‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 10 sur 364 · XV!*" SIÈCLE. — GDBBBBS DB REU6I0N A LYON · texte numérisé non relu

XV!*" SIÈCLE. — GDBBBBS DB REU6I0N A LYON

Ie9 portes de cette grande ville si peuplée, une multitude de protestants fiirent arrêtés et jetés dans les fers, par l'ordre du gouverneur François Mandelot, qui voulait, disait-il, les soustraire à la rage du peuple en les mettant ainsi sous la garde de la prison royale. Mais, chemin faisant, beaucoup de ces malheureux furent massacrés dans des rues obscures par les misérables qui les conduisaient, et précipités aussitôt dans la Saône et ds^ns le Rhône. Un certain Boidon, couvert de tous les genres de crimes, était le chef principal et Finstigateur des assassins; il eut une fin digne de sa vie : un arrêt judiciaire, rendu à Clermont en Auvergne , prononça plus tard contre lui la peine capitale. Trois jours se passèrent à faire la recherche des suspects d'hérésie et à dévaster leurs maisons; le qualrième (ven-

pneinto d^Utoribiu el indicibus proposito. Sub vesperam iidcm lanii ad Rodamnenseip publicam carcerem Teniunt, et novo crudelitaiisgcnere iu vincloa saDvitint , laqueisque in colla iosertis miseros cruc'aiit , et scmiueces ad lluiiicn pro^^îmuni raptant. No^ seqneos rapinis ac casdibus traducta. Supellex aidibiis , roerces ofHcinis ex|)Oj1aln . Jalitantes 6 latQbrift per indicia eruti , fréquentes in Ouvîuni abjecli. Trucidatorum cadavcra in archiopiscopalium a;dium area jaceniia , borrore spectaciili offensus , Mandelolus navibus impoiii Jasaei^t ut ad citeriorem ripam transportata in Albanacensis caenobii cœmeterio , ulû olim ara Lngdanensis fuit, sepelirentur ; inissi Tespillones, qui eam rem curarent. Veram cum monacbi te id minime passuros demonslrarent , cadavera illa sepulla indigna diciilantcs , dalo signo fit ooocnrsus , el a plèbe efferala in fluvium prxcipitantur , opimioribus cadaveribus ad adipem conficiendam pliarmacopolis id desposcenlibus coDccssis. Id iia ab iis , qui haec recentibus odiif acripserunt , proditum. Nec bic sietil occidendi licenlia : nam aliquanto lempore posl Darulîi fratres, magni nominis mercatores , Labessacus , Galtcrus et Flocardus, bonesti cives, e carcere educli ac sicis jugulati in Rbodaoum projiciuntur. Eamdem fortunam experlus est Claadius Gaudimelus, excellcns noslra «tate musicus , qui psalmos Davidicos , vemaculis versibas a Clémente Marotoet Theodoro Beza espressos, ad varies et jucundissimos modulalionam nomeros aplavit , quibus et hodie publiée in concionibus proteslantium ac privatim décantant. Inter lot csdes elapsi praesidiarioruro ope et Mantx praefccti benignilate plerique , et înter eos Jo. Ricaldus et Antonius Callia urbis pastores , cum Joanues Aiiglus prîroarius pas-

tor primo tumullu inlerfectus fuisset Ad I3CCC omnis generis et sexus immaniier occisi

perhibentur. Interfeclofuro cadavera per Rbodanum supematantia tanto concursu ad Turnonium coaçervafa sunt , ut ripas comptèrent , et oppidani casu inopinato terrili , tanquam hostia adessel , ad arma conclamarent ; mox borrore percuisi , et sceleris auctores detestati , quamvis a protestantium religioue alieni essent , homines adhibuenint , qui ad aroovendum spectaculum rapido fluctu delata corpora contis a ripa averterent. Tam horrendum spectaru • lum et bomines aversati sunt Vienn» , Yalentiae , Burgi , Vivarii , ad Spiritus fanum , ctiam Avenione Cavarum , ubi majus Pix>testantîum odium. Arelate vero , ubi pnteorum et foniium peouria aquam e fluvio vicino haualam potant , ultra facinoris deteslationem gravissimo incommodo oppidani conflictati sunt , cum eau piscium et aqua , qott lpn« e solo Rhodano suppetunt, uli notient, et a conspectu fluminis ipsius abborrerent. » {lBCkm{Jac*'jé^ç,) Historiarum lib. LU. Londini, 1733, HT ,142.)

TÊPRES LYONNAISES. — XVl^ SIÈCLE. 689

dredi 29 août), un citoyen de Lyon, du Peyrat , qui avait reçu naguère le cordon de Saint-Michel , ordre qu'avilissaient tant de gens indignes auxquels on le donnait depuis longtemps, vint à Lyon avec des instructions particulières de la reine , de Claude Rubys et d'autres conseillcrs-échcvins de la même trempe , qui étaient chargés des affaires de la ville à Paris et à la cour. Ces lettres racontaient ce qui s'était passé à Paris; elles ajoutaient que le roi ordonnait aux Lyonnais de suivre l'exemple des Parisiens , et que telle était sa volonté. Quoiqu'il passât pour être dévoué à la faction de Guise, le prudent Mandelot s'effraya de Tatrocité de la chose , et obtint quelques jours de retard de la multitude impatiente, pour avoir le lemps, disait-il, de réfléchir et de recevoir des lettres du roi qu'il attendait d'un instant à l'autre. Il fit inviter ensuite , par le crieur public , tous les protestants à se rendre dans son hôtel, afin d'y apprendre de lui la volonté du roi à son égard. Ces malheureux sortent aussitôt de leurs retraites, et se rendent chez lui, comme s'ils avaient dû y trouver la protection royale. Mandelot les fait conduire en diverses prisons : celle de Roanne, en effet, ne pouvait suffire à une si grande multitude. Sur ces entrefaites , arrive en poste Pierre d'Auxerre , homme d'une per\'ersité naturelle et connu par le scandale de ses débauches. Il n'est porteur d'aucune lettre, et , comme si la parole d'un personnage si digne devait avoir assez de poids et obtenir une confiance suffisante , il déclare que la volonté du roi et de la reine, c'est l'extermination, sans ordre nouveau de leur part , de tous les protestants emprisonnés et de tous ceux qu'on pourrait saisir. Vaincu par la foule qui l'entourait et que d'Auxerre avait informée de sa mission, Mandelot se rendit, et se tournant vers le porteur de la fatale sentence : «Je dirai, dit-il, « ce que le Christ dit autrefois à Pierre : « Que ce que tu lieras « soit lié , que ce que tu auras délié soit délié. » Tous courent aussitôt au meurtre et au pillage ; deux misérables, prêts pour tous les crimes, Mornieu et Le Clou, se joignent à Boidon. Le bourreau leur était nécessaire pour ce qu'ils voulaient faire; mais, tout en se déclarant prêt à obéir au mandat légal qu'il recevait des magistrats, il refusa son ministère , et dit qu'il ne voulait point se mêler de ces meurtres et se fatiguer de ces exécutions en masse. Boidon s'adressa aux officiers de la garnison ; indignés de cette

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proposition , ils s'écrièrent qu'ils n'étaient pas des bourreaux , qu'ils n'avaient reçu aucune offense de ces malheureux , et que l'action honteuse qu'on leur demandait était incompatible avec l'honneur militaire. On eut recours à des hommes perdus de la lie du peuple; aucun, quelque infâme qu'il fût, ne voulut accepter. Enfin, cette offre que tous repoussaient, on la fit aux trois cents hommes de la garde urbaine, et ce que des étrangers et le bourreau avaient refusé d'exécuter, ces gardes l'acceptèrent avec joie contre leurs concitoyens. On choisit parmi eux les hommes les plus tarés (c'est le dimanche que ceci se passa): ces brigands coururent d'abord à l'église des Cordeliers , puis au couvent des Célestins , et ils massacrèrent tous les protestants qu'on y gardait. Tandis que François de Mandelot , accompagné de Saluce de la Mante, commandant de la citadelle, s'était rendu au faubourg du Rhône pour apaiser un tumulte excité par le peuple , ces hommes forcèrent la prison de l'archevêché où l'on retenait , par l'ordre du gouverneur , trois cents protestants notables; ils se précipitèrent sur ces malheureux qui imploraient l'aide de Dieu et des hommes , et les égorgèrent cruellement après les avoir soigneusement dépouillés de leur bourse. Ce fut un affreux spectacle que celui des fils attachés au cou de leurs pères, des pères embrassant leurs fils, des amis, des frères s'exhorlant mutuellement au courage et tombant comme du bétail sous les coups de bateliers, de porte-faix et de bouchers, pendant que la ville entière retentissait de clameurs, de lamentations et de hurlements. Mandelot revint de la Guillotière précisément au moment où tout était terminé, et, comme si l'attentat avait été commis à son insu ou malgré lui, il montra une indignation apparente , se rendit sur la scène du carnage , assisté du procureur royal, pour informer sur ce qui s'était passé ; et, après avoir fait recueillir les preuves par un notaire, il fit inviter par un crieur public, avec une dissimulation ridicule, ceux qui connaissaient les auteurs de ce crime à en révéler les noms, et promit cent écus aux témoins et aux délateurs.

c< Aux approches du soir, les mêmes bouchers se rendirent à la prison de Ro.inne , et exercèrent sur les détenus des cruautés d'un nouveau genre : ils passèrent une corde au cou de ces malheureux, et les traînèrent à demi-morts à la rivière voisine.

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