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sons de fabrique. Il se rendit sur un paquebot à vapeur à Tlle- Barbe , mêlé aux canonniers de la garde nationale dont il avait revêtu runiforme , et visita le bel établissement de MM. Berna et Sabran , à la Sauvagère. Un bal fort beau lui fut donné le soir par la garde nationale ; il y vint de bonne heure , dansa beaucoup , se mêla constamment aux groupes , et se montra jeune homme d'excellentes manières et d'une distinction parfidte. Le duc d'Orléans partit de Lyon le 21 , après avoir remercié les Lyonnais de l'accueil cordial qu'il en avait reçu , par une lettre gracieuse adressée au préfet.
La ville avait présenté un aspect fort animé pendant les trois Journées du séjour du prince; magasins et ateliers s'étaient fermés spontanément : cette joie et cette concorde ne devaient paç avoir une longue durée. Il y avait eu beaucoup de misère pendant l'année 1831, et plusieurs milliers d'ouvriers étaient toujours sans ouvrage. Encombrés d'étoffes et sans commissions y les fabricants s'étaient vus obligés de réduire de plus en plus les salaires ; de terribles événements s'approchaient.
S II. Seize ans se sont écoulés depuis le fatal mois de novembre 1831 : pendant ce long espace de temps, beaucoup de révélations ont été faites; chacun a dit ce qu'il savait. On peut donc raconter aujourd'hui les journées de novembre 1831 et d'avril 183& avec une connaissance complète des faits, et sans courir le risque dlrriter des passions politiques amorties depuis si longtemps. Désintéressé dans ces débats et sans engagements personnels, l'historien de Lyon n'a point à se commettre dans la mêlée d'opinions dont le choc a eu de si terribles conséquences ; il doit se maintenir avec calme et sérénité au-dessus de la polémique des partis, et il serait inexcusable, si, rapporteur infidèle des faits , il se servait de sa position de juge pour raviver des querelles à jamais éteintes. Ouvriers et soldats étaient de la même famille , et avaient le même sentiment intime de la bonté de leur cause : victimes d'une lutte qui leur était étrangère, ceux-ci succombèrent pour obéir au devoir du soldat ; ceux-là moururent pour repousser une agression et pour maintenir une concession qu'ils considéraient comme un droit acquis. Le sang qui a coulé des deux parts appartenait à la France ; son
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effusion impie sera pour elle à jamais un objel de regreis ot de larmes. ^
Quelques mots sur la situation des classes laborieuses à Lyon, ati mois de novembre 1881 , sont peut-être nécessaires pour Fintelligence des événements. Depuis un quart de siècle les ouvriers en soie avaient cessé d*étre ce qu'ils s'étaient montrés avant la révolution de 1789, une nombreuse catégorie d'artisans formant une race à part et physiquement dégradée. Logés dans les masures sans air et sans soleil des vieux quartiers de la ville , entassés dans des ateliers infects à Saint-George , à la Grand'Gôte , et dans des rues de l'intérieur , étroites , sombres et toujours humides; mal payés, mal nourris, étrangers à toute instruction élémentaire , ces ouvriers étaient facilement recoimus entre tous à leur langage , à leurs manières , à leur démarche , et surtout à l'air souffrant et maladif du plus grand nombre : mais la Révolution de 1789 amena un changement heureux dans leur condition matérielle. Sous le Consulat et sous l'Empire on bâtit pour eux, et en grand nombre , dés maisons très bien disposées quant à la salubrité ; une ville neuve , la Croix-Rousse , s'éleva pour les recevoir. Mieux logés et mieux payés , ils se nourrirent mieux; leur constitution physique s'améliora sensiblement , leur intelligence grandit, et le type curieux de l'ancien canut disparut pour toujours. Tout entiers à leurs travaux , et employés de bonne heure dans l'atelier, les ouvriers en soie tie s'occupèrent pas de politique; on ne les vit point prendre part à la Révolution de 1830 : spectateurs impassibles des événements, ils attendaient pacifiquement le gouvernement que la Frààce voudrait bien se donner. Ce qui leur importait, c^était le prix de la main-d'œuvre , et la question des salaires passait chez eux bien avant la question politique. Sans avoir contracté des besoins factices , ils avaient plus d'occasions de dépenses , par cela même qu'ils étaient mieux logés , vêtus et
I . — Mêlé à difers titres aux diCférentet scènef de ce drame, et en position d'être bien iofonm^ par mes relations personnelles avec les principaux acteurs des deux partis , j'ai suiri lavec \e plus vff intérêt la mardie des événements. J'en parierai sans passion , et avec le même calme et la même îropaVtialité que s'il s'agissait d'un fait de l'histoire du moyen-àge. Fidèle ao principe que j'ai rois constamment en pratique , je m'abstiendrai le plus possible de citer des noms d'hommes vivants , et de raconter les anecdotes particulières.
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nourris. Dépendants des fabricants, en ce sens qu'ils en recevaient du travail et leurs moyens d'existence , ils n'en étaient nullement maltraités, et n'auraient pu l'être : il y avait des deux parts liberté entière. On ne les considérait point comme une race inférieure et avilie, l'administration et les citoyens des autres classes les traitaient avec de justes égards. Mais depuis plusieurs années les salaires s'étaient progressivement amoindris , et ils étaient tombés si bas que l'ouvrier ne pouvait plus vivre. Son état de gène allait toujours croissant, et rien n'annonçait des temps meilleurs. Quand le commerce a une grande activité , les métiers ne suffisent pas aux demandes: fort rechercbés alors , les ouvriers demandent et obtiennent des augmentations successives du prix de la main-d'œuvre ; mais dés que les commandes diminuent, le fabricant, qui craint d'en* combrer ses magasins d'étofies , sans acheteurs , réduit le nombre des métiers , et , pour continuer à être occupé , l'ouvrier se résigne à une diminution du salaire. Ces vicissitudes de la fabrique ont toujours existé et sont inévitables : l'étoffe vaut plus ou moins , selon qu'elle est plus ou moins demandée ; l'ouvrier est payé bien ou mal, selon que les produits de son travail sont en hausse ou en baisse ; le fabricant met à la façon un prix plus ou moins élevé , suivant celui que lui-même a obtenu du commissionnaire. Telle est la vie intime de l'industrie des étoffes de soie à Lyon.
La febrique se composait ainsi au mois de novembre 1831 : environ trente mille compagnons -ouvriers sans domicile fixe, travaillant tantôt chez un maître , tantôt chez un autre , sans frais et sans loyer à leur charge , et ne recevant que la moitié du prix de la façon; huit mille chefs d'atelier, ouvriers domiciliés, dont chacun est propriétaire de trois ou quatre métiers , rarement plus ; enfin sept cent cinquante fabricants , industriels qui fournissent les matières premières , payent les ouvriers, et courent toutes les chances de la spéculation. Un nombre considérable de métiers chômaient; ceux qui battaient ne rapportaient à l'ouvrier, pour un travail de seize heures , qu'un salaire insuffisant. Sans commandes des conunissionnaires , et de plus en plus pressés par les progrès croissants de la concurrence étrangère , surtout pour le tissage des étoffes unies , les Êibricants se fai-
saient entre eux une guerre inintelligenle , baissaient le prix de leurs étoftes , et , pour ne point être en perte , cherchaient quelquefois à regagner sur le salaire la concession qu'ils faisaient à Tacheteur.
Mais les ouvriers ne pouvaient la supporter, et ils n'avaient pas, comme le fabricant, la possibihté d'attendre des temps meilleurs ; il fallait vivre cependant. L'idée leur était venue plus d'une fois d'obtenir un tarif, c'est-à-dire un minimum du prix des façons ; ils y revinrent, et, pour parvenir à leur but, présentèrent leurs doléances au nouveau préfet du Rhône , M. Bouvier-Dumolard. Le préfet les écouta avec beaucoup d'attention et d'intérêt , trouva leurs réclamations fondées , et invita les fabricants à s'entendre avec les délégués des ouvriers. Plusieurs réunions eurent lieu au mois d'octobre à la Préfecture , sous la présidence de M. Bouvier-Dumolard, en présence de membres de l'administration municipale et de la Chambre de commerce. Après d'assez longs pourparlers , les bases d'un tarif des façons fiirent discutées entre les délégués des ouvriers et ceux des fabricants: pendant ces débats, plusieurs milliers d'ouvriers, venus sans désordre et silencieusement de la Croix-Rousse , encombraient la place et la cour de la Préfecture. Informé de ce rassemblement , M. Bouvier-Dumolard descendit en costume, se mêla aux groupes , et invita les ouvriers à se retirer en paix pendant qu'on délibérait sur leurs intérêts. Les ouvriers obéirent; ils se retirèrent , marchant par longues files , dont les chefs tenaient une baguette à la main. On convint enfin du tarif (c'était le 25 octobre), et le préfet donna connaissance de cette décision aux parties intéressées. Il avait accueilli en quelque sorte officiellement les réclamations des ouvriers : ceux-ci avaient dèslors un droit acquis ; ils reçurent la nouvelle de l'adoption du tarif avec les témoignages de la satisfaction la plus vive.
Mais les fabricants ne forment point une corporation dont les membres sont solidaires les uns pour les autres ; ils ne se regardèrent point comme liés par les engagements de ceux des leurs qui s'étaient portés d'office leurs représentants. Beaucoup pensaient qu'un tarif, immuable de sa nature , ne pouvait s'appliquer à des règlements de salaire nécessairement variables comme les chances commerciales : la plupart refusèrent de Touvragc
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aux métiers. Désappointés par cette détermination , les ouvriers réclamèrent, de la justice de Tadminislration et du Conseil des prud'hommes , l'exécution du tarif librement débattu et consenti : ils se plaignirent avec amertume d'une conduite qu'ils attribuèrent à la rapacité et à la mauvaise foi. Quelques paroles au moins imprudentes , prononcées par deux ou trois fabricants, furent considérées comme l'expression de la pensée de tous , et le tort de quelques-uns fut reproché à la classe entière.
Cependant l'agitation et le malaise de la situation croissaient : assailli par des sollicitations contradictoires , M. Bouvier-Dumolard écrivit au Conseil des prud'hommes que le tarif n'était obligatoire pour personne, et qu'on ne devait le considérer que comme une base pour régler les transactions entre les fabricants et les ouvriers. Le Conseil des prud'hommes n'avait et ne pouvait avoir aucune action contre les infractions au tarif L'exaspération des ouvriers était extrême; leur droit avait été reconnu, et l'on n'en tenait aucun compte. Il y eut une cessation générale de travail à la Croix-Rousse, et de nombreux attroupements se formèrent dans le populeux faubourg : on n'y entendait ni cris ni menaces; la foule ne manifestait aucune pensée de désordre ; elle se bornait à la suspension du travail , malgré sa violente irritation.
C'est dans cette disposition des esprits qu'une revue générale de la garde nationale eut lieu sur la place Bellecour, le dimanche 20 novembre. Beaucoup de chefs d'atelier faisaient partie de la milice citoyenne, et, le fusil au bras, marchaient sous le même drapeau, à côté des fabricants; il n'y eut cependant point de collision , et rien ne fît prévoir les événements du lendemain. Les forces militaires que l'administration avait sous sa main, se composaient de deux bataillons du 66* de ligne , du 12* dragons, d'im bataillon du 1 3* de ligne et de quelques compagnies du génie, en tout deux mille cinq cents hommes environ, aux ordres du lieutenant-général Roguet, brave militaire, mais peu familier avec les localités , perclus de douleurs et en mauvaise intelligence avec le préfet : il n'avait ni le genre de capacité ni le nombre de soldats que les circonstances réclamaient.
On ne s'abusait plus sur la situation inquiétante de la Croix- Rousse : une étincelle pouvait y allimier un dangereux incendie;
la moindre cause suffirait pour rendre hostile cette population exaspérée de vingt mille ouvriers qui s'assemblaient sur la place, et s'animaient de plus en plus au récit de leurs souffrances et de leurs griefs. Un conseil des principaux fonctionnaires et des officiers supérieurs de la garde nationale fut tenu à la Préfecture pour délibérer sur les mesures qu'il convenait de prendre ; malade ou mécontent, le général Roguet n'y vint pas. On décida qu'à la pointe du jour ( lundi 21 novembre ) on placerait un fort détachement de troupes de ligne à la barrière de la Croix- Rousse, point de communication du faubourg avec la ville, et qu'un bataillon de la garde nationale , appuyé par trois cents soldats, occuperait la place et disperserait les rassemblements. Obstiné dans sa sécurité profonde, le maire de la Croix-Rousse ne prit aucune mesure pour maintenir la paix publique.
S m. Lundi 21 novembre , à sept heures du matin , un jour pâle et froid commençait à poindre : trois à quatre cents ouvriers se formèrent en groupes. Quelques-uns d'entre eux allèrent d'atelier en atelier pour s'assurer qu'aucun métier ne battait; tous étaient unanimes dans la volonté d'empêcher le travail jusqu'à ce que le tarif fut reconnu et exécuté. Quelques pensées de résistance plus active se présentaient à leur esprit : chacun d'eux sentait qu'il valait un soldat, et qu'il trouverait dans son courage les moyens de suppléer aux armes et à la science miUtaire; tous enfin étaient bien déterminés à se faire justice eux-mêmes, si l'on persistait à la leur refuser. Le faubourg entier était debout : l'administration fit marcher , pour le soumettre , un peloton de cinquante gardes nationaux qui furent entourés et désarmés en un instant. C'était un commencement de lutte : grand nombre d'ouvriers , allant quatre par quatre , se dirigèrent vers la ville et, descendant la Grand'Côte, rencontrèrent chemin Élisant les grenadiers de la première légion de la garde nationale , qui mon- . talent avec la mission de rétabhr l'ordre; beaucoup de fabricants se trouvaient dans leurs rangs. Quand les deux troupes se trouvèrent face à face , elles s'arrêtèrent menaçantes : aux sonmiations du bataillon , les ouvriers répondirent par des refus énergiques; quelques-uns avaient des fusils et des cartouches. De quel côté partit l'agression ? on l'ignore , mais le feu conwnença :
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une balle blessa un officier à la cuisse; une autre perça Tépaule d'un tambour; quelques ouvriers tombèrent grièvement blessés. Repoussés par une force supérieure, les gardes nationaux firent leur retraite en désordre , et la colonne qui descendait remonta à la Croix-Rousse dans le plus violent état d'excitation.
Son retour est le signal de l'explosion : au même instant, et comme si elle eût été frappée d'une conunotion électrique , toute la population du faubourg court aux armes ; la garde nationale de la Croix-Rousse passe aux insurgés; de fortes barricades s'âèvent à Feutrée de la Grande-Rue, et les ouvriers exaspérés déploient leur drapeau, sur lequel on lit cette devise devenue célèbre : « Vivre en travaillant , ou mourir en combattant. »
A midi' la barrière de la porte de la Croix-Rousse s'ouvre, et les insurgés voient s'avancer au-devant de leurs avant-postes un groupe doré formé du général Ordonneau , du préfet M. Bou- TÎer-DumoIard , en grand uniforme , et de son secrétaire général M. Alexandre. Les ouvriers ne laissent passer que les trois fonctionnaires , les entourent , les retiennent comme otages , et repoussent avec une grêle de tuiles et de projectiles de tout genre le détachement de gardes nationaux et de soldats qui servait d'escorte ; ils ont fait d'importants prisonniers. Répandue avec une grande célérité à la Guillotière, aux Broteaux et dans toute la ville , cette étrange nouvelle donne plus d'activité et de force à l'insurrection. Cependant le préfet se présente sur le balcon de la maison dans laquelle il a été conduit , et adresse des paroles de conciliation aux groupes qui se pressent sous la fenêtre ; mais à peine a-t-il commencé, qu'une fusillade bien nourrie se fait entendre sur plusieurs points. A ce bruit , les ouvriers s'écrient qu'ils sont trahis ; quelques honmies se précipitent sur M. Bouvier-Dumolard, et lui arrachent son épée. Le général Ordonneau est conduit dans la maison d'un ouvrier, qui lui témoigne beaucoup d'égards et lui sauve la vie.
Chargé de tout le poids des événements , le général Roguet s'est fait transporter à l'Hôtel-de-Ville : il donne à la garde nationale l'ordre de se rassembler ; mais douze cents hommes à peine, sur quinze mille, se rendent au lieu qui a été désigné, Mcore ne peut-on compter sur tous. Beaucoup d'officiers se présenitent ; quelques-uns sont menacés : aucune compagnie n'a la
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moitié de ses hommes. S'abandonnant à une inconcevable apathiei grand nombre de citoyens se renferment chez eux, craignant que les ouvriers ne descendent en masse du plateau. Il fallait agir cependant: soixante dragons et un peloton d'artilleurs de la garde nationale gravissent la côte Saint-Sébastien, et parviennent sur la petite place qui en couronne le sommet. Mais ce point est dominé de toutes parts ; ils ne trouvent d'abri sur aucun point , et d'invisibles tirailleurs les blessent et les tuent sans courir aucune chance de représailles. M. Schirmer , associé de M. Dépouilly, est parmi les morts. Toutefois, artilleurs et dragons tiennent pied jusqu'au soir; aux approches de la nuit, l'ordre de battre en retraite* leur est apporté : ils évacuent en silence la place des Bernardines. Pendant ce temps, sollicité avec vivacité de signer l'autorisation de remettre aux délégués des ouvriers quarante mille cartouches et cinq cents gargousses, le préfet s'y refuse obstinément : il rappelle aux insurgés qu'il a toujours été leur défenseur et leur père; il les invite à la modération et au respect de la loi. Menacé quelquefois , il ne reçoit cependant aucun mauvais traitement : on le relâche à huit heures du soir; le général Ordonneau est mis en liberté dans la nuit.
Le général Rogne t fait imprimer pendant la nuit une courte et chaleureuse proclamation qui est distribuée le mardi 22 , de très grand matin : c'est une invitation aux bons citoyens de prendre immédiatement les armes pour la défense de la loi. On entend dans tous les quartiers les tambours battant le rappel ; mais quelques hommes seulement arrivent : impossible de former une seule compagnie ; ces groupes épars ne reçoivent ni ordres ni direction. Des parlementaires envoyés au.x ouvriers sont ou repoussés ou maltraités ; beaucoup de gardes nationaux se réunissent aux insurgés. Quoique augmentée d'un bataillon du 40® , arrivé dans la nuit, la petite garnison est hors d'état de rien entreprendre. Une colonne de soldats du ftO* et du 13*, conduite par un chef de bataillon, essaie d'atteindre le. plateau de la . Croix-Rousse ; harcelée dans sa marche , elle est bientôt arrêtée par une barricade , coupée et mise en pleine déroute.
Inexpugnables chez eux , les ouvriers se précipitent sur la ville, qu'ils ont envahie en quelques instants; ils ne rencontrent nulle
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part de résistance sérieuse , forcent et vident les boutiques d'armuriers, attaquent et chassent les postes, mettent le feu aux pavillons de l'octroi du pont Lafayette et bn\lent les registres. Telle est la terreur qu'ils inspirent , que des détachements entiers de troupes de ligne livrent sans mot dire leurs fusils à des pelotons d'ouvriers sans armes. Une troupe de femmes et d'enfants se jette sur la caserne du Bon-Pasteur, et s'en empare ; tout garde national isolé court un véritable danger, mais les risques sont surtout pour les artilleurs et pour les dragons. Embusqué sur le pont Morand , l'œil en feu , la bouche écumante et les bras ensanglantes , un nègre pousse un cri sauvage et bondit de joie chaque fois que, d'une balle adroitement lancée, il a jeté à bas un soldat ou un cavalier. Deux fortes barricades ont été élevées , l'une aux Pierres-Plantées , et l'autre aux abords de la rue Neyret : postés dans la maison Brunet , d'insaisissables tirailleurs font un feu meurtrier sur la troupe de ligne , assez mal retranchée dans la rue de l'Ânnonciade. Il est à peine dix heures du matin, et déjà l'insurrection est complètement maîtresse des Broleaux , de la Guillotière , de Saint-Just et des trois quarts de la ville. Une batterie établie , par ordre du général Roguet , sur le port Saint-Clair, balaie le pont Morand, mais ne saurait tenir longtemps : à quatre heures du soir, la garnison et le peu de gardes nationaux qui s'y sont ralliés sont refoulés sur rHôtel-dc-Ville et la place des Terreaux ; ils sont maîtres encore du quai Saint- Vincent. Une colonne d'ouvriers , partie de la place des Célestins, se dirige sur l'Hôtel-de-Ville , rencontre dans sa marche un détachement de troupes de ligne encore en station sur la place du Plâtre, reçoit son feu, se détourne et va gagner le quai de Retz par la rue Neuve. La fusillade se fait entendre sur vingt point divers. Menacée et hors d'état de se défendre , la poudrière est au moment de tomber aux mains des insurgés : l'officier qui y commande encloue ses canons , et fait jeter à la rivière une grande quantité de poudre. A sept heures du soir (il est complètement nuit), le combat a cessé.
Un conseil s'assemble à l'Hôtel-de-Vîlle : le comte Roguet , les généraux Fleury et de Saint-Geniès , le préfet , le procureur général, M. Boisset, premier adjoint, et quelques membres du Conseil municipal sont réunis, et délibèrent sur le parti qu'il
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couvient de prendre. On reconnaît à runaniniité que ia défense de l'Hôtel-de-ViUe est impossible , et que la garnison doit fîadre sa retraite au plus tôt par le quai Saint-Clair et se retrancher hors de la ville , dans une forte position sur les hauteurs.
A minuit la retraite commence en bon ordre : le 66*, deux bataillons du 40* et du 1 3' , ce qui reste des dragons et quelques détachements de gardes nationaux se mettent en marche ; quatre pièces de canon sont en avant ; les soldats du UO* forment Tarrière-garde. Impossible d'échapper à la surveillance des insurgés: ils ont Téverl et font feu sur les colonnes, qu'arrêtent un moment trois fortes barricades à l'entrée du faubourg Saint-Clair; mais quelques volées de canon font disparaître ces obstacles, et, se précipitant en masses serrées, les soldats se sont bientôt fait jour , non sans perdre plusieurs hommes : un aide-de-camp du général Fleury est tué. Les ouvriers tirent de toutes les fenêtres du faubourg. Enfin la garnison est parvenue à la Pape et smr les hauteurs de Montessuy ; elle y prend position : les derniers coups de fusil ont été échangés.
Réunis une dernière fois , le préfet , les adjoints au maire et le prociu*eur général rédigent une déclaration dans laquelle ils reconnaissent que les forces de toutes armes ayant quitté Lyon, l'insurrection domine tous les pouvoirs et ne laisse aucune force aux magistrats et aux lois. Un détachement d'insurgés prend immédiatement possession de l'Hôtel-de-Ville.
Les ouvriers sont les maîtres ; ils peuvent tout et ne songent nullement à se venger. Quelques désordres ont lieu dans la maison du café de la Perle et dans la maison voisine : on jette par la fenêtre des meubles qui sont brûlés sur le quai ; mais ces excès n'ont pas de suite. Ce sont les insurgés eux-mêmes qui font la garde auprès des riches magasins des fabricants ; ils contiennent les détenus en pleine révolte de la prison de Roanne , et établissent bientôt des postes aux barrières pour le maintien des droits d'octroi, supprimés pendant quelques heures. Mais quel usage feront les ouvriers de leur victoire ? ils n'ont aucun plan arrêté , et presque tous , en se battant , n'ont pensé qu'au tarif Quelques hommes viennent leur parler de république, de changement du gouvernement ; ils ne les écoutent point , et les désavouent de la manière la plus formelle. Eux-mêmes transportent