‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 110 sur 364 · MALAISE DBS OUVRIERS (1832-1834). XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

MALAISE DBS OUVRIERS (1832-1834). XIX* SIÈCLE

signatures, au taux le plus modéré. Une députation partie de Lyon alla solliciter auprès du ministère des secours en faveur des ouvriers sans travail, et elle les obtint. Ce qui importait par-dessus tout , le point fondamental , c'était de donner de la sécurité et de l'activité au commerce ; les partis politiques ne le permirent pas.

Il s*était fait un changement remarquable dans la situation : d*abord entièrement industrielle, la question tendait à prendre un autre caractère. Organe des opinions avancées, le journal le Précurseur les soutenait avec énergie , conviction et talent; une réunion considérable de négociants, de propriétaires et de citoyens notables de diverses conditions fondèrent une feuille , le Courrier, dont la mission était la défense de la charte constitua tionnelle , de la légalité et de la dynastie de Louis-Philippe. Dans an autre ordre d'idées, un journal créé spécialement pour exciter les passions populaires, travailla au renversement des institutions existantes par le dénigrement systématique des hommes et des choses; un autre fut institué tout exprès pour la classe ouvrière, dont il se chargea d'entretenir et d'exciter les ressentiments. Marchant d'abord sur des lignes parallèles , la question politique et la question industrielle convergeaient \ers un même point, et devaient nécessairement se réunir dans un temps donné. A ces féconds éléments de troubles vinrent s'adjoindre les missions et les banquets patriotiques; Paris envoya fréquemment à Lyon des émissaires qui organisèrent les moyens d'attaque contre le gouvernement de Juillet , dans une ville dont l'immense population euvrière offrait un auxiliaire si puissant. Quelques incidents donnèrent plus d'intensité aux passions politiques : traduits pour des vols et pour des meurtres devant la Cour d'assises . deRiom, plusieurs des combattants de novembre (ce n'étaient point des ouvriers ) reçurent une sorte d'ovation ; c'était nonseulement l'impunité , mais encore une adhésion éclatante qu'ils obtenaient pour leur cause. A chaque instant , et pour les motifs les plus légers , la tranquillité publique était compromise , aujourd'hui par un banquet , demain par les crieurs de journaux ; de continuelles provocations avaient lieu entre les diverses classes de citoyens , et menaçaient chaque jour de conflits sanglants. Une parfaite harmonie entre les chefs supérieurs de l'ad-

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ministration eût été indispensable; elle n'existait point : une mésintelligence profonde , poiur ne rien dire de plus , divisait le préfet et le maire. Les légitimistes de Lyon n'avaient pris aucune part aux troubles de novembre; leur rôle fut honorable : ils ne firent rien pour alimenter Fagitation et pour provoquer la chute du gouvernement établi.

Mais, bien servi par les associations, le parti républicain s'était fortement constitué, et il étendait ses ramifications nonseulement à Lyon , mais encore dans les villes voisines. Tout concourait à donner de la force à l'opinion démocratique; elle débordait le pouvoir, et menaçait de tout entraîner. La Charbonnerie lyonnaise n'avait pas d'organisation solide; elle eut infiniment moins d'influence que la Société des Droits del'honune. Un comité de résistance s'établit et fit une propagande énergique. D'autres associations, celle du Progrès, celle des Amis de la presse , et celle des Hommes libres , marchèrent au même but , malgré de notables divergences dans leurs vues. Cependant les ouvriers en soie échappaient encore , en grande partie du moins, à l'action des radicaux et ne se prononçaient point.

Us avaient aussi une association entièrement industrielle, il est vrai , et fondée dans un esprit de bienfaisance et d'assistance mutuelle; toute discussion sur des matières politiques ou religieuses lui était expressément interdite. Cette société philanthropique et fort bien organisée était divisée en un grand nombre de loges de moins de vingt personnes ; onze loges , désignant chacune deux délégués , constituaient une loge centrale. Composé des présidents de ces loges centrales, un comité avait la direction supérieure de l'institution ; il fut remplacé , vers 1 833 , par un conseil exécutif. Le caractère de l'association changea, lorsqu'elle eut adopté le principe d'une solidarité absolue : quand une plainte adressée par une des loges serait adressée au conseil exécutif, celui-ci , pour arriver au redressement du grief, prononcerait , après délibération , l'interdiction générale du travail. Une conséquence nécessaire de cette prohibition , c'était l'emploi immédiat de mesures coërcitives contre les ouvriers qui maintiendraient leurs métiers en activité. Ainsi constituée , l'association mutuelliste disposait d'une immense force ; en frappant d'interdit cinquante mille ouvriers , elle devenait maltresse de l'indus-

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