‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 106 sur 364 · PALAIS DE JUSTICE — XIX*' SIÈCLE. 1 I · texte numérisé non relu

PALAIS DE JUSTICE — XIX*' SIÈCLE. 1 I

pal, aidés par le concours du Gouvernenient , volèrent 1 érection de cet édifice : il y eut quelque hésitation sur l'emplacement qu'on choisirait. Le quartier Perrache ofirait le grand avantage d'un espace de dimensions en quelque sorte illimitées; le quartier de rOuest avait une position plus centrale et un droit acquis : il obtint la préférence. On donna pour périmètre au Palais de Justice l'intervalle compris entre les rues Trois-Maries et Portefroc d'une part, et de l'autre le port de Roanne et le côté oriental des maisons de la rue Saint-Jean. Une prison , dépendance obligée du Palais, eut cette rue pour limite à l'Ouest. Ces dispositions prises , Baltard , architecte imposé pour Tédifice, se mît à l'œuvre; on sait quels ont été les résultats de ses travaux : tout fat sacrifié à l'effet d'une colonnade d'ordre corinthien plaquée contre un vaste corps de bâtiment sans symétrie , et écrasée par une énorme maison qui en est voisine. Rien de plus incommode que la distribution intérieure : la prison est trop étroite, peu sûre et médiocrement salubre; elle manque d'air et de lumière. Ce malencontreux Palais, qui n'est point encore terminé , a pesé d'un poids énorme sur le budget de la ville et du département du Rhône.

Baltard ne fat guère plus heureux dans la construction de la prison de Perrache, autre monument de la Restauration à Lyon. Lorsque l'administration eut décidé qu'une maison de correction serait bâtie en remplacement de celle de la rue Saint-Joseph , elle désigna d'abord un emplacement sur la rive gauche de la Saône , non loin du cours du Midi ; mais un lieu semblable avait de graves inconvénients sous le rapport de la salubrité, on en choisit un autre, dans des conditions bien meilleures, sur la rive droite du Rhône. Bâtie avec peu de solidité pour une population présumée de deux cents détenus , la maison de correction devint insuffisante quand elle en reçut quatre cents. Cet inconvénient ne saurait être reproché à l'architecte; mais Baltard est responsable de l'incommodité des aménagements intérieurs. Huit corps de bâtiments isolés par des cours et liés par des galeries composent Tédifice; ils renferment diverses catégories de prisonniers , qui n'ont pas de communications ensemble. Cent vingt enfans occupent deux de ces divisions; ils reçoivent dans l'établissement une éducation élémentaire complète , et apprennent

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sur les deux rives de la Saône pour le voir passer. On lui offrit , le 8 , un banquet patriotique : MM. de Corcelles , Couderc et Alexis de Jussieu prononcèrent des discours dont quelques paroles étaient prophétiques. Le général, à son départ , fut salué par de chaleureuses acclamations ; il avait été pris comme un drapeau par Topinion publique alarmée et indignée. Si M. de Brosses eut suivi son premier mouvement , il eût interrompu par une manifestation vigoureuse le cours de cette ovation menaçante; mais Lafayette et ses amis n'avaient pas dépassé les limites de la légalité. C'eût été d'ailleurs une mesure hasardeuse ; il ne s'agissait pas, au mois de septembre 4829, d'un mouvement sans but et conduit, comme celui de 1817, par quelques hommes sans consistance : M. de Brosses avait en face de lui une partie de l'élite de la société lyonnaise , des hommes considérables et en grand nombre , tout un peuple enfin qui n'aurait pas accepté paisiblement un acte arbitraire. Le préfet reçut quelques jours après un autre enseignement ; il y eut, le 1 2 septembre, une touchante cérémonie au tombeau de Mouton-Duvernet : vingt mille citoyens s'étaient rendus à Loyasse dans le plus grand ordre , le crêpe au bras ; plusieurs discours forent prononcés , on remarqua celui du général Bourguignon. Un journal rédigé avec talent servait d'organe aux idées libérales ; enfin diverses sociétés secrètes, dont je n'ai point à faire l'histoire, agissaient dans le même sens , quoique avec moins de succès peut-être.

L'expédition d'Alger ne donna point le change à l'opinion , et le peuple ne prit aucune part à la fête que le lieutenant-général Paultre de Lamothe improvisa pour faire honneur au maréchal de Bourmont , ministre de la guerre. Arrivé à Lyon le 28 avril 1830, à cinq heures du soir, le duc d'Angoulême n'entendit point le sourd frémissement des masses au travers de son entourage doré. Il descendit à l'hôtel de la Préfecture au bruit de salves d'artillerie; une batterie de bombes avait été placée sur le fort Saint-Jean , tous les édifices publics étaient illuminés, et les troupes de la garnison formaient la haie. Elles furent passées en revue par le prince le lendemain matin à sept heures; c'étaient le 6** et le 40* régiment de ligne, et le 10* régiment de chasseurs à cheval. Aussitôt après eurent lieu les présentations , puis le duc partit pour Valence. Il revint le 11 mai : une cavalcade

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d'honneur, composée de cent quarante jeunes gens, et conduite par le lieutenant-général Paultre de Lamothe qui avait pour le duc d'Ângoulème une afiection particulière , alla au-devant de S. A. R. Les chefs de Tinstitution Aynès et Sauvignet avaient fait ériger un arc de triomphe sur la route de la Guillotière , au lieu des Hirondelles. Le cortège arriva à Thôtel de la Préfecture a cinq heures et demie du soir. M. d'Haussez , ministre de la marine, y était descendu à trois heures. Le lendemain, malgré le mauvais temps , S. A. R. se rendit à la nouvelle prison de Berrache et y fut reçue par le président de la Commission administrative. Elle alla ensuite voir les chantiers de MM. Seguin, près de la caserne de Tindiennerie ; M. de Lacroix-Laval lui présenta le plan nouveau de la presqu'île de Perrache , et fut écouté avec intérêt. Le duc visita l'entrepôt des sels , dont le caractère monumental parut lui plaire ; il quitta Lyon le 1 6 , après avoir reçu l'institution des sourds-muets. Pendant ..ces démonstrations officielles, les événements et l'opinion marchaient : Lyon avait fait ses derniers adieux aux Bourbons de 1^ branche ainée.

$ IX. Un bruit vague de la publication , par le Moniteur, des •ordonnances de juillet , circula dans Lyon le 28 : on annonçait un coup d'état. Le numéro de ce jour du journal le Précurseur parla de ces rumeurs encore incertaines, et s'exprima avec énergie. Le lendemain il déclara qu'un ministre coupable avait brisé le palladium du trône , et que la charte était violée i des lettres particulières confirmèrent le fait. Sommé le 29 par un commissaire de police de reconnaître la suspension de la liberté de la presse , le Précurseur s'y refiisa ; seul de tous les journaux de la ville, il ne fit pas sa soumission, et repoussa comme illégaux et attentatoires à la propriété les actes qu'on lui notifiait. Il paraîtrait , disait-il , tant qu'une force majeure ne lui en ôterait pas la possibilité , ce qu'il fit en efiet : son imprimerie fut envahie par des agents de police au nom du préfet; le jommal n'en fut pas moins publié , quoique mutilé.

Cependant l'agitation croissait parmi les Lyonnais; ils savaient

qu'on se battait à Paris. Le 31 juillet, quelques-uns d'entre eux se

• rendirent auprès du préfet et lui demandèrent , dans l'intérêt du

maintien de la tranquillité publique , l'autorisation de se const.i-

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tuer en garde nationale. Surpris désagréablement par cette com* munication , M. de Brosses exigea une demande par écrit. Des attroupements considérables se formèrent aux Broteaux , sur la place des Terreaux et sur les quais. Une proclamation du préfet^ qu'on afficha dans la soirée , ne calma nullement Tauxiété géné^ raie; des postes nombreux de troupes de ligne et des piquets de cavalerie observaient les groupes. Toute la ville attendait avec la plus vive inquiétude des nouvelles de Paris; on remarqua que les armoiries royales avaient été mutilées et bifi'ées sur les panneaux des messageries^ et déjà on pressentait les premiers succès du peuple. Une commission provisoire se forma pour diriger le mouvement de Lyon et accélérer l'organisation de la garde nationale : comme elle ignorait les événements de Paris y son rôle n'était pas sans danger ; elle fit preuve d'activité et de courage.

Une députation de citoyens fit, le 31 juillet, de nouvelles instances auprès de M. de Brosses pour obtenir de lui l'invitation de constituer la garde nationale. Le préfet répondit encore d'une manière évasive : ce qu'il voulait, c'était gagner du temps. Le lieutenant-général Paultre de Lamothe ne recevait point d'ordres du" Gouvernement; moins résolu que M. de Brosses, sans doute parce qu'il avait une responsabilité plus grande , et qu'un mot de lui pouvait faire couler des flots de sang , il ne savait à quelles mesures s'arrêter. Désavouée par l'autorité , la garde nationale prit le parti de se constituer elle-même : en peu d'heures quinze cents hommes furent équipés et armés. Cette milice citoyenne avait une grande force morale; elle demanda instamment à occuper l'Hôtel-de- Ville , où se trouvaient réunis le lieutenant-général, le préfet et le premier adjoint au maire, le courageux M. deVerna. M. de Brosses refusa; il fit afficher dans la journée une proclamation dans laquelle il invitait le peuple de Lyon à la confiance: il ajoutait que l'administration avait vu avec inquiétude des rassemblements se former et s'organiser sans le concours d'aucune autorité légale , et qu'elle s'occuperait de la formation d'une garde urbaine , expression qui fut remarquée. Le U^ régiment de chasseurs à cheval arriva dans la soirée , et eut peine à se frayer un passage au travers de la population descendue tout entière dans les rues. A cinq heures et demie du

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soir, les gardes nationaux furent enfin admis dans Tintérieur de l'Hôtel-de-Ville, dont ils firent le service concurremment avec la troupe de ligne. Ainsi, la révolution s'était terminée à Lyon sans effusion de sang et sans qu'on y eut encore reçu la nouvelle de la victoire du peuple de Paris. Une dépêche télégraphique, adressée le i^' août au lieutenant-général, lui reprocha son silence après la communication qu'il avait dû recevoir le 31 , et le rendit responsable du sang qui serait versé. Le général Paultre de Lamothe n'avait déjà plus sa liberté d'action ; on le surveillait de près , et il était en quelque sorte prisonnier. Le général Verdier fut appelé au commandement de la garde nationale.

M. de Brosses résistait encore au mouvement populaire le lundi 2 août; indiff*érent au danger qu'il pourrait courir, il fit arborer le drapeau blanc sur la galerie de la Préfecture. Cette manifestation imprudente pouvait avoir les suites les plus graves; le peuple indigné poussait de grandes clameurs, et menaçait d'envahir l'hôtel. La garde nationale, qui occupait le poste, déclara qu'elle ne répondait plus du maintien de la paix publique; cependant le préfet s'obstinait , et il fallut le contraindre en quelque sorte pour arracher de lui l'autorisation tacite de retirer le drapeau. Dans la journée, les prisonniers à Saint-Joseph se mirent en pleine révolte, repoussèrent et maltraitèrent leurs gardiens, brisèrent tout ce qui leur tomba sous la main et se barricadèrent. Sommés de rentrer dans l'ordre , ils résistèrent à toutes les injonctions, et répondirent en lançant à la force publique des menaces et des projectiles ; il fallut faire feu Deux de ces malheureux furent tués.

Le â août, le drapeau tricolore fut inauguré dans la matinée sur le balcon de l'Hôtel-de-Ville, en présence d'un corps nom- ,breux de gardes nationaux , des troupes de la garnison , et d'une multitude de citoyens étonnés de ce spectacle et qpii en croyaient à peine leurs yeux. Le général Verdier remit à la milice citoyenne le drapeau aux couleurs nationales , et le défilé eut lieu devant lui. Bientôt après le général Bachclu vint prendre le commandement de la dix-neuvième division militaire; il constitua la municipalité provisoire en vertu des pouvoirs qui lui avaient été délégués par le duc d'Orléans , lieutenant-général du

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