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XVIII6 SIÈCLE. CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON

« s'exposeraient à êlre traités en rebelles. » Il invitait donc la ville à déposer les armes , conseil qui ne fut point écouté.

On était à la veille du 1 0 août; les corps administratifs de Lyon résolurent de célébrer avec pompe la fête républicaine , et ils écrivirent à Keilermann pour l'engager à y faire représenter son armée par une députation ; le général n'accepta pas. Tandis que le canon tonnait à Montessuy, les autorités constituées de la ville de Lyon se réunirent sur la place de la Fédération, précédées par un brillant cortège ; la gendarmerie nationale ouvrait la marche. Il y avait une grande affluence de peuple ; une députation de Marseillais assistait à cette solennité patriotique : un immense autel, surmonté d'une statue de la Liberté, s'élevait au milieu de la place. Le général de Précy, accompagné de son état-major, était présent; le président du District lut un discours que suivit le serment de fidélité à la République et de résistance à l'oppression.

On abjura ceux des droits féodaux qu'avait oubliés le décret de l'Assemblée nationale ; leurs titres forent brûlés sur un bûcher. Il y eut un vif élan patriotique à cette fête, qui finit à six heures du soir , au bruit du canon de l'ennemi.

Un des premiers actes des représentants du peuple fut d'affaiblir le Lyonnais , en séparant son territoire du Forez ; le 12 août, ils créèrent le département de la Loire , et déclarèrent bientôt après que le faubourg de la Guillotière ne faisait plus partie de l'agglomération lyonnaise; ils le réunirent au district de Vienne. '

t. — Arrêté des représentants du peuple, Dubois-Crancé , Sébastien Delaporte, Claude Javogues et Gauthier , portant établissement provisoire d'un département composé des districts de Saint-Etienne , Montbrison et Roanne , sous la dénomination de la Loire , dont le chef-lieu sera Feurs. Fait à la Pape, au quartier général de l'armée des Alpes, le 42 août 1793 , Tan II de la République. A Moniluel , de Vimpr. de l'Armée , in -fol. — Arrêté des représentants du peuple près l'armée des Alpes , portant que la commune de la Guillotière est distraite du département de Rhône-et-Loire pour être réunie au district de Vienne , du 19 août 4793. Montluel, imprimerie de V Armée , in-fol.

Pour détacher les habitants de la campagne des intérêts lyonnais , les représentants du penple établirent provisoirement le département de Rhône-et-Loire i Feurs , et le district de la campagne à Neuville-sur-Saône. En isolant ainsi Lyon , ils loi ôtaient de grandes ressources en hommes et en subsistances. Par un autre arrêté ils proclamèrent que tout citoyen sorti volontairement de Ljon , recevrait , dans le lieu qu'il aurait choisi pour domicile , la valeur d'une livre et demie de pain et dix sous par jour pendant la durée du siège, après avoir été interrogé par un comité de patriotes lyonnais établi à Caluire.

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Cependant , emportées par leur ardeur et persuadées que des bourgeois ne sauraient leur résister, les troupes de Kellermann s'étaient précipitées sur les redoutes de Caluire et de la Croix- Rousse. Après une forte canonnade , leurs attaques forent vigoureusement repoussées : renouvelés le 11 , le 12 et le 13 , ces assauts n'eurent pas un meilleur sort ; l'avantage demeura aux Lyonnais , dont la confiance augmenta beaucoup. Kellermann n'avait pas compté sur une défense aussi vigoureuse ; il tint , le Ik août, un conseil de guerre au quartier général de la Pape : il y fut question du bombardement; mais Dubois-Crancé voulut écrire encore aux Lyonnais; il les invita fortement à une soumission immédiate dans sa lettre qui est fort longue. C'était une discussion approfondie du point de droit : « Il n'y a pas de « gouvernement possible , leur dit-il, sans l'obéissance à la loi , « et le droit de résistance n'appartient pas à toutes les fractions « de la société en dehors des pouvoirs légaux. » Tel était le texte qu'il développa; la réponse des corps administratifs fut courte et digne : « Le peuple de Lyon , disait-elle , ne portera « jamais d'indignes fers; il résistera jusqu'à ce que la liberté « soit ensevelie avec lui sous les ruines de la ville. Quarante « mille hommes , ajoutait-elle, sont sous les armes ; ils ont juré « de défendre jusqu'à la mort les droits de l'homme, leur « liberté , leurs propriétés , et la sûreté des citoyens qu'ils ont « investis de leur confiance. » Quelques jours après , un commissaire-ordonnateur des guerres vint à Lyon, chargé d'un message ; il y passa trente-six heures , et y fut témoin de l'enthousiasme des citoyens et de l'unanimité de leur opinion pour la résistance : sa mission n'eut aucun résultat '. Pendant qu'il l'accomplissait , les troupes de la Convention attaquaient avec

i . — Procès-verbal de la séance publique des autorités constituées de la fille de Lyon , réaoies aux délégués des assemblées primaires du peuple français du département de Rhoneet-Loire , composant le Comité géoéral de salut public , et en présence des commissairesdéputés de toutes les sections de Lyon et de ceux des municipalités de Vaise et de la Croix- Rousse, du 15 août 1793. Présidence du citoyen Bemani. Lyon, J.-V. Dtlaroche, 1793,in-4°.

C'est une réponse à la communication du citoyen Paris : le peuple de Lyon veut la République une et indivisible ; il reconnaît l'autorité et la suprématie de la Convention nationale. L'assemblée a voté à l'unanimité le serment civique en présence du commissaire-ordoonateur Paris.

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fureur la redoute Gingenne , et se retiraient après avoir essuyé un feu meurtrier. Elles furent plus heureuses sur un autre point, aux Tupiniers , près de Grézieu , en défendant une redoute dont les Lyonnais avaient tenté de s'emparer par un coup de main. Peu importants en eux-mêmes et sans résultats décisifs , ces engagements aguerrissaient les Lyonnais et enflammaient leur courage; non-seulement ils résistaient, mais encore ils faisaient éprouver à Kellermann des pertes considérables. Avertie par ces échecs répétés d'être plus prudente , l'armée de la Convention se livra moins et changea de tactique : elle reçut de nouveaux renforts de gardes nationales , et son artillerie devint formidable. C'est la guerre à coups de canon qu'elle allait faire.

Toujours persévérants dans leur projet d'isoler les Lyonnais , les représentants du peuple s'occupèrent des moyens de leur ôter le concours de Montbrison et de Saint -Etienne. Javogues se rendit dans le Forez, et mit les gardes nationales en réquisition; il réussit non-seulement à contenir Saint-Etienne , mais encore à diriger sur Lyon huit mille hommes de la campagne qu'on employa à compléter le blocus. Ces gardes nationales stationnèrent au-dessus du pont d'Oullins, et menacèrent de ce point la M ulatière et l'avenue de Perrache.

Dubois-Crancé attendait de l'Auvergne de nombreux bataillons qui ne venaient pas ; il envoya pour hâter leur marche le général Nicolas qui partit pour le Puy-de-Dôme , escorté par un petit corps de cavalerie et accompagné de quelques officiers. Cette expédition fut malheureuse : le général Nicolas se laissa surprendre au milieu de la nuit dans la petite ville de Saint- Anthème par le général Rimbert (de la Roche-Négly) , qui le livra aux Lyonnais. Cet avantage fut compensé bientôt par un échec: le général lyonnais Servan s'était porté sur Rive-de-Gier avec un petit nombre d'hommes et deux pièces de canon ; il fut inopinément attaqué par des forces supérieures. Entouré par les dragons de la Convention qu'appuyaient une multitude de gardes nationaux et de paysans ameutés , il se retrancha dans la grange des Flaches et fut contraint à se rendre; il était grièvement blessé. Servan fut conduit au camp républicain de la Ferrandière , et fusillé immédiatement. Trois représentants , Couthon , Maignet et Châteauneuf parcoururent le Cantal et le Puy-de-Dôme; ils

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pressèrent la levée en masse des gardes nationales qu'attendait si impatiemment Dubois-Crancé; beaucoup d'Auvergnats se rendirent à leur appel. Au Nord, dans le département de Saône-et- Loire , le représentant Reverchon mit en réquisition cinq mille gardes nationaux qu'il amena à Villefranche ; ils campèrent à Anse , et se mirent en relation avec le camp de Limonest.

Mais le côté de l'Est donnait beaucoup d'inquiétude aux républicains ; c'est par là qu'une armée de quarante mille Sardes devait venir au secours des Lyonnais. Elle s'était enfin mise en mouvement ; ses têtes de colonnes gravissaient le petit Saint-Bernard, et menaçaient de déboucher par le Mont-Cenis. Toute l'espérance de la contre-révolution était dans ce puissant auxiliaire : cette armée entretenait toutes les illusions des émigrés ; elle était nombreuse et bien disciplinée , mais très mal commandée. Son général , le duc de Montferrat , prit toutes ses mesures comme s'il eût voulu faire manquer l'expédition : il partagea ses troupes en trois corps d'armée ; quinze mille hommes s'engagèrent dans la vallée de Sallenches, pour déboucher sur Genève ; douze mille marchèrent sur Chambéry par la Maurienne ; Montferrat et le corps principal se dirigèrent sur Moustier par la Tarentaise. C'est à Conffans que se réunissent les trois vallées : partis le l 'i août , les Sardes n'y étaient pas encore arrivés à la fin du mois. De petits détachements français les tinrent en échec , et firent une résistance obstinée. A la première nouvelle du mouvement de l'armée sarde , Kellermann demanda et obtint , non sans peine, un congé de quelques jours pour aller à sa rencontre ; il laissa la direction du siège de Lyon aux généraux Dumuy et Dubois -Crancé, et partit à peu près seul. Chemin faisant, il ramassa plusieurs bataillons de gardes nationales de l'Isère et quelques troupes de ligne , fit quelques levées en Savoie , et parvint à organiser une petite armée de douze mille hommes. C'était assez pour fermer à l'ennemi les issues des vallées de la Maurienne et de la Tarentaise ; encore quelques jours, et Kellermann serait assez fort pour attaquer les Sardes dans leur forte position d'Espierre sur la chaîne du Grand-Loup , point de communication entre les deux vallées, et pour rejeter les quarante mille Sardes par-delà leurs Alpes. Tout espoir d'un secours étranger fut ôté aux Lyonnais.

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§ VI. Pendant que ces divers événements s'accomplissaient , le siège de Lyon prenait une face nouvelle.

Commencé depuis douze jours , il n'avançait point; les troupes de la Convention n'avaient pas gagné un centimètre du terrain que les Lyonnais s'étaient proposé de défendre. Elles s'étaient attendues à une victoire facile ; on leur avait affirmé que les muscadins lyonnais ne résisteraient pas à leur première attaque , et cependant de vigoureux assauts tentés par les bataillons républicains sur les redoutes de Cuire et de la Croix -Rousse avaient été repoussés. On avait perdu beaucoup d'hommes dans ces engagements, et les Lyonnais avaient peu souffert. Le temps s'écoulait; il fallait donc changer de tactique. *

Ces considérations portèrent Dubois-Crancé à mettre enfin à exécution le projet de bombardement; puisqu'on ne pouvait prendre la ville de vive force , on la brûlerait. De nombreux convois de munitions et de projectiles étaient arrivés au camp; la poudre ne manquait pas , et on avait tiré des forts les plus voisins cent pièces de canon de gros calibre. Dubois-Crancé voulut cependant avertir encore une fois les Lyonnais des dangers qu'ils allaient courir : il leur adressa un long exposé des événements qui avaient précédé et amené le siège , et leur fit un tableau terrible des mortiers déjà chargés de bombes et des boulets déjà rougis par la flamme qui menaçaient leurs habitations d'un inévitable incendie. Dubois-Crancé demandait enfin ce qu'ils auraient gagné quand ils parviendraient à prolonger leur résistance un moment de plus; il finissait en faisant observer que si Lyon se couvrait de décombres, ils ne pourraient en accuser que leur obstination. Les corps administratifs de la ville répondirent d'un ton net et ferme dans la journée du 22 août : « Nous ne vous ouvrirons point nos portes, dirent-ils; si vous « aimez la patrie, marchez à l'ennemi ! Que la Convention retire « ses décrets contre Lyon, et vous nous verrez bientôt sur vos « pas. Là nous fraterniserons, et vous jugerez par notre courage « comment nous saurions nous défendre. » Cette lettre était

1. —Le défaut de munitions fut cause que la tranchée ne put être utile que le 21 août , époque depuis laquelle le feu n'a cessé ni jour ni nuit. (Compte-rendu de Dubois-Crancé , p. «8.) •

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signée par le président Bemani. Le général Vaubois, commandant de l'artillerie, avait adressé à Dubois-Crancé ce court billet: « J'attends. » Après avoir reçu la lettre des Lyonnais , Dubois- Crancé répondit à Vaubois plus laconiquement encore par ce seul mot : « Feu ! » Tout était prêt ; d'habiles canonniers avaient pointé leurs pièces , et les mortiers étaient chargés. Leurs batteries de M ontessuy , composées de pièces de douze et de seize , avaient leur œuvre de destruction systématiquement tracée : les quartiers de Bellecour , les quais de Retz et de l'Hôpital devaient être incendiés, tandis que les bombes écraseraient tout le massif de maisons qui occupe l'espace entre le Rhône et la Saône depuis le Pont-de-Pierre jusqu'au niveau de la Charité. Chaque nuit avait sa tâche, et bientôt chacun des camps, à l'Est , à l'Ouest , au Nord et au Midi , serait appelé à prendre sa part dans la destruction de Lyon. *

Il était onze heures du soir , le 22 août , lorsque les premières bombes s'élancèrent des batteries de Montessuy et tombèrent en sifflant sur les maisons de Lyon. De nombreuses volées de boulets rouges partirent en même temps et sillonnèrent Pair de lignes de feu : beaucoup de maisons furent endommagées, huit brûlèrent. Les quartiers qui souffrirent le plus furent ceux des rues Mercière, Saint-Dominique, de l'Hôpital, et les environs de la place des Terreaux ; il y eut beaucoup de mal à Bellecour et sur le quai de Retz : nombre de citoyens furent blessés ou tués par des éclats de bombes, soit dans les rues, soit dans leur domicile. Le 23 et le 24, les canonniers apportèrent plus d'attention au tir et causèrent des dévastations plus grandes encore; on prit dans l'intérieur de la ville toutes les mesures défensives et de précaution que les circonstances réclamaient. Un lit de fumier ou de gravois était étendu sur le pavé; des hommes en vedette sur les toits ou à l'angle des rues épiaient la chute des bombes

1» — Arrêté des représentants du peuple à l'armée des Alpes , pour faire bombarder, incendier et attaquer en même temps tous les quartiers de la ville de Lyon, du 15 août 1793, l'an II de la République. Montluel, de f imprimerie de V Armée, iu-fol. — Arrêté des représentants du peuple... qui ordonne le séquestre des biens situés dans les départements de la République , appartenant aux citoyens de Lyon ou à des particuliers non domiciliés dans cette ville , qui n'en sont pas sortis dans le délai fixé par le décret du 12 juillet. Fait au quartier géuéral de la Pape , te S4 août 1793. Montluel, imprimerie de l'Armée , in-4°.

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et donnaient le signal d'alarme) en criant : « Gare la bombe! » Il y avait dans la plupart des maisons de grands baquets remplis d'eau, et beaucoup de citoyens faisaient volontairement le service de pompiers. C'était par une vigilance continuelle que les assiégés cherchaient à neutraliser le feu de l'ennemi ; ils acquirent à cet égard une sorte d'habitude , et réussirent quelquefois à empêcher l'explosion des bombes en éteignant la fusée. De leur côté , les Lyonnais faisaient aux soldats de la Convention tout le mal qu'ils pouvaient, et ripostaient de leur mieux avec leurs batteries; plusieurs maisons de la Guillotière furent brûlées1. Après quelques jours de bombardement, Dubois-Crancé se tint en mesure de faire une attaque nouvelle contre les redoutes de la Croix-Rousse ; ses troupes bien dirigées se précipitèrent avec impétuosité sur la batterie Panthod , et parvinrent enfin à s'en emparer : le commandant lyonnais de ce poste manquait de munitions , et fut grièvement blessé.

Ce fut dans la nuit du 24 août qu'un malheur nouveau vint frapper les Lyonnais; ils étaient en droit de considérer leur immense Hôtel-Dieu comme un terrain neutre pour les malades et pour les blessés ; mais cet asile ne fut pas respecté par les bombes ennemies , et grand nombre de ces projectiles meurtriers tombèrent sur les toits de l'édifice qu'ils écrasèrent. Un plancher d'une salle qu'habitaient trente malades tomba avec fracas ; mais les poutres s'entre-croisèrent dans leur chute , et formèrent ainsi un toit nouveau : il n'y eut pas d'autre accident. Tous les servants, frères et sœurs hospitalières , étaient sur pied et redoublaient de zèle; le feu prit quarante-deux fois aux constructions , on parvint toujours à l'éteindre. Rien ne saurait égaler la consternation et le désespoir des malades, qui pouvaient être d'un instant à l'autre écrasés dans leur lit. On devait supposer que l'ennemi ignorait la destination sainte de l'édifice dont il recherchait la destruction avec une sorte de fureur ; et, pour obtenir de lui quelque commisération en faveur des blessés et des mourants, on arbora le drapeau noir au balcon du grand dôme : il fallut bientôt l'enlever;

1. — Décret de la Convention nationale , du 29 août 1793 , qui accorde cinq cent mille litre» aux habitants du faubourg de la Guillotière. Paris , impr. nationale, in -4°; et Montlttel, imprim. de V Armée , in- fol.

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