JOURNÉES D AVRIL 183^. XIX* SIÈCLE
son rapporteur, M. de Rancé , se prononça contre la proposition qae la Chambre écarta, après avoir entendu MM. Jars, Fulchiron, Thiers , Laboulie et Sauzet. Cette longue discussion remplit les séances jdes 6 et 7 avril 1835. La décision sévère de la Chambre des députés produisit à Lyon une sensation pénible : elle contraria beaucoup le vœu du Gouvernement. M. Thiers avait plaidé la cause lyonnaise avec talent et chaleur; jamais sa parole n'avait eu plus de logique et de clarté. Les Chambres avaient accordé un secours de deux cent cinquante mille francs, et, en 1835, une nouvelle somme de quatre cent mille francs ; le roi donna deux cent cinquante mille francs; une souscription, ouverte à Paris et dans les départements , produisit une somme à peu près égale ; ainsi douze cent mille francs , venus par difl*érentes voies , furent affectés à la réparation des principaux dommages. ^
t. — Mooitear aniversel , 1S34. — La Revue iodépeodante , 1835 , in-S**. — Sala ( Adolphe)» Les Ouvriers de Lyon en 1854. Lyon, 1834, in-8^. — Cour des Pairs, affaire du mois d'avril 1834. Rapport fait à la Cour par M. Girod (de l'Aîo). Paris , de Vimprimeria royale , i834 , 5 vol. in-4o. Le tome deuxième contient les faits particuliers à Lyon. — Blamc (Louis), Histoire de dit ans , 6« édition , in*8o, tome II. — Histoire des insurrections de Lyon en 1831 et en 1834. Lyon, Louis Perrin , 1834 , in-8o.
Imprimé avec précipitation et à trop peu de distance des événements , ce dernier ouvrage doit être considéré moins comme une histoire que comme un recueil de matériaux : il est de plosieurs mains. Son principal auteur , qui ne l'a ni avoué ni désavoué , avait pris les plus grandes précautions pour que l'exactitude des faits laissât le moins possible à désirer ; il communiquait son travail, feuille à feuille, à chacun des principaux fonctionnaires qui ont rempli on rôle pendant les troubles de Lyon. Témoin de la plupart des événements qui ont eu lieu A Lyon en 1831 et en 1834 , acteur à divers litres dans plusieurs , en relation personnelle , soit avec les chefs des administrations , soit avec les chefs des insurgés , écrivant enfin chaque jour l'histoire de la veille , j'étais en position d'être bien informé. Divers rapports militaires m'ont été confiés ; quelques officiers supérieurs , qui s'étaient refusés A toute cominunication écrite , me donnèrent verbalement des renseignements confidentiels. Enfin M. le lieutenant-général Aymard m'adressa un précis de ses opérations militaires. L'Histoire des insurrections de Lyon a été entièrement refondue dans l'ouvrage suivant i
Code moral des ouvriers , ou Traité des devoirs et des droits des classes laborieuses ; ontrage qui a remporté le prix mis au concours par l'Académie royale de Ntmes , et un prix MoDthyon décerné par l'Académie française. Lyon , Dtimoulin , 1836, in-8o. La Bibliothèque du Palais des Arts possède un exemplaire de cet ouvrage , précieux par les nombreux autographes qui y ont été réunis comme pièces justificatives ; ce sont soixante-quinze notes de la main de M. de Gasparin , alors préfet du Rhône , et de nombreuses lettres. La quatrième partie du Code moral des ouvriers contient de curieuses anecdotes sur la double insurrection , tontes les proclamations officielles des administrations de la préfecture et de l'Hôtcl-de- Ville , celles du parti démocratique, un précis de la discussion qui eut lieu sur la question de l'in* demnité devant la Chambre des députés, les discours des accusés, prononcés devant la Chambre
1186 XlX^ SIÈCLE. LYON SOUS LOUIS-PHILIPPE.
Un fléau non moins terrible que la guerre civile menaça la ville en 1835 : le choléra avait fait d'horribles ravages à Paris, et marchait sur Lyon comme par étapes. Il y était attendu d'un jour à Tautre^et extrêmement redouté : quel mal ne ferait-il pas dans une cité dont tant de rues sont privées d'air et de lumière , et parmi une population immense qu'attaquent déjà tant d*éléments d'insalubrité ? On se ferait difficilement une idée de la consternation des Lyonnais de toutes les classes; beaucoup partirent , mais où fuir? Le choléra décimait le Midi, et sévissait à Marseille avec une fureur inouïe ; il tuait de quatre à cinq cents personnes par jour; telle était la quantité des malades, que le nombre des médecins de cette ville devint insuffisant. Le préfet des Bouchesdu-Rhône demanda des secours à son collègue , M. Rivet ; à la première invitation , quatre docteurs en médecine et dix-huit élèves partirent de Lyon pour Marseille, et s'enfermèrent dans cette cité jusqu'à ce que la contagion y eût cessé K Pendant ce temps l'administration municipale se mettait en mesure de secourir les malades, si l'épidémie venait à se montrer : elle organisa une intendance sanitaire , désigna des ambulances, et fît de grands approvisionnements en objets divers pour le service des infirmeries. Heureusement ces craintes furent vaines ; pas un seul cas de choléra n'apparut à Lyon, et toutefois l'épidémie avait frappé plusieurs petites villes à peu de distance sur le littoral du Rhône.
Lyon s'était enfin remis des émotions qu'il avait éprouvées , et ne se souvenait plus , soit des émeutes , soit du choléra, lorsque l'arrivée du duc d'Orléans , au retour d'une campagne brillante dans l'Algérie, fiit annoncée officiellement. Une somme de 25,000 fr. , destinée à faire face aux dépenses de la réception que la ville préparait au prince royal , fiit votée par le Conseil municipal; on préleva 2,500 fr. pour faire l'acquisition de cinq cents livrets de la Caisse d'épargne , destinés aux en&nts pauvres des écoles ; on délivra les prisonniers pour dettes avec les
des pairs , de nombreuses pièces officielles et justificatives relatives aux journées d*avril , l'arrêt rendu par la Cour des Pairs , et enfiu de nombreuses anecdotes dont la plupart me sont personnelles , mais quej*aicru devoir écarter d'une histoire générale.
1. — Rapport sur le choléra de Marseille en 1835 , adressé à M. Rivet , préfet du Rhône , par le président de la Commission Ijonnaise.- Lyoti , imprimerie de Ditmoulin , iWi, io-S**.
LE DUC D*OBLÉANS A LYON. XIX* SIÈCLE. il 87
fonds affectés à cet usage par la libéralité du major-général Martin. Le lieutenant-général commandant de la division , et le préfet du Rhône , reçurent le duc d'Orléans à Feutrée du faubourg de la Guillotière , et le conduisirent à Thôtel de l'Europe : c'était le 19 novembre 1839. Il y eut, dans la soirée, réception des autorités constituées; beaucoup de discours fiirent prononcés. Le prince répondit, comme à l'ordinaire, avec une présence d'esprit et une convenance parfaites. Il visita , les jours suivants , les hôpitaux civils et militaires, et assista, au palais Saint-Pierre, à la distribution des médailles décernées aux industriels lyonnais ^ à l'occasion de l'exposition dernière. Le prince remarqua dans le cabinet de M. Bonnefond , directeur de l'Ecole , un tableau dont il fît l'acquisition : <c II faut bien, dit-il, que je porte à la « duchesse un souvenir de Lyon; je ne puis rien lui offrir de w plus joli que cet ouvrage. » Il y eut à une heure, sur. la place de Bellecour, une revue de six régiments d'infanterie , du régiment de chasseurs en garnison à Vienne, et d'une artillerie noral>reuse ; il y avait sous les armes douze mille hommes , perdus en quelque sorte dans une masse compacte de cinquante mille spectateurs. Le maire de Lyon donna le soir un bal superbe au prince , dans les beaux appartements de THôtel-de- Ville; trois mille personnes avaient été invitées. Cette fête fut très brillante ; bienveillant et gracieux conmoie toujours, le prince allait de groupe en groupe et causait beaucoup. Il se rendit , le 21 , au Collège royal , où l'attendaient impatiemment les sept cents élèves de l'établissement, et partit bientôt après pour Paris, après avoir laissé au maire 20,000 francs pour les bureaux de bienfaisance , les salles d'asile et la maison du refuge. Lyon ne devait plus revoir cet excellent prince , si aimé et si digne de l'être.
Un fléau périodique en quelque sorte à Lyon , et souvent . mentionné dans son histoire , le débordement du Rhône et de la Saône, fît une apparition extraordinaire pendant les premiers jours du mois de novembre 18<i0. Des pluies abondantes et continuelles étaient tombées pendant les cinq derniers jours d'octobre; en une semaine le sol reçut trente-deux centimètres quatre millimètres d'eau , c'est-à-dire autant que dans un espace de sept mois pendant les temps ordinaires. On s'aperçut, le 80 octobre, d'une crue rapide du Rhône subitement enflé par ses
affluents devenus des torrents énormes. Tous les quais accessibles, le bas- port et la partie déprimée de la Guillotière, le quartier de la Ba^seville et la plaine des Broteaux fiirent submergés. Les eaux continuèrent à s'élever; elles atteignirent le niveau de la digue des Gharpennes, qui se rompit avec fracas sur une longueur de plus de cent mètres : une immense inondation eut lieu aussitôt dans la plaine ; elle entraîna quelques maisons. Son invasion fut tellement subite que quatre artilleurs, surpris dans leur fuite , eurent à peine le temps de se réfiigier sur le toit d'une maison bientôt cernée par le fleuve ; ils passèrent six heures d'angoisses dans cette position critique. Des courants se formèrent en sens divers et labourèrent profondément le sol ; en moins d'une heure , le Rhône avait crû de deux mètres ; le 31, à huit heures du matin, il atteignit sa plus grande hauteur, celle de 1812. On communiquait par des bateaux avec les habitants des maisons isolées. Les forts de la rive gauche du Rhône sont complètement enveloppés , le quartier de la Mouche est submergé , et il y a sur quelques points deux mètres cinquante centimètres d'eau. La digue de la Vitriolerie se rompt en aval; la brèche est de cinquante mètres : elle livre passage à un torrent profond, qui se précipite sur Béchevelin et en balaie toutes les maisons. Il y a beaucoup d'eau sur les quais Saint-Clair , de Retz et du Bon-Rencontre; il y en a dans la rue de l'Hôpital et dans la rue du Pérat : elle entre dans l'église de la Charité , et monte jusqu'à la hauteur de la table de la communion ; enfin , à cinq heures du soir, le Rhône cesse de croître, et commence, mais lentement , son mouvement de retraite.
Il pleut toujours; le 1" novembre, on commence à s'apercevoir que la Saône est fort grosse , et des avis alarmants , venus de Mâcon et de Chàlon , annoncent une crue extraordinaire. Bientôt la rivière débordée couvre les quais de sa rive droite , submerge en totalité le plan de Vaise, intercepte la route à Saint-Rambert et se montre sur le quai de la Baleine. Le lundi 2 novembre , elle a envahi le quai de la Douane et chassé le poste du quai des Célestins : elle pénètre sur la place , gagne la rue Mercière, et occupe les quais de Bondy et de la PeyroUerie, ainsi que les rues du Bessard et des Prêtres. Â cinq heures du soir, de grands désastres commencent à Vaise : un nombre con-