‹ Histoire de la ville de Lyon (volume 3)Chapitre 53 sur 229 · AN II DR LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIU0 SIÈCLE · texte numérisé non relu

AN II DR LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIU0 SIÈCLE

les canonnicrs républicains, le considérant comme un emblème de rébellion obstinée, le prenaient pour point de mire , et dirigeaient les boulets et les bombes sur l'Hô tel-Dieu avec un redoublement d'activité. Ce bel édifice éprouva d'énormes dommages : on ne pouvait y laisser les malades; ils forent transférés à l'Observance et dans la maison dite des Deux-Amants. Quelques administrateurs vinrent se loger auprès de ces établissements , pour veiller eux-mêmes au service de ces hôpitaux improvisés. On recueillit beaucoup de blessés dans les églises des Recollets et des Lazaristes ; ceux de l'ennemi étaient traités avec autant de soins que les Lyonnais.

Cette nuit devait être terrible pour la ville de Lyon ; le danger et la mort se présentaient sur tous les points. Tout-à-coup une explosion immense se fit entendre ; des milliers de vitres furent brisées dans des quartiers éloignés : c'était l'Arsenal qui sautait. Il contenait beaucoup de poudre, et une quantité considérable d'approvisionnements et de munitions de tout genre : un tel malheur était irréparable pour la défense. Ce ne fut pas une bombe ou un boulet ennemi qui causa cette catastrophe; une femme dévouée aux opinions des jacobins l'avait préméditée : elle parvint à mettre son projet à exécution , en plaçant sous un baril de poudre une mèche enflammée , dont la combustion lente ne fut pas aperçue par les surveillants. Découverte peu de jours après , et convaincue par son propre aveu , cette malheureuse fut traduite devant une commission militaire, condamnée et fusillée. Pendant cette même nuit les flammes dévorèrent une partie du magnifique quai Saint-Clair; plusieurs boulets péné- - trèrent dans la grande salle de la Bibliothèque. Les batteries des troupes républicaines qui étaient placées sur la rive gauche du Rhône tiraient de très près et faisaient un mal aflreux , soit à l'Hôtel-Dieu , soit au quai de Retz : abritées par des chantiers , elles souffraient peu du feu des Lyonnais. Deux citoyens, Dujast et Laurençon, traversent le Rhône à la nage, portant au-dessus de leur tète des matières inflammables ; parviennent , sans être aperçus de l'ennemi, aux chantiers, y mettent le feu, et font avec bonheur leur retraite. Il y eut , pendant la longue durée du siège , beaucoup de ces traits de dévouement et de valeur individuelle.

992 XVIIIe SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON.

Le lendemain de cette nuit désastreuse , Dubois - Crancé adressa une sommation nouvelle à la ville assiégée : « Lyonnais, « dit-il , ne comptez plus sur les Piémontais , ils sont cernés « sur la Tarentaise et sur la M aurienne ; ne comptez plus sur « les Marseillais, ils ont été battus, ils sont rentrés dans leurs c< murs : Gartaux est à Aix ; ne comptez plus sur un acte de m faiblesse de la Convention ; lisez son dernier décret , il con- « firme les mesures prises par nous; mais comptez sur l'induite gence.... delà Convention nationale.... Lyonnais, ouvrez-nous « vos portes ; ne voyez que la Convention , le salut de la patrie : « oublions les défiances et marchons ensemble aux frontières. » Réunis en assemblée générale , les corps administratifs de la ville délibérèrent, et répondirent , le 27 août, par un refus formel: l'admirable dévouement des autorités municipales ne faiblit point ; le bombardement recommença aussitôt avec un surcroît de violence.

§ VIL Rien ne pouvait abattre la résolution des Lyonnais : ils préféraient la mort pour eux et la destruction pour leur ville au joug des montagnards de la Convention ; malgré leurs revers, malgré leur isolement , ils restaient unis et persistaient à se défendre jusqu'au bout. Des jacobins et des amis de Chalier se trouvaient bien certainement dans leurs murs ; on ne les apercevait point, et leur mauvais vouloir était entièrement paralysé f. Précy était en relations avec un émissaire du comte d'Artois; mais le moment n'était pas favorable pour arborer la cocarde blanche ; les Lyonnais ne l'auraient pas souffert , et d'ailleurs quel aurait été le but de cette démonstration impolitique ? elle eût rendu la défense bien plus difficile , et l'exaspération de la Convention bien plus grande. Convaincu qu'il faudrait succomber tôt ou tard, le général lyonnais eut un instant la pensée de faire une sortie et de s'ouvrir, les armes à la main , une route vers la Suisse ouïe Jura; mais les difficultés et les périls de l'exécution étaient fort grands ; il se détermina volontiers à tenir encore.

1. — Une commission militaire, établie dans la prison de Roanne , eut à juger plusieurs personnes (hommes ou femmes) convaincues d'espionnage : la femme Aubertio futeondamuée a être attachée au pilori pendant trois jours consécutifs , deux heures chaque fois , et à être ensuite enfermée à Bicétre pendant trois ans. D'autres eurent la tête et les sourcils rasés , et furent reconduites aux avant-postes. Quant aux espions , on en fusilla plusieurs.

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