tacticien et administrateur capable , il dirigea lui-même toutes les opérations du siège, qu'il surveillait jusque dans leurs plus petits détails. Ménager de la vie du soldat, il voulait n'agir qu'à coup sûr et réduire Lyon avec l'artillerie et la famine. Comme il était présent à toutes les attaques de quelque importance , et qu'il n'abandonnait un point que pour se présenter bientôt après sur un autre avec un infatigable acharnement , il devint bientôt l'objet particulier de la haine des assiégés. Kellermann et Dubois- Crancé avaient sous leurs ordres les généraux Lestrade , Petit- Guillaume , Rivas et Dumuy ; Vaubois commandait l'artillerie ; le général Saint-Remy était chef d'état-major.

Voici quel était, dans ses dispositions principales, le plan des généraux de la Convention : 1° s'emparer du cours de la Saône à Trévoux , et du cours du Rhône à Montluel ; 2° occuper par des corps nombreux de gardes nationales toutes les hauteurs qui dominent Lyon, à Montessuy , à Limonest , à Sainte -Foy ; 3° investir Lyon le plus complètement possible , de manière à n'y laisser entrer ni munitions ni vivres ; k° en cas de résistance obstinée, écraser la ville sous les bombes et la brûler avec des boulets rouges. L'investissement complet ne fut pas possible de longtemps ; il n'y avait pas assez d'hommes pour occuper tous les débouchés d'une enceinte aussi vaste. Les Lyonnais, au commencement du siège , avaient conservé la liberté de leurs communications avec Saint-Etienne et le Forez ; ils étaient maîtres du cours du Rhône inférieur jusqu'à Valence.

En partant de Grenoble, Dubois-Crancé arrêta les dispositions suivantes : une colonne appuyant sa gauche à la rive droite du Rhône , et sa droite à la rive gauche de la Saône , interceptera le cours de ces deux rivières, et toute communication avec le département de l'Ain et Genève; une seconde colonne, atteignant par sa

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droite à la rive gauche du Rhône , passera par Villeurbanne , la Ferrandière et la Guillotière, couvrira le département de l'Isère 9 et, traverssant le M oulin-à- Vent, portera sa gauche sur la rive gauche du Rhône , après la jonction de la Saône, vis-à-vis de Pierre- Bénite , de manière à occuper tout le front de la ville de Lyon parallèlement au quai du Rhône. Une troisième colonne , en contact avec la rive droite du Rhône , à Pierre-Bénite , remontera par Saint-Genis au pont d'Alaï , défendra les routes du Puy et du Forez, et menacera les hauteurs de Sainte -Foy ainsi que la chaussée de Perrache. Enfin , une quatrième colonne partant du pont d'Alaï , passant par laDuchère, Ecully et Saint-Rambert, protégera les chemins, soit du Bourbonnais , soit du Maçonnais , et fermera la circonvallation , en prêtant sa gauche sur la Saône à la droite de la première colonne. Un pont placé à Gollonges sur la Saône , un autre sur le Rhône à la Pape , et une traille à Pierre-Bénite , établiront les communications nécessaires entee ces différentes colonnes. En conséquence , trois bataillons , formant la tète de la colonne des réquisitions de l'Isère et de l'Ardèche , eurent ordre de se rendre à Bourgoin pour occuper la ligne parallèle au prolongement du Rhône , vis - à - vis de Lyon. Trois bataillons, avec les réquisitions de Rhône-et-Loire, de Saône- -et-Loire et de la Côte-d'Or, allèrent à Limonest, avec ordre de se maintenir sur l'espace qui sépare Saint-Rambert de la Tour-de- Salvagny. Six bataillons , prenant Galuire pour point central , se rendirent maîtres du terrain situé entre la rive droite du Rhône et la rive gauche de la Saône , aidés par les compagnies lyonnaises et par les réquisitions de l'Ain. Ce plan ne laissait libre que le terrain qui, de la Tour-de-Salvagny, passe par Grézieu , Saint-Genis et Oullins, jusqu'à la rive droite du Rhône ; mais cette place était assignée aux colonnes du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire et de la campagne de Lyon. »

C'était sur Fourvière qu'aurait dû avoir lieu l'attaque principale, d'après les conditions topographiques de la ville assiégée; c'était là que se trouvait le point vulnérable. Mais une considération majeure fit adopter un autre plan d'opération ; il importait, avant tout, d'intercepter les communications de Lyon avec

1. — Dubois-Cranc*. Compte rend a à la Convention nationale, p. 34.

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l'armée sarde qui marchait à son secours. Ce fut donc au Nord que se présenta l'armée assiégeante ; elle étendit bientôt sa ligne d'attaque , et se groupa sur quelques points principaux.

Le camp le plus considérable était au Nord , sur le plateau de Montessuy , de la rive droite du Rhône à la rive gauche de la Saône ; il commandait le cours supérieur des deux fleuves , et rompait toute communication entre Lyon , la Suisse , la Savoie et le département de l'Ain. Du point culminant de la colline , les batteries prendraient en écharpe le plus riche quartier de Lyon : si les troupes réussissaient , par un brusque assaut , à s'emparer des redoutes lyonnaises de la Croix-Rousse , la ville serait prise. Kellermann établit son quartier général au château de la Pape, situé au-dessous de Montessuy, sur la route de Genève et en face du quartier Saint-Clair. Des bataillons de gardes nationales de l'Ain et des compagnies de gardes nationales de Rhône-et-Loire occupaient, avec les troupes de ligne, tous les points militaires du vaste plateau.

Limonest et tout l'espace compris entre Saint-Rambert et la Tour-de-Salvagny était gardé par des bataillons de la Côte-d'Or et de Saône-et-Loire : c'était là que se trouvait le camp du général Rivas, dont les postes s'étendaient jusqu'à une petite distance des collines de la Duchère.

Un troisième camp était établi , à gauche et au Midi , sur le plateau qui domine le confluent du Rhône et de la Saône ; il avait des postes à Pierre-Bénite , à Saint-Genis , sur les hauteurs d'Oullins et en avant du grand Sainte-Foy.

Il y avait enfin un quatrième camp dans les plaines du Dauphiné , sur la rive gauche du Rhône : le général Vaubois occupait Villeurbanne et la Ferrandière ; il avait poussé ses avantpostes jusqu'au faubourg de la Guillotière. Trois bataillons de gardes nationaux de l'Ardèche et de l'Isère stationnaient à Bourgoin.

Des communications étaient établies entre ces camps divers ; un pont de bateaux , construit sur le Rhône auprès de la Pape , y ouvrait un libre accès sur les plaines du Dauphiné. L'armée de la Convention pouvait se recruter facilement; elle tirait des forts voisins ses provisions de guerre , et rien ne gênait l'arrivée des subsistances au quartier général et dans les camps qu'elle

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occupait. On vient de voir quelle était la situation des assiégeants et des travaux de défense des Lyonnais; elle donne l'intelligence des opérations militaires qui furent exécutées des deux parts. ■

§ V. A peine arrivé sous les murs de Lyon , le 8 août , Kellermann adressa aux habitants de cette ville une proclamalion dans laquelle il leur rendait compte de ses motifs *. Son armée , leur disait-il , obéissait au décret de la Convention qui l'avait chargé du rétablissement de l'ordre : « Puisque les Lyon- « nais reconnaissaient l'autorité de la Convention, ils recevraient « sans doute ses soldats comme des frères, et donneraient la « preuve de leur soumission aux lois, ainsi que de leur amour « pour la liberté. Us ont une heure pour ouvrir leurs portes ; « passé ce délai , on les traitera en rebelles. » Kellermann imposait les conditions suivantes : toute autorité civile ou militaire cessera dans la ville de Lyon ; l'Arsenal et tous les moyens de défense seront remis à l'avant-garde; Lyon paiera une indemnité pour les frais de l'expédition, et donnera une gratification aux soldats de la République; Lyon, enfin, se soumettra à tous les décrets de la Convention rendus depuis le 31 mai. Si ces propositions ne sont pas acceptées , les citoyens de Lyon porteront collectivement la responsabilité de tous les maux qui pourront en résulter. Dans leur proclamation particulière les représentants du peuple déclaraient d'avance rebelles et traîtres à la

- 4. — Carte des environs de Commune-Affranchie , où sont représentés les travaux du siège soutenu par celte ville rel>clle pendant les mois d'août et de septembre 1793 , gravée d'après les dessins de Girard Auberl , capitaine du génie à l'armée des Alpes , par Gentot , propriétaire , graveur, quai de Saône.

Cette carte , fort utile pour suivre avec exactitude les opérations du siège , a été reproduite , réduite au quart , par M. Gonon {BihUogr. histor. , p. 392). On la trouve encore, gravée sur de plus larges proportions , dans V Histoire du siège de Lyon , par À. Baileydier.

S. — LeUre du général Kellermann aux administrateurs de Lyou , suivie de l'adresse des représentants du peuple, Dubois -Crancé et Gauthier , aux citoyens de cette ville, du 40 août 1793, au quartier général de la Pape ; imprimées et envoyées aux départements et aux armées. Paris, imprimerie nationale , in 8°. — Procès- verbal de la séance publique des autorités constituées de la ville de Lyon , réunies aux délégués des assemblées primaires du peuple français du département de Kliône-et-Loire, etc. , pour délibérer sur uoe lettre à eux adressée par Dubois-Oancé et Gauthier, représentants de l'armée des Alpes, du 14 août 1793 , à deux heures du matin. Lyon , A.-V. Delaroche , 1793, in-4° et in-fol.

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patrie , avec entière confiscation des biens au profit de la nation , tout individu dont le fils , le commis ou même le serviteur ou ouvrier aurait été convaincu d'avoir porté les armes contre la République et contribué aux moyens de résistance. Ce fut le général Saint-Remy , chef d'état-major, qui apporta du quartier général du château de la Pape, aux avant -postes lyonnais à Galuire, la proclamation de Kellermann; elle était accompagnée d'une sommation plus brève et plus impérative , que remit un officier de l'avant-garde républicaine à un chef de poste lyonnais.

Ainsi Kellermann ne donnait qu'une heure aux Lyonnais pour ouvrir leurs portes; elle n'était pas expirée que déjà les hostilités avaient commencé. De quel côté partit le premier coup de canon ? Kellermann se plaignit de ce qu'aucune réponse n'eût été faite à sa sommation , et de la conduite des Lyonnais qui avaient tiré à mitraille sur les troupes de la République , avant le terme du délai fixé. « Ce procédé, dit-il dans sa lettre , est « sans exemple dans les annales de la guerre. » Le Conseil administratif de la ville répondit le 9, et récrimina de son côté : selon lui , la réponse avait été envoyée avant le terme assigné. Il rejette avec énergie l'accusation de perfidie portée contre les Lyonnais qui n'ont point attaqué les premiers !,et il déclare qu'il persiste à repousser l'oppression. Ce Conseil atteste sur l'honneur et sur la religion que les Lyonnais ne connaissent pas les émigrés , qu'ils veulent la liberté , l'égalité , la République une et indivisible; qu'ils se soumettent à la Convention comme centre d'unité , qu'ils obéiront à ses décrets , mais qu'ils combattront les factieux et les anarchistes.

Kellermann répliqua le même jour , et posa fort bien la question de droit : « Il fallait préalablement , dit-il , commencer par « obéir à la Convention et à ses lois ; tant que les Lyonnais ne « se soumettraient pas aux décrets de la Convention nationale, « ils ne pourraient être considérés comme des républicains et

f. —Le Journal de l,yon (n° 129) prétendit qu'avant l'ei pi ration de Pheure donnée par Kellermann l'avant-garde républicaine avait fait sur les Lyonnais une décharge de deui coups de canon , et qu'uu escadron de cavalerie , qui buvait et fraternisait avec un détache* ment lyonnais , l'attaqua traîtreusement et lui fil deux prisonniers.

Il est difficile de découvrir la vérité ; cependant les probabilités sont en faveur de Kellermann , dont la loyauté est au-dessus de tout soupçon.

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