AH 11 DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIU* SIÈCLE
Hommes et munitions s'épuisaient avec rapidité; il n'y avait aucun secours à attendre de la part , soit des départements voisins, soit de l'étranger, tandis que l'armée de la Convention se renforçait continuellement par l'arrivée, soit de bataillons de gardes nationaux , soit de troupes de ligne. Ainsi , obligée par une capitulation à ne plus servir contre l'armée austro-prussienne , la garnison de Valenciennes fut envoyée par la Convention à l'armée de Dubois-Crancé; elle arriva pendant les premiers jours de septembre , et ce fut un auxiliaire précieux : elle se composait de deux mille soldats valeureux et exercés à la guerre : on leur confia le service des postes les plus importants *. Rien n'égalait le dévouement et la constance des assiégés : ils s'illustraient tous les jours par de beaux faits d'armes; mais tout ce qu'ils pouvaient faire , c'était de résister , et ils n'y réussissaient pas toujours. Leur courage était d'autant plus admirable qu'ils avaient à combattre un ennemi implacable , et dont les moyens d'attaque devenaient de jour en jour plus formidables.
L'argent commençait à manquer : on créa , sur la proposition de Régny, un papier-monnaie jusqu'à concurrence de quinze cent mille francs ; il consistait en bons ou mandats de la valeur de vingt-cinq, sous à quatre cents livres , remboursables en assignats. Les marchands et fournisseurs de subsistances échangeaient ces mandats obsidionaux à l'Hôtel-de-Ville , lorsqu'ils en présentaient pour une somme de quatre cents livres. Un hasard malheureux fit que le papier des bons de vingt-cinq livres portât des fleurs de lis dans son filigrane : des plaintes s'élevèrent ; on exigea une autre émission de ce papier , ou une apposition nouvelle du timbre sec1. Précy adressa, le 3 septembre, aux habitants de Lyon une proclamation par laquelle il les invitait à persévérer : « Citoyens , leur disait-il , les bombes , les boulets « rouges n'ont point atterré votre courage ; continuez , braves
1. —Proclamation des représentants du peuple, envoyés près l'armée des Alpes, aux citoyens composant la garnison de Valenciennes , destinés à l'armée devant Lyon , actuellement à Mâcon. Fait au quartier général de la Pape , le 6 septembre 1793. Monilueï , imprim. de VArmèt, in-fol.
î. — Extrait du procès-verbal de l'assemblée des commissaires des sections, du 31 août 1793. Lyon, A.-V. Delatvch* , 1793, in-fol.
99i XVIIIe SIÈCLE. CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON.
« Lyonnais! J'aime à rendre justice aux sentiments qui vous « animent ; mais je voue au mépris et à la haine publique ceux « qui , cédant à la crainte , osent trahir une si belle cause. Vous « défendez celle de la République entière. » !
Cependant le bombardement continuait , et de nouvelles attaques des postes avancés se succédaient à peu d'intervalle. Le pont Morand rendait de très grands services aux assiégés pour leurs communications de lune des rives du Rhône à l'autre ; on résolut , au quartier général , d'en faire sauter quelques arches. Trois brûlots lancés de la Pape descendirent le fleuve , et s'avancèrent le long du quai de Retz; il n'y avait pas un moment à perdre. Un courageux citoyen, Tourtoulon de la Salle, entra dans un petit bateau , remonta le courant , et parvint à saisir et à retirer des brûlots les mèches enflammées. Sur d'autres points , les Lyonnais éprouvaient des échecs graves et irréparables ; toute leur valeur ne les protégeait pas assez contre les forces supérieures qui les accablaient. Dans la nuit du 1 3 an 44 septembre , le bataillon républicain de la Drôme , composé de quatre cent vingt hommes , partit du camp de Limonest avec deux pièces de huit , deux obusiers et deux pièces de quatre qu'il traînait , aidé par les paysans , le long de chemins affreux , attaqua Grézieu à dix heures du soir , et fit un feu terrible contre le poste qui occupait le village. Surpris par l'ennemi , les Lyonnais firent leur retraite en désordre sur Francheville : cinq cents fusils abandonnés sur la grande route tombèrent au pouvoir des troupes de la Convention , qui établirent leur camp à Craponne. Non loin de là , les Lyonnais essayaient de s'emparer de la redoute placée à la Tour-de-Salvagny , et étaient repoussés après avoir essuyé une grande perte.
Ils n'étaient plus les maîtres à Saint-Etienne 2 ; obligés d'abandonner cette ville aux troupes de la Convention , leurs bataillons
!.— Proclamation du géuéral. Signé Précj, 3 septembre 1793. Lyon, A.-V. Maroche , in-4°el in-fol.
2. — « Dès que nous sûmes la prise du détachement (celui que le général Nicolas conduisait ), nous sentîmes que nous ue devions plus compter que sur nos propres forces ; et après nous être concertés, dans cette fâcheuse circonstance, avec nos collègues Laporte , Javogues et Reverchon , nous primes un parti dangereux mais nécessaire : nous détachâmes de la Guiliotière mille hommes de troupes aguerries , avec du canon de huit et quelques pièces de quatre
AN 11 DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIIIe SIÈCLE. 995
peu nombreux et les Forésiens leurs auxiliaires se replièrent sur Montbrison , et culbutèrent un rassemblement de paysans qui s'était posté sur la route, à Salvizinet auprès de Feurs, pour barrer le passage. Une colonne lyonnaise qui avait pris une autre route n'eut pas le même bonheur : entourée à Chazelles par les républicains , et écrasée sous leur nombre, elle se dispersa. Trois cents hommes , débris des troupes forésiennes et lyonnaises, se réunirent à Duerne , prirent le chemin dTzeron et parvinrent à atteindre le faubourg de Saint-Just , amenant avec eux des chevaux et une certaine quantité de vivres. Lyon n'eut plus rien à espérer du Forez qui l'avait admirablement servi ; il était resserré dans une enceinte de jour en jour' plus étroite. On commençait déjà , au commencement de septembre , à y souffrir cruellement de la disette des vivres. Il n'y avait plus dans Lyon qu'une petite quantité de blé ; on réserva le pain de froment et de seigle pour les combattants, et on fit pour les autres citoyens du pain d'avoine. On aurait eu d'ailleurs du blé qu'il aurait été difficile de le faire moudre : tous les moulins sur le Rhône avaient été mis hors de service par le canon de Montessuy ; le riz manquait , la viande devenait de plus en plus rare ; mais on avait abondamment encore de l'eau -de -vie et du vin. Des espions tenaient Dubois - Crancé parfaitement au courant de la situation de la place. Pressés par les invitations des représentants et bien plus encore par la faim , grand nombre d'ouvriers , accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants , sortirent de la ville et coururent chercher des aliments aux camps ennemis de la Guillotière et de Galuire. Les représentants du peuple avaient d'abord accordé quelques aliments aux femmes , aux enfants et aux vieillards qui sortaient de la ville; ils restreignirent beaucoup ces secours, et finirent par les supprimer complètement pour accélérer la reddition de Lyon par la famine. Sorti le 15 septembre par la route de Vaise, un bataillon lyonnais tenta de débusquer les républicains de leur position de Craponne , et n'y réussit point. Dans la nuit du
pour passer le Rhône à Sainl-Vallier et se porter sur Saint-Etienne , tandis qu'un officier distingué par son mérite et son patriotisme devait se rendre à Roanne pour y faire lever le peuple et aller s'emparer de Montbrison... L'expédition réussit parfaitement. ** (Compte-rendu de Dubois- Crancé , p. 50.)
996 XVIIIe SIÈCLE. CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON
même jour, les troupes du camp de Montessuy se jetèrent avec fureur sur la redoute de la maison Neyrat, s'en emparèrent et réussirent à s'y maintenir , malgré les efforts désespérés des Lyonnais pour reprendre leur position.
Le blocus de la ville était complet le |7 septembre ; pas un homme à cheval n'aurait pu franchir les portes sans être arrêté: dès ce moment le siège changeait de face, et la situation dé Lyon devenait infiniment plus critique. De nombreux bataillons de gardes nationales avalent été amenés de l'Auvergne par Couthon; soixante mille ennemis fermaient toutes les issues, et menaçaient chaque jour d'un assaut. Le 19 septembre, Pouget, adjudant général, et Walter, chef d'escadron du premier régiment de hussards , marchant à la tète d'un détachement de la garnison de Valenciennes , assaillirent le poste de la Duchère : une vive fusillade partit des collines voisines , et favorisa ce mouvement. Accablés par ce feu meurtrier, les Lyonnais cédèrent. Maîtres de ce point important , les généraux de la Convention eurent toute la facilité désirable pour bombarder non-seulement le faubourg de Vaise , mais encore une grande partie du quai de Saône. Couthon écrivait quelques jours après à la Convention : «Nos « affaires à Lyon vont bien ; un bataillon ou plutôt un rocher « du Puy-de-Dôme s'est détaché, et a roulé sur le faubourg de « Vaise ; depuis le 21 , nous en sommes en possession. »
Interrompu pendant quelques jours , le bombardement recommença avec violence. Dans la nuit du 23 au 24, à minuit, le général républicain Petit-Guillaume assaillit vigoureusement les redoutes de la Croix-Rousse , et fut repoussé. Il se transporta aussitôt sur un autre point , au pont d'Oullins , où il trouva Dubois-Crancé, les volontaires du premier bataillon de l'Ardèche et un détachement de dragons à pied du cinquième régiment : on avait résolu l'assaut de la très forte redoute qui protégeait les abords de la Mulatière. Il s'agissait d'attaquer de front et à découvert sur cent toises de longueur une batterie défendue par trois cents Lyonnais, de forts retranchements , un fossé de trois mètres de profondeur , et un pont garai de chevaux de frise sous le feu de maisons crénelées des deux côtés de la route. Ces obstacles n'arrêtèrent pas. les républicains : en dix minutes ils forcèrent le pont , détruisirent les retranchements , mirent le feu
AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIIIe SIÈCLE. 997
aux maisons, et tournèrent les canons de la redoute. On accusa le général Rimbert de ne pas avoir tenu aussi bien et aussi longtemps qu'il aurait pu le faire; il s'était cependant très bien battu. Contraint à la retraite , il se replia sur les redoutes du pont de la Mulatière.
Trop lent au gré de la Convention , Kellermann fut destitué , et remplacé cl'abord par le général de division de Lestrade, puis par Doppet. Celui-ci & hâta de venir prendre le commandement de l'armée : il fît aussitôt la revue des postes avec Dubois- Crancé, et fit les dernières dispositions pour de nouvelles attaques. Une affaire très chaude s'engagea ce jour-là même, sur les hauteurs de Sainte-Foy , entre deux mille hommes conduits par Précy et les troupes du général Pilon, qui avait sous ses ordres un officier lyonnais destiné à une grande fortune militaire, Suchet Précy attaqua vivement, tua beaucoup d'hommes à l'ennemi , mais ne réussit point à débusquer les républicains de la redoute dont il aurait voulu s'emparer. Sur un autre point , à Cuire , trois mille des meilleurs soldats de la Convention se Jetèrent sur un poste avancé que défendaient vingt-cinq hommes bifea retranchés. Bientôt les murs du cimetière furent escaladés, non àans une perte considérable de la part des républicains; mais le cimetière fut pris par le général Petit - Guillaume , qui s'y installa et poussa ses avant - postes jusqu'aux portes de la Croix-Rousse, dont le général Grandval avait le commandement. Dans la nuit du 27 au 28 , un bataillon républicain les assaillit et franchit la porte du centre; mais il fut reçu par une fusillade bien nourrie et par de telles décharges d'artillerie, qu'il se retira précipitamment. Le brave lyonnais Gingenne , commandant du poste important établi dans les jardins de la maison Combe, eut la jambe droite mutilée par un boulet de canon; dans la matinée du 27 , Bouchet père fit l'amputation du membre blessé. «
1. — Gingenne (Benoit) était charcutier; il échappa non-seulement au grave danger que lui Gt courir sa blessure , mais encore aux poursuites qui furent dirigées contre lui après la prise de la ville. Caché au domicile d'une femme qui lui était dévouée , le brave commandant de la batterie Combe parvint à se réfugier à Morges , en Suisse. Nommé chevalier de Saint-Louis par le comte d'Artois eu 1814 , il obtint une pension de la ville en 1816 , et mourut en 1825. (Notice sur Benoit Giugcuue , par M. Passeron). Lyon, J.-M. Barret (sans
Lyon tenait toujours ; ces engagements partiels coûtaient la vie aux meilleurs soldats de la Convention, et ne finissaient rien. Dubois-Crancé et Doppet organisèrent pour le 29 une attaque générale sur quatre points principaux, Sainte-Foy, Saint-Just, les Broteaux et Perrache : elle commença à cinq heures du matin. Un sergent de la redoute qui couvrait le coteau de Sainte-Foy avait porté le mot d'ordre aux républicains; Doppet se mit à la tète de la colonne d'attaque : c'était uneTaffaire décisive. Précy accourut avec sa petite cavalerie, et se battit en désespéré; mais Doppet fut le plus fort , il s'empara de neuf pièces de canon et fit beaucoup de prisonniers , au nombre desquels se trouva l'évêque constitutionnel Adrien Lamourette. Toutes les hauteurs de Fourvière furent aussitôt couvertes de batteries qui foudroyèrent Fourvière, Saint-Just , Saint-George et Saint- [renée , dont l'importante redoute tomba également au pouvoir de l'ennemi.
Pendant ce temps un combat terrible s'engageait à la Mulatière : tout avait été disposé pour faire sauter le pont; mais , soit négligence, soit trahison, soit impossibilité d'exécuter les ordres, on n'en fit rien. Les républicains le franchirent, prirent d'assaut la redoute et débouchèrent sur la chaussée Perrache au pas de course, après avoir culbuté le général Rimbert. C'était encore un moment critique : Précy, descendu de Sainte-Foy où il n'y avait plus rien à faire, accourut précipitamment suivi de sa cavalerie et de quelques débris de ses bataillons , et emmenant avec lui deux pièces de campagne. Cette petite troupe se précipita sur le bataillon de l'Ârdèche , qui continuait à s'avancer sous la conduite de Suchet ; ce fut un choc terrible dans cet espace resserré : une batterie républicaine , placée sur l'autre rive du Hhône , tonnait sur les Lyonnais. Enfin Précy l'emporta ; il refoula le bataillon de l'Ardèche au-delà du pont ; beaucoup de républicains s'étaient enfuis par les sentiers qui coupaient les marais de la presqu'île , la plupart y périrent. Les Lyonnais s'emparèrent de plusieurs pièces de canon, et élevèrent un retranchement provisoire à la tête du pont de la Mulatière. C'était un beau fait (t'armes , mais sans résultat décisif.
tlalc), in-8°. — Le Journal des Débats a publié, dans l'hiver de 1846-18*7, un roman-feuilleton intitulé : Gingenne , ou Lyon en 1795 , par M. Horace Badon.
AN II DE LA RÉPUBLIQUE (1793). XVIIIe SIÈCLE. 999
Une autre attaque était faite simultanément aux Broteaux, sur la redoute Chenelette, par les républicains qui s'obstinèrent pendant quatre heures à s'y maintenir, tantôt victorieux, tantôt repoussés, mais enfin rej étés jusque sur leurs retranchements de la Part-Dieu : plusieurs officiers lyonnais, Chenelette , Duffieux , Charcot de Villiers et Girard, entre autres, combattirent avec une grande intrépidité. Le principal quartier général fut établi , le lendemain de cette journée, à Sainte-Foy : là se tenaient les représentants Gouthon et Maignet , et le général Rivaz.
Ainsi l'attaque générale avait échoué sur plusieurs points, mais son succès avait été complet à Sainte-Foy , et c'était là que se trouvaient les clefs de la ville. Fourvière était dominé; Lyon ne pouvait se défendre longtemps encore. Dubois-Crancé écrivit à la Convention : « Les Lyonnais , attaqués sur quatre points à « la fois, le matin à cinq heures, ont été repoussés partout ; « leurs redoutes sont emportées ; nous sommes à Perrache , aux « Broteaux et à Sainte-Foy. L'horizon est en ce moment chargé « de flammes et de fumée : tous les Broteaux sont incendiés; « Perrache commence à brûler, il fait un grand vent. Vive la « République ! — On apprend à l'instant que les troupes de la « République ont pris deux pièces de canon sur les rebelles. »
§ VIII. Les lenteurs du siège de Lyon fatiguaient beaucoup la Convention , qui ne comprenait pas une résistance aussi prolongée : elle témoigna plusieurs fois son vif mécontentement ; remplaça, comme on l'a vu, Kellermann par Doppet auquel elle croyait plus d'énergie, et adjoignit à Gauthier et à Dubois- Crancé trois autres représentants, Cou thon, Châteauneuf-Randon et Maignet : ce qu'elle voulait, c'était qu'on emportât de vive force la ville rebelle. A peine arrivé sous les murs de Lyon , Chàteauneuf-Randon avait adressé une sommation aux habitants : « Ouvrez vos portes, Lyonnais, ou la vengeance du peuple est « prête à éclater sur vous. » Il reçut le lendemain cette réponse ; « Le peuple de Lyon périra tout entier avant de livrer la ville « à l'exécution des décrets de sang et de pillage que la supposi- « tion d'une rébellion a fait lancer contre lui ; quarante-quatre « jours de bombardement ont prouvé que son courage était « inébranlable. Si vous parveniez à anéantir une ville immense ,
1000 XVIIIe SIÈCLE. — CONVENTION NATIONALE. SIÈGE DE LYON.
« paisible et industrieux objet de l'orgueilleuse jalousie de ses « ennemis , notre dernier cri serait encore , comme il l'a tou- « jours été , celui de l'égalité et de la liberté , de la République « une et indivisible, de l'obéissance aux lois et du respect des « personnes et des propriétés. » Les Lyonnais demandaient que le siège fût levé , et que la Convention consentît à entendre leurs députés.
Elle n'était nullement disposée à faire de si grandes concessions : les lettres contradictoires qu'elle recevait de ses généraux excitaient de plus en plus sa colère. Châteauneuf-Randon lui écrivait le 29 : « Nous serons ce soir dans Lyon ; » et le général Sandoz , en lui rendant compte de l'avantage qu'il prétendait avoir remporté à Perrache , s'exprimait en ces termes : « Si les « rebelles sortent de leur ville , il faudra qu'ils s'en échappent « en ballon. » Cependant Lyon résistait toujours. Barrère témoigna son mécontentement et son étonnement : plus indigné encore , Billaud-Varenne demanda le rappel immédiat de Dubois- Crancé et de Gauthier, les seuls des représentants , disait-il, qui n'avaient pas été d'avis d'attaquer Lyon de vive force. Il fit observer que Dubois-Crancé , général en même temps que représentant, avait intérêt à la prolongation du siège. La Convention ordonna le rappel des deux députés.
Couthon arriva le 3 octobre sous les murs de Lyon , vit aussitôt les généraux ainsi que les représentants ses collègues , et leur exprima sa profonde surprise sur la situation du siège : « Dans « un grand mouvement populaire, leur dit-il, je ne reconnais « point de tactique : une attaque à force ouverte est le seul «< moyen qui soit digne d'un peuple tout-puissant. » II accorda , avec beaucoup de peine , deux jours pour occuper les redoutes de Fourvière qui dominent la ville. Ce délai écoulé ; ni la ville ni les redoutes n'avaient été attaquées ; alors Couthon s'emporta, et déclara qu'il voulait absolument en finir : « Ces lenteurs , « disait-il , viennent de cette erreur capitale : que le système « suivi pour des troupes de ligne convient également à l'armée « du peuple. On veut toujours de la tactique; et la tactique, « c'est l'opium des insurrections populaires. » Couthon voulait qu'on précipitât sur les Lyonnais les masses compactes des gardes nationales et des bataillons de la ligne. Il demandait avec
AN II DB hk RÉPUBLIQUE (479S). XVIII6 SIÈCLE. 1001
dédam quelle résistance des murailles démantelées pouvaient opposer à l'irrésistible assaut de soixante mille hommes >, appuyés par une formidable artillerie ; on lui répondait qu'il était inutile dé sacrifier des soldats, puisque la prise de Lyon par famine et sans tirer un coup de fusil était infaillible. Les généraux montraient le péril d'attaquer à découvert des redoutes aussi formidables que celles de Fourvière, et promettaient de réduire en peu de jours, par le seul effet du blocus, une ville qui n'avait plus ni vivres ni munitions. Cet avis ne fut pas écouté, et celui de Couthon prévalut. Une attaque générale fut résolue pour le 8 octobre.
Depuis la malheureuse journée du 29 septembre les Lyonnais jouissaient de quelque répit; ils n'avaient ï pas été vivement assaillis. Ainsi que l'avait dit Couthon , ils manquaient démunirions et de vivres; toutes leurs batteries 'extérieures avaient été emportées, deux de leurs faubourgs appartenaient à l'ennemi: il leur restait pour unique moyen de défense les deux redoutes qui commandaient l'embranchement de Tri on.; celle de Gingenne, à la Croix-Rousse , la redoute désormais inutile du pont Morand, et les insuffisants retranchements de la tête da pont de la Muletière. Sur plusieurs points la ville était ouverte ; quelques compagnies de chasseurs stationnaient sur le chemin de Vaise, et quelques postes étaient disséminés çà* et là : il ne restait pas trois mille combattants. Les avant-postes républicains occupaient les premières maisons à l'entrée de la ville; toutes les hauteurs, enfin , étaient au pouvoir de l'ennemi. Telle était la situation au 8 octobre, elle était désespérée : Précy ouvrit une. négociation dont Tunique objet était de gagner du temps, pour sortir de la ville avec les débris de l'armée et les /citoyens les plus compromis ; mais il avait affaire à un ennemi méfiant et bien informé.
Le 7 octobre, les représentants du peuple adressèrent aux Lyonnais une sommation dernière : « Habitants de Lyon , leur « dirent-ils , réfléchissez. Nous vous sommons encore > au nom « du peuple français levé contre vous , d'ouvrir vos portes , de « poser les armes et de livrer les scélérats qui vous trompent > « vous oppriment et vous perdent : à ce prix , nous sommes vos « frères. Nous donnons ordre de suspendre le bombardement jus- « qu'à quatre heures du soir ; si à cette heure votre réponse n'est