SECOURS PUBLICS
§ 4. Organisation nouvelle du bureau de bienfaisance ; dispensaires. — % 5. Améliorations capitales à l'Hôtel- Dieu. Régénération de l'hospice de la Charité. — §3. Création de l'hospice du Perron. — % 4. Réunion de l'hospice de l'Antiquaille aux Hôpitaux civils. — § 8. Création de l'Hôpital militaire. — §6. Dépôt de mendicité. — S 7. Salles d'asile et eréehes. — %&. Réduction de l'intérêt au Mont-de-Piété. — § 9. Fondation d'institutions nombreuses en faveur des pauvres, des orphelins, des tneurables jeunes et adultes, des jeunes 611e» retirées du vice , etc. , etc.
§ I. Le budget de la ville fournit, à divers titres, d'importants secours aux classes indigentes ; il n'a point oublié les pauvres.
Cent mille francs sont alloués au bureau de bienfaisance chaque année. Cette institution, qui rend des services si grands, a été entièrement réorganisée par l'ordonnance royale du 25 juin 18Û5. Ces dispositions nouvelles , adoptées pour la répartition des secours à domicile, sont un véritable retour aux principes : une seule règle, un seul bureau, une comptabilité unique , telles en sont les bases. Le bureau est composé de vingt membres ; il a sous sa direction quatorze comités de secours , un par paroisse. Un quinzième comité a, dans ses attributions, les indigents protestants et israéliles. Le but de l'institution , c'est la recherche, dans la ville, des vrais pauvres , et la distribution régulière aux malheureux de pain et de secours de différente nature : si les indigents sont malades, sans l'être assez pour qu'il
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soit nécessaire de les transporter à l'Hôtel-Dieu , ils reçoivent gratuitement des remèdes et les visites d'un médecin. Cette œuvre dépense beaucoup ; ses ressources se composent de la subvention de la ville , du droit des pauvres sur les recettes des théâtres, bals et concerts , enfin de sommes qui lui viennent de legs et de donations.
D'autres institutions ont pour objet particulier le service des indigents malades : ce sont les dispensaires et les hôpitaux. C'est en 1818, sous la Restauration, que le dispensaire général a été institué : son but est de faire donner gratuitement et à domicile aux indigents malades tous les secours dont ils ont besoin , au moyen, pour chaque souscripteur, d'un abonnement annuel de trente francs représenté par une carte qui est mise à la disposition des pauvres. Il est administré par un Conseil général de vingt membres élus par les souscripteurs eux-mêmes, et par un bureau pris dans le sein du Conseil. On a divisé la ville , pour le service médical, en cinq arrondissements desservis par des médecins titulaires ou agrégés. Cette institution a eu un très grand succès , et trois cent trois cartes étaient en circulation à la fin de l'année 1845; on espère porter ce chiffre très prochainement à trois cent cinquante. Trente-un mille francs représentent les recettes de toute nature du dispensaire : il consomme vingt-huit mille cinq cents francs ; on évalue à six mille cinq cents francs les dépenses de la pharmacie. Un dispensaire spécial complète l'œuvre des secours à domicile; il a été institué par M. Munaret, pour mettre gratuitement à la disposition des ouvriers pauvres les moyens de guérison de maladies que le charlatanisme exploite avec une impudence scandaleuse.
§ IL Mais , de toutes les institutions créées par la bienfaisance publique, la plus importante, et celle qui exprime le plus complètement la charité lyonnaise, c'est sans contredit celle des hôpitaux , œuvre magnifique , dont cette histoire a raconté à différentes reprises le développement progressif. Elle a éprouvé, depuis 1830, des améliorations si nombreuses et tellement considérables, qu'on est en droit de présenter ces perfectionnements comme une rénovation complète.
Lyon possède trois grands hôpitaux civils , l'Hôtel-Dieu , la Charité et l'Antiquaille , réunis sous une même administration
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par l'ordonnance royale du 30 juin 1845. Deux sont situés sur la rive droite du Rhône , le long de la partie méridionale du quai , et seraient contigus sans le massif de maisons qui occupe l'espace compris entre la rue de la Barre et la place de la Charité. Dans cette position , à PEst , ils sont abrités du vent du Nord par une grande partie de l'épaisseur de la ville, mais ils sont exposés à l'action d'une atmosphère humide et fréquemment imprégnée d'épais brouillards. L'hospice de l'Antiquaille est situé dans d'excellentes conditions topographiques, sur la partie moyenne du versant oriental de la colline de Fourrière. A ces trois hospices civils il faut réunir l'hospice du Perron, de création toute récente, et qui prendra sous peu de temps un développement considérable : réunis , les quatre établissements présentent un chiffre total de trois mille lits à peine pour les besoins d'une population qu'il ne faut pas évaluer à moins de cinq cent mille âmes ; en effet tous les départements voisins, dans un rayon de cent kilomètres, envoient leurs maladies graves à l'Hôtel-Dieu de Lyon. Dans le nombre des lits, plus de six cents sont occupés par des vieillards (hommes et femmes), par des incurables, par de nombreux servants (sœurs et frères) et par des employés de divers ordres. Il n'y a donc pas réellement plus de deux mille quatre cents lits pour recevoir les malades d'une ville telle que Lyon : cette seule indication démontre que nos hôpitaux ne suffisent plus à la grandeur des besoins ; ils ont d'ailleurs l'inconvénient d'agglomérer sur un même périmètre un nombre beaucoup trop considérable de malades. On a augmenté notablement, depuis vingt années, le nombre des lits; mais cet accroissement n'a point eu lieu, à beaucoup près, dans la proportion de celui de la population. Une circonstance particulière et importante a rendu à peu près nulle cette amélioration , au point de vue du chiffre définitif des entrées de malades ; décrétée depuis longtemps comme un principe , la règle de ne jamais coucher qu'un seul malade (adultes ou enfants), dans un même lit, n'a été rigoureusement observée que par l'administration actuelle. Il faudrait construire, trois hôpitaux, de quatre à cinq cents lits chacun, pour les villes de Vaise, de la Guillotière et de la Croix-Rousse ; leur nécessité est vivement sentie.
Les hôpitaux de Lyon sont fort riches, quoique leurs revenus
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ne suffisent pas encore à leurs dépenses ; ils possèdent , dans la succession de Madame Servien de la Part-Dieu , un capital d'une immense valeur. Mieux administrée , leur fortune a beaucoup augmenté ; le capital s'est amélioré , et les revenus sont devenus plus considérables. *
Beaucoup de changements, qui sont des progrès, ont eu lieu à l'Hôtel-Dieu ; tous ont eu pour but de rendre plus pur l'air que les malades y respirent, et d'établir un meilleur système de ventilation. Placer un hôpital dans de bonnes conditions de salubrité, en écarter avec une infatigable vigilance tous les agents d'infection, c'est diminuer dans une proportion sensible les chances de mortalité : il y a d'autant plus de guérisons que l'air est plus sain. C'est bien plus au moyen de l'hygiène qu'avec des médicaments qu'on rend les malades à la santé dans ces immenses agglomérations d'êtres souffrants : telle a été la pensée du Conseil général des Hospices ; il l'a exprimée en faits d'une haute importance. J'ai parlé autre part de la boucherie supprimée et transformée en un beau passage qui a placé tout un quartier populeux , celui de l'Hôpital , dans des conditions hygiéniques bien meilleures. Il n'y avait à la disposition des convalescents , à l'Hôtel-Dieu , pour faire un peu d'exercice, que des cours étroites et des corridors froids , mal aérés et privés de l'action vivifiante
1. — Voici un aperçu du budget des Hospices civils de Lyon (Compte administratif des Hospices civils de Lyon , pour l'année 1845. Lyon, Louis Pétrin , 1846, tn-4°> avec des tableaux) :
Recettes ordinaires , 1,747,392 fr. ; prévision des recettes extraordinaires, 1,007,291 fr , dont 946,189 fr. viendront d'aliénations d'immeubles. Articles principaux des revenus des Hospices : loyers de maisous et terrains , 717,720 fr. ; fermage , en argent, des biens ruraux, 91,477 fr. ; rentes sur l'Etat, 150,000 fr. ; produit de la vente au public de médicaments , 76,627 fr. ; lits payants, 53,000 fr. ; péage des ponts, 70,000 fr. ; intérêts des fonds placés, 54,703 fr. ; produit des sacristies , 13,000 fr. ; vente des bijoux et effets des décédés, argent trouvé au décès des malades , 5,500 fr. ; vente des graisses de cuisine et des objets hors de service , 10,000 fr. ; dividende sur le prix des terrains cédés par la ville dans le cimetière de Loyasse, 15,958 fr. ; subvention du département et de la commune de Lyon, 447,000 fr.
Dépenses , 1,633,486 fr* , ainsi réparties : dépenses communes aux trois hospices ( l'Hôtel- Dieu, la Charité , le Perron) , 74,831 fr. ; Hôtel-Dieu , 597,405 fr. ; Charité, 916,602 fr. ; le Perron, 41,547 fr.
L'hospice de l'Antiquaille n'est pas compris dans ces chiffres ; voici son budget particulier: receltes ordinaires et extraordinaires , 591,800 fr. ; dépenses, 401,069 fr. i déficit (pour l'année 1845), 15,968 fr.
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du soleil; remplacement occupé par des masures, du côté oriental de la rue Bourgchanin , a été déblayé en très grande partie et transformé en une promenade plantée d'arbres , qui a versé dans une rue obscure et humide des flots d'air et de lumière. Les Hôpitaux ont perdu le produit d'un certain nombre de locations ; mais leurs véritables revenus, c'est l'accroissement des chances de guérison pour les malades : ils ont été institués, non pour tirer le meilleur parti de leurs propriétés, mais pour renvoyer dans leurs habitations le plus grand nombre possible de malades rendus à la santé. Je ne saurais trop reproduire cette idée sous toutes ses faces. Peu importe que le Conseil des Hospices fasse une dépense considérable ou perde un revenu de quelque valeur , si , au moyen de ce sacrifice , la salubrité de l'Hôtel-Dieu a gagné ; encore une fois, il a été institué, non pour faire de bonnes opérations financières au profit des pauvres, mais pour offrir au plus grand nombre possible de malades toutes les chances de guérison que l'hygiène et l'art médical peuvent établir. Un meilleur système de chauffage , de ventilation et d'éclairage a été adopté : aux planchers revêtus de carreaux ou même de dalles humides , on a substitué des parquets en bois dur, frottés et cirés comme ils le sont dans les habitations particulières le mieux tenues. La population moyenne de l'Hôtel-Dieu se compose de mille lits environ pour les malades , hommes et femmes , soit fiévreux, soit blessés. Vingtcinq lits sont réservés pour les accouchements des femmes mariées : cette salle est si bien conduite que les résultats du mouvement annuel, au point de vue de la mortalité , ont quelque chose de phénoménal; sur six cents accouchements, moyenne de chaque année, on compte à peine cinq ou six décès. Au 1er janvier 1845, neuf cent trente-huit lits étaient occupés; il y a eu, dans l'année, treize mille six cent soixante-dix-huit entrées, douze mille soixante-dix guérisons présumées et quinze cent cinquante-six décès (1 décès sur 8 1/2). Le nombre des journées s'est élevé à trois cent soixante-quatre mille six cent cinquantetrois ; c'est un très beau résultat. Il y a cent trente lits payants à l'Hôtel-Dieu (un franc vingt-cinq centimes par jour). Une fois par semaine, les conseils d'un médecin et des médicaments sont donnés gratuitement aux pauvres qui viennent les réclamer.
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$ III. On s'est toujours occupé beaucoup de l'Hôtel-Dieu dans le Conseil général des Hospices , mais l'hôpital de la Charité a été abandonné pendant longtemps ; sa rénovation récente a été complète. L'histoire de Lyon a raconté la création de ce nouvel asile ouvert aux pauvres : cette administration , qu'on nommait L'Aumône générale , fit l'acquisition , au commencement du dixseptième siècle , d'un emplacement assez vaste, sur la rive droite du Rhône, au-delà de la place Belle cour, et fut autorisée , par lettres-patentes de Louis XIII, du 2 décembre 1614 , à y construire un hospice , dont le P. Martel-Ange fournit les plans. Un généreux citoyen, de Sève de Fromente, fit bâtir à ses frais un corps de logis ; la première pierre de l'édifice de Notre-Dame de la Charité fut posée le 16 avril 1617. Simple, fort bien entendu et de très bon goût , le plan primitif ne tarda point à être singulièrement dénaturé dans ses dispositions intérieures; et cet hospice, oublié en quelque sorte, fut livré pendant un siècle et demi au caprice et à l'incurie d'hommes qui étaient étrangers aux premières notions de la salubrité. Ils travaillèrent avec persévérance à murer les fenêtres, à rendre la ventilation impossible, à obstruer les corridors, à couper en deux la hauteur des salles par des planchers, enfin à mettre cette immense maison dans les plus mauvaises conditions hygiéniques qu'on puisse imaginer. Tout, dans l'hospice, présentait l'image de la décrépitude et de l'ignorance des lois sanitaires , quand le nouveau Conseil administratif entreprit l'œuvre de régénération : rétablir l'ordonnance de l'ancien plan, telle fut sa pensée. On déblaya les corridors, qui furent ouverts dans toute leur longueur et terminés par des grilles ; on rétablit les fenêtres obstruées en grand nombre ; on rendit aux salles leurs dimensions premières, en abattant toutes les cloisons; on commença le long et coûteux travail de la conversion en parquets des carreaux des salles ; la pharmacie et le cabinet du tour pour les enfants trouvés éprouvèrent une métamorphose générale ; enfin, de vastes ouvroirs chauffés furent disposés pour les vieillards : je ne puis indiquer ici que les améliorations principales. Chauffée par un calorifère, l'église reçut divers embellissements ; une statue de saint Vincent de Paul , bien exécutée par M arochetti , vint décorer une des cours intérieures. Cet hôpital a pris depuis quelques années un fort grand
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développement : à sa population obligée de quatre cents vieillards, âgés de plus de soixante-dix ans (deux cent quarante femmes, cent soixante hommes), sont venus s'adjoindre les enfants malades (âgés de moins de douze ans) qui occupent déjà deux cents lits; création qui date de 1838, mais dont le développement ne remonte pas à plus de deux années. Il y a de plus , dans l'hospice, soixante-huit lits d'incurables et quarante-cinq lits pour les filles-mères ; sept cents accouchements y ont lieu , en moyenne , chaque année. Le service des enfants trouvés a été l'objet de soins si intelligents et si persévérants, que la mortalité, autrefois si énorme chez ces infortunés, a été ramenée , à peu de différence prés , à ce qu'elle est dans les familles de l'intérieur de la ville ; on en conserve aujourd'hui un bien plus grand nombre qu'on ne faisait autrefois. C'est de Lyon et de l'hospice de la Charité, au temps de la présidence de M. Terme , que sont parties quelques réformes indispensables dans l'œuvre des enfants trouvés. Mal comprises par des hommes dont les intentions sont respectables , mais qui ont peu étudié ce sujet difficile, elles ont pour objet la suppression, non du tour, mais d'abus très graves, que la religion et la charité n'ont jamais pris sou6 leur protection. On s'est proposé d'interdire l'immoral et meurtrier commerce de l'exposition au tour d'enfants amenés, soit des départements voisins, soit de la Suisse, soit de la Savoie, enfin d'empêcher celle d'enfants nés d'unions légitimes ou provenant de familles qui n'appartiennent pas à la classe pauvre.
$ IV. Créé en 1842, l'hospice du Perron, à Oullins, a été ouvert, le 1er janvier 18fti , pour un service de cent incurables ( quarante hommes , soixante femmes), chiffre fort au-dessous de la grandeur des misères que cette institution a été appelée à soulager. Trois à quatre cents lits suffiraient à peine. Cet hospice, établi dans un ancien château restauré , est entouré de vignobles et de jardins; son exposition est riante et très convenable : on y a obtenu des guérisons inespérées.
On reçoit à l'hospice de l'Antiquaille des maladies spéciales. Au commencement de ce siècle il n'y avait pas d'établissement pour les aliénés ; on enfermait ces malheureux à l'hôpital, dans des cabanons obscurs et hideux que fermaient des barreaux :
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presque tous les fous y mouraient dans des accès de démence furieuse. On s'occupa d'améliorer leur sort , sous le Consulat ; en 1810, un décret de Napoléon ordonna leur admission dans un local particulier, et c'est ainsi que l'hospice commença. Il fit beaucoup avec de très faibles ressources , et a pris un grand développement depuis vingt années; on y admit non-seulement l'aliénation mentale et l'épilepsie, mais encore les maladies cutanées et les affections syphilitiques. Cette maison met aujourd'hui à la disposition des malades 769 lits, ainsi répartis : hommes aliénés 189 , femmes aliénées 219, hommes affectés de maladies syphilitiques 49, femmes 105; vieillards incurables des deux sexes 80; malades de teignes, dartres, etc., i 28. L'admission n'est pas gratuite : la ville paie un franc par jour pour les aliénés à sa charge ; la pension des autres a été réglée à cinq cents francs ; les autres lits sont taxés par jour à un franc cinquante. Cet hospice est au moment d'éprouver aussi une régénération ; quelquesunes de ses salles sont dans un état de délabrement déplorable , et ne conviennent nullement à un service de malades. Trop voisins du bruit de la ville, éloignés des champs et resserrés dans un espace beaucoup trop exigu, les aliénés y sont fort mal; il faut absolument construire pour eux un établissement spécial, et le département y pense *. Les salles neuves qu'ils occupent maintenant seront très bien disposées pour les autres spécialités de l'hospice.
S V. Quoique placé dans les attributions du ministère de la guerre, l'Hôpital militaire n'en est pas moins un monument lyonnais; c'est une création fort belle. Etabli, en 1832, dans une ancienne caserne , il se compose de quatre grands corps de bâtiments , séparés par des cours vastes et bien aérées. Il y a trois étages : les salles des deux premiers sont très convenables pour leur destination ; celles du troisième étage ont des plafonds
f. » L'établissement des frères de Saint Jean- de-Dieu dans la plaine de Saint-Fonds , a quatre kilomètres de Lyon , offre de grands avantages pour le service des aliénés : il met a leur disposition un terrain très vaste, tout en culture et dans de bonnes conditions topographiques; mais il n'y a pas assez d'eau , et l'organisation du service médical pourrait être le sujet de considérations dont je dois m'abstenir ici. Cet établissement ne reçoit que des hommes (environ trois cent quatre-vingts).
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beaucoup trop déprimés; presque toutes ont des parquets frottés et cirés. Les lits sont en fer, et munis de planchettes en bois aux deux extrémités. La promenade des convalescents s'ouvre sur la rue de la Charité ; elle est spacieuse, plantée de beaux arbres , et exposée au midi et au couchant : les officiers du génie militaire ont admirablement tiré parti des localités. Cet hôpital contient neuf cents lits pour le service d'une garnison de dix mille hommes, proportion très convenable que ne présentent point , à beaucoup près , les hôpitaux civils. Depuis l'application large , complète et constante qu'on a faite à cet établissement des lois de la salubrité , la mortalité y est descendue au degré le plus minime : c'est un hôpital-modèle.
§ VI. Les hôpitaux et les dispensaires prennent soin des indigents malades ; un autre genre de pauvres réclame la sollicitude de l'administration : ce sont ceux que des infirmités , ou , ce qui est plus ordinaire, des habitudes invétérées d'oisiveté et de vagabondage , placent en permanence sur la voie publique , et pour qui la mendicité est une spéculation. On a institué pour eux un établissement dans lequel ils sont recueillis, logés, vêtus, chauffes, et astreints à un travail mesuré à la force physique de chacun. Leurs aliments sont sains et en quantité suffisante : on donne à cette classe particulière de détenus de l'excellent pain , de la viande , des légumes , du vin ; ce régime est fort convenable. Tout individu trouvé en flagrant délit de mendicité sur la voie publique , est conduit à cette maison ; quelques vagabonds y sont envoyés de la prison de Perrache. Cet établissement est situé à mi-coteau de Fourvière, sur un emplacement vaste et dont l'exposition, à l'Est, est excellente. Il est administré par un conseil composé de trois membres ; trois frères de l'ordre de Saint-Joseph sont chargés du service de l'infirmerie et de la surveillance des ateliers; des religieuses, appartenant à la même communauté , ont dans leurs attributions la lingerie, le réfectoire, la cuisine, la pharmacie et la division des femmes. Il y a dans l'établissement un directeur , un aumônier, un régisseur et un inspecteur ; un médecin fait la visite des malades. Cette maison contient environ deux cent cinquante mendiants, plus ou moins valides: ce nombre est
beaucoup trop considérable pour sou étendue; elle n'a été d'ailleurs appropriée qu'assez imparfaitement à sa destination ; les ressources financières étaient fort insuffisantes. Cette institution a rendu de grands services : la mendicité pesait d'un poids fort lourd sur le Lyonnais ; elle était , dans l'intérieur de la ville , un inconvénient de tous les moments. On se rappelle l'énorme quantité de vagabonds de toutes sortes qui garnissaient les deux côtés de la longue montée de Fourvière; ils avaient fait une profession de la mendicité : ce n'est pas sans efforts que l'administration est parvenue, jusqu'à un certain point, à réprimer ce fléau dans Lyon et hors de Lyon. Quoique dans les. attributions du préfet, à certain titre, le Dépôt de mendicité a conservé le caractère municipal : le maire a reçu l'autorisation de traiter, moyennant une pension journalière déterminée, de l'admission des individus inculpés de mendicité et arrêtés hors du territoire de la ville ; il accorde à l'établissement une subvention annuelle de quarante mille francs.
$ VII. Les ouvriers valides et laborieux ont souvent des travaux qui ne leur permettent pas de s'occuper de leurs enfants en bas âge; obligés d'aller à leur journée, quelques-uns ne peuvent prendre aucun soin de leur jeune famille : ceux-là même qui sont dans des conditions meilleures ont rarement la possibilité de donner, à de petites filles ou à de petits garçons, cette éducation première qui a tant d'influence sur le reste de la vie. Abandonnés à eux-mêmes , les enfants du peuple sont exposés à mille accidents divers, et prennent facilement le goût du vagabondage ; ils perdent un temps précieux. C'est pour faire cesser des inconvénients si graves qu'une pensée éminemment philanthropique a institué les salles d'asile et les crèches, une des plus belles créations de la bienfaisance publique. Reçus tout le jour, depuis Page de deux ans jusqu'à six, dans des salles bien chauffées et fort bien tenues, les enfants y retrouvent non-seulement tous les soins maternels , mais encore un commencement d'éducation intellectuelle et religieuse. Point de tristesse, point de larmes; des jeux bien dirigés reposent les enfants du travail sans fatigue qui leur est imposé. Cette population si impressionnable contracte de bonne heure des habitudes de propreté, de discipline et d'obéissance ; elle est plus facile à gouverner que celle des
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collèges. Un asile se compose d'un préau pour les récréations , et de deux salles au rez-de-chaussée , l'une pour l'étude , l'autre pour les repas et les jeux lorsque le temps est à la pluie. Etablie à Lyon en 1832, l'institution y a fait en peu d'années des progrès très rapides, grâces au zèle ardent des dames lyonnaises qui l'ont prise sous leur protection: elle commence à s'étendre dans les petites villes voisines et dans les communes rurales. Quinze cents enfants sont reçus chaque jour dans les asiles de la ville; ce nombre est en progrès : on a fait beaucoup, mais on fera davantage encore. L'allocation votée, pour l'entretien des asiles, par le Conseil municipal n'était d'abord que de 14,625 fr. ; elle a été portée progressivement au chiffre de 29,725 fr. C'est en \ 847 que l'institution des crèches a commencé à Lyon ; elle y réussira bien certainement: la crèche-modèle a été établie sur la paroisse Saint-Paul. Une commission s'est formée spontanément pour hâter le succès de cette belle œuvre.
§ VIII. L'ouvrier chargé d'une famille n'a pas toujours du pain à lui donner; son salaire est souvent insuffisant, il manque quelquefois d'ouvrage; cependant il faut vivre: de petites sommes lui seraient nécessaires pour attendre des jours meilleurs , où les trouvera-t-il ? qui lui prêtera ? des usuriers qui spéculeront sur son ignorance des affaires et sur sa misère. Un décret impérial de 1840 a fondé le Mont-de-Piété de Lyon , et a dévolu à l'hospice de l'Antiquaille le bénéfice net fait par l'établissement. C'est sur nantissement que le Mont-de-Piété fait des prêts ; l'intérêt a été réduit de douze à dix pour cent : c'est beaucoup encore , et cependant c'est infiniment moins que n'exigeaient les prêteurs à la petite semaine, avant la création de l'institution. Depuis quinze années, les prêts augmentent en nombre et en valeur: il n'y en eut, en 1832 , que quatre-vingt-quatre mille ; ce chiffre a presque doublé en 1845. Une augmentation tellement considérable ne saurait être expliquée par l'accroissement progressif de l'institution. Les quatre cinquièmes des emprunteurs devancent de plus de moitié le délai accordé pour le remboursement ; un vingtième seulement reste hors d'état de retirer le gage ou d'en renouveler le dépôt. Il est donc évident que le recours, devenu si fréquent, au Mont-de-Piété n'exclut pas, chez tous les emprunteurs, des habitudes d'ordre et d'économie. Voici quel a
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été le mouvement général du Mont-de-Piété de Lyon pour Tannée 1845 : nombre total des prêts, 150,000; chiffre total des sommes empruntées , 2,357,000 fr. : c'est un mouvement d'environ cinq cents gages pour chaque jour ouvrable. Sur les 150,000 prêts, 3,000 environ ont dépassé la valeur de cent francs, sans s'élever , en moyenne , au-dessus de cent cinquante francs. Nulle part les frais généraux des Monts-de-Piété ne sont moindres qu'à Lyon.
§ IX. Je viens de montrer la pauvreté qui oblige l'ouvrier d engager ses effets mobiliers au Mont-de-Piété, le vagabondage et la mendicité que réprime la maison de dépôt; j'ai parlé des crèches et des salles d'asile ouvertes à de petits enfants dont leurs parents ne peuvent prendre soin, et de nombreux hôpitaux dans lesquels sont reçus quatre mille malades civils et militaires, ainsi que plusieurs centaines d'incurables. Mais rien n'est plus varié que les formes de la misère dans les grandes villes ; on y rencontre à chaque pas, soit dans l'ordre moral, soit dans l'ordre physique, des maux qui ont échappé à la prévoyance de l'administration , des infortunes sans nom et sans mesure, qu'il faut bien cependant soulager. Une fondation déterminée de bienfaisance est venue presque toujours au secours de chacun de ces genres d'infortune, et c'est surtout ici que la bienfaisance des femmes de Lyon s'est montrée ingénieuse et inépuisable. Je ne pourrai , bien certainement, énumérer toutes ces variétés de secours publics; aussi me bornerai-je à indiquer les principales. Les jeunes filles incurables sont reçues dans l'utile établissement fondé, en 1819, auprès de l'église d'Àinay, par Mademoiselle Perrin, et servi maintenant par des sœurs de Saint-Joseph; les pauvres femmes incurables délaissées ont trouvé un refuge dans la maison des dames veuves du Calvaire ; les vieillards, dans le même état, ont pour asile quatre hospices charitables institués par le curé Alhumbert, par les dames de la Miséricorde, par les sœurs de Saint-Charles et par Mademoiselle de la Barmondière. Une dame de Lyon , Anne Denuzière , morte en 1 829 , a fondé une institution pour l'admission gratuite d'un certain nombre de jeunes garçons pauvres et orphelins dans un établissement qui les forme au travail jusqu'à l'âge de vingt ans. D'autres orphelins et orphelines sont recueillis par l'œuvre de la Providence que le curé
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Menaide a établie , en 1840 , à Fourrière; par la Providence que le testament de l'abbé Caille a instituée, en 1842; par la Providence des Jeunes-Economes aux Chartreux , fondée en 1 804 par Madame Bureaux de Puzy, et par d'autres maisons encore. De jeunes filles pauvres sont formées aux bonnes mœurs et au travail dans les Providences de l'abbé Coindre, de Saint-Louis-de Gonzague , de Mademoiselle Desmarets , dans celle de la Croix- Rousse et dans celle de Jésus et de Marie , à Fourvière. De jeunes garçons abandonnés apprennent le tissage des étoffes de soie et sont nourris et vêtus par la Providence de l'abbé Collet , à la Croix-Rousse. De malheureuses filles sans état et corrompues , mais cependant susceptibles encore d'une régénération morale , sont reçues dans le Refuge des sœurs de Saint-Michel , constitué à Saint-Irénée, en 1811 , par le cardinal-archevêque Fesch; dans le Refuge des filles de Notre-Dame de l'Antiquaille, œuvre de l'abbé Dupuy , en 1824 ; dans l'établissement des sœurs du Bon- Pasteur d'Angers, au château dit du Diable, et dans la Providence de Bethléem , une des succursales de l'œuvre du Patronage des dames. Le Refuge de la Solitude , au quartier de Montauban , fondé, en 1821 , par l'abbé Besson, s'ouvre pour les femmes libérées qui, à l'expiration de leur peine, sont dans l'impossibilité de trouver des moyens d'existence. Les Charlottes, ainsi appelées du nom de leur fondatrice Charlotte Dupin , portent des secours aux prisonniers , et font des quêtes dont le produit leur est destiné. Les sœurs de la Marmite distribuent aux indigents des soupes , du linge , des remèdes , du charbon. La Société de Patronage s'occupe du placement, soit comme apprentis, soit comme ouvriers, des jeunes libérés de la maison pénitentiaire ; elle leur assure un protecteur, un appui , et encourage leur bonne conduite par tous les moyens qu'elle juge convenables. Fondée en 1835 , elle se compose de souscripteurs en nombre illimité; depuis 1841 , sa sollicitude s'applique à de jeunes garçons qui n'ont point encore été l'objet de poursuites judiciaires, mais dont la conduite donne des inquiétudes. Une société analogue très récente, instituée par une réunion de dames lyonnaises, fournit un asile et procure, par le travail , des moyens d'existence aux orphelines, aux vagabondes, aux convalescentes sans ressources, qui sortent de l'Hôtel-Dieu, et surtout aux jeunes
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filles que la mauvaise conduite de leurs parents expose au vice. C'est encore dans la même pensée morale, pour arracher au libertinage ses victimes, que l'association de Saint-François-Régis a été fondée ; elle procure gratuitement aux pauvres des deux sexes les pièces nécessaires à leur mariage: en J8Û5, elle a terminé quatre cent trente-deux mariages, et fait légitimer cent cinquantetrois enfants ; en 48&6, trois cent quatre-vingt-seize mariages ont été célébrés par ses soins , et cent soixante-dix enfants ont été légitimés.. Treize cent trente-huit ont obtenu cet avantage depuis la fondation de l'œuvre , et il y a eu trois mille vingt-neuf mariages. Une autre Société, celle de Saint-François-Xavier, instituée à Lyon depuis trois années, a pour objet de préserver les ouvriers des doctrines qui tendent à désorganiser l'ordre social , d'effacer en eux les préventions qu'ils pourraient avoir contre la religion, et de les amener à des habitudes honnêtes et chrétiennes, en leur parlant le langage de la vérité. Elle vient aussi au secours des artisans malades , et cherche à suppléer à la suspension ou à l'insuffisance de la journée du père de famille , au moyen de rétributions versées annuellement par les sociétaires. Je n'ai rien dit encore de l'association des Hospitaliers, de la Société de Saint •Vincent- de -Paul, de la Société de l'Enfant- Jésus, de l'œuvre des Veilleuses et de l'œuvre de zèle pour le service des pauvres , des malades , des enfants sans secours , et pour l'instruction religieuse des prisonniers. De si utiles institutions, pensées d'une haute moralité, ne pouvaient pas être oubliées dans les annales de la ville des aumônes; les noms de leurs fondateurs sont beaucoup plus dignes d'une mention que ceux de tant d'écrivains dont l'histoire littéraire exhume si complaisamment les ouvrages mauvais ou médiocres. De bonnes actions, des institutions qui viennent au secours de la misère du pauvre , sont, de tous les litres de gloire, le plus légitime et le plus éminent.