XIX** SIÈCLE. — LYON SOUS NAPOLÉON
pape bénit de la main et du cœur la ville de Pothin et d'Irénée. En descendant la colline, il entra dans l'hospice de l'Antiquaille, pria dans la chapelle, et visita le cachot du saint martyr; il parut dans la soirée au Palais des Arts : Pie VII vit avec intérêt l'exposition des produits de l'industrie lyonnaise. Le pape quitta Lyon le samedi matin 20 avril ; le bourdon de Saint-Jean et le canon de l'Arsenal donnèrent le signal du départ.
§ VI. L'histoire de Lyon , pendant les dix années d'existence de l'Empire, a peu de faits à raconter; peu d'événements importants survinrent dans la cité. En 1805 , une nouvelle organisation ramena l'unité dans l'administration municipale : il n'y eut plus qu'un seul maire, et ce fut Fay de Sathonnay ; on éleva le nombre des adjoints à six. L'année suivante, une députation composée de Camille Pernon , Terrasse , Rieussec , Degérando et Vincent Margnolas, porta à l'empereur l'expression du vœu du Conseil municipal pour l'érection , au centre de la place Bellecour, d'une statue équestre en bronze de Napoléon, placée sur un piédestal en marbre dont les groupes de Coustou représentant le le Rhône et la Saône embelliraient les côtés. Cette proposition fut accueillie favorablement , mais les guerres de l'Empire et la marche si rapide des événements ne permirent pas qu'il y fut donné suite '. L'année 1808 vit le passage à Lyon de la souveraine du royaume éphémère d'Etrurie , et au mois de septembre celui du roi d'Espagne, Charles IV, et de sa famille. On remarqua bien davantage l'arrivée de deux divisions de la grande armée du Nord après une glorieuse campagne : un arc de triomphe avait été érigé aux portes de Saint -Clair pour les recevoir; les Lyonnais étaient allés en foule au-devant de ces vaillants bataillons. Je regrette de ne pouvoir suivre en Espagne les armées françaises : j'aurais à raconter la belle conduite d'un Lyonnais, de Suchet, nommé en 1809 général en chef de l'armée d'Aragon ; mais le récit des campagnes glorieuses d'un enfant de la cité me détournerait trop de mon but. Il y eut toujours tendance au progrès dans l'instruction publique : Napoléon institua en 181 1 , au Palais des Arts, un cours d'ana-
1. —Napoléon traversa Lyon dans In nuit du 30 au 31 décembre 1807 ; il ne s'arrêta point.
PIE VII DE RETOUR A LYON (1805). XIXe SIÈCLE. 4087
tonne appliquée à la peinture et à la sculpture, et Mollet ouvrit une classe municipale de chimie et de physique. Un arrêté de la mairie rétablit l'ancienne fête de Saint-Thomas , si chère aux amis de l'éloquence , et laissa à l'orateur le choix du sujet. Un décret du 2 avril de la même année nomma les membres de la cour impériale de Lyon et ceux du tribunal de première instance : ce fut le comte Lecouteux de Fresnelles, titulaire de la sénatorerie de Lyon, qui installa la cour impériale.
Mais les belles journées d'Austerlitz , de Iéna et de Wagram ne se reproduiront pas ; ouverte sous d'imposants auspices , la fatale campagne de Russie s'est terminée par des catastrophes inouïes. Avant de raconter comment Lyon passa du gouvernement de l'Empire à une autre forme politique, j'esquisserai la marche de la civilisation dans cette ville pendant les quinze années de la domination de Napoléon.