‹ Histoire de la ville de LyonChapitre 118 sur 364 · TRAVAUX PUBLICS; QUAIS. XIY^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

TRAVAUX PUBLICS; QUAIS. XIY^ SIÈCLE

chement d'infanlerie qui avait tiré les feux étoiles prit la même direction, s'engagea sur le vieux pont, si étroit, comme on sait, et augmenta Tencombrement. Un temps d'arrêt eut lieu parmi la multitude qui se heurtait en sens contraire ; quelques personnes tombèrent : des cris horribles se firent entendre , et en quelques minutes le mal fut consommé. On transporta huit cadavres chez le pharmacien voisin de la place du Change; il y eut dix morts en tout. Un homme d'une haute taille s'était baissé pour relever un enfant foulé aux pieds ; renversé lui-même , il périt étoufie : quelques personnes n'échappèrent qu'en sautant sur le pont de service placé le long du parapet. Cet accident avait été si prompt, cpi'on l'ignorait à quelques pas du théâtre de la catastrophe ; il produisit dans la ville une sensation douloureuse. Quelques mois après , le 2U août , un malheur d'un autre genre eut lieu presque au même point. Des fusées , lancées du coteau de la Croix-Rousse , tombèrent sur deux énormes bateaux de foin et y mirent le feu; il n'y eut bientôt aucun moyen de se rendre maître de l'incendie. On parvint à retenir un des bateaux ; abandonné au coiu*ant , l'autre descendit la rivière , éclairant les deux rives et la foule de ses vives flammes : c'était un dimanche, à neuf heures du soir. Ce bateau traversa les deux passerelles sans s'y heurter, s'arrêta quelques moments sous l'arche orientale du pont de Nemours , alors embarrassée de ses cintres, mit le feu à l'énorme charpente , et vint échouer, brûlant toujours , au milieu de la Saône , vers le pont Seguin. Ce fut un curieux spectacle que l'incendie de l'arche du pont de Nemours : calcinées à une grande profondeur , les pierres du cintre ne présentaient plus un degré de solidité suffisante ; il fallut reconstruire toute la voûte et une partie de la pile.

Malgré ce retard, les travaux furent bientôt terminés; deux années suffirent pour l'achèvement d'un des plus beaux édifices de la ville. Composé de six grandes arches et de deux petites arches de hallage très larges , comme le demandait l'active circulation entre les deux rives , et parfaitement construit , le pont de Nemours a un caractère vraiment monumental. Ses trottoirs sont d'un parcours très commode , de hauts parapets et de nombreux candélabres à gaz les décorent; quand les maisons qui surchargent Textrémité orientale du vieux pont auront disparu

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( leur démolition sera complète dans quelques jours) , la première arche sera liée au quai Villeroi considérablement élargi , et le pont de Nemours entièrement terminé paraîtra d'un aspect plus grandiose encore. On met aujourd'hui à profit la démolition du vieux pont , pour faire sauter une partie des roches qui obstruent sur ce point le lit de la rivière et gênent la navigation. Le pont de Nemours a été livré à la circulation an commencement de Tannée 1 846.

On avait rétabli depuis quelques années le tablier du pont Seguin , emporté par les eaux en 1840; mais il y avait à réparer un désastre bien plus considérable , causé par l'inondation, celui du pont de la Mulatière. Une simple restauration des arches emportées ne parut pas suffisante ; elles avaient été mal construites : on prit le parti de bâtir un nouveau pont beaucoup mieux disposé pour les besoins de la navigation et pour le double service , par des voies distinctes , des passants et du chemin de fer. Ses piles sont en pierres de taille , le tablier repose sur des cintres en fer : c'est un monument magnifique ; il a été terminé pendant les derniers mois de l'année qui vient de finir. Si nous remontons le Rhône, nous rencontrerons le pont de la Guillotière, élargi en 1835, au moyen de cintres en fonte établis sur les éperons des arches; les trottoirs ont de chaque côté deux mètres de largeur. Quoique ce placage ait été fort bien exécuté , on doit regretter que le pont n'ait pas été entièrement reconstruit en pierres de taille et dans des conditions meilleures. D'autres ponts ont été bâtis sur le Rhône depuis i 830 ; j'indiquerai celui de l'Hôtel-Dieu, l'élégante passerelle du Collège', et le pont Louis-Philippe, auprès de la barrière Saint-Clair-. Si je n'ai point parlé des ponts qui doivent être placés sur le Rhône

1. — Cette passerelle était à peu prés termince le 7 décembre 1844; on soumellait le tablier aux épreuves ordinaires , en le chargeant de sable , lorsqu'à quatre heures du soir ce tablier ce précipita dans le Rhôue avec un horrible fracas , entraînant dans sa chute vingtcinq ouvriers. Deux de ces malheureux parvinrent à se réfugier sur un banc de graviers au milieu du Rhône ; un autre se cramponna h un bateau k laver ; plusieurs eurent la force de gagner la rive à la nage ; huit furent nojés. Desbatelets accoururent aux cris des autres.

S. — Le pont Louia^Philippc a été livré à la circulation en 1846 ; comme les autres passerelles sur le Rhône , il appartient au sj^stème des ponts suspendus : sa construction est fort élégante.

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et sar la Saône dans Taxe du cours du Midi, c'est qu'ils se rattachent maintenant au système des travaux du chemin de fer de Paris à Marseille par Lyon; les travaux sont commencés ^ D'autres considérations ont fait ajourner la concession du pont en projet dans Taxe du cours Suchet et de la rue Sala.

S III. Il y aurait en efiet imprudence à rien changer au périmètre de la presqu'ile de Perrache , en ce qui concerne de nouvelles voies de communication au travers des deux fleuves, avant la construction du grand débarcadère : Perrache , on Ta vu, est appelé à un bel avenir. Les travaux des remblais ont été conduits avec une grande activité ; un hippodrome a été établi dans la partie Nord , et entouré d'une plantation d'arbres. Les courses de chevaux qui ont lieu dans cette vaste enceinte à l'occasion de la fête du roi Louis-PhiUppe , au mois de mai, plaisent beaucoup à la population lyonnaise qui s'y porte avec le plus vif empressement. On a terminé complètement, depuis quelques années , la digue de ceinture de la Saône , depuis l'extrémité du cours du Midi jusqu'au pont de la Mulatière , en regard de l'ancien chemin des Etroits. Ou rencontre dans cet alignement de beaux monuments de construction récente , l'Entrepôt des liquides et son bas-port , l'Arsenal qu'un autre bas-port complétera bientôt, et de très grandes usines. Au Midi et à l'Est , le maire de Lyon est parvenu à supprimer l'incommode et insalubre febrique d'acides sulfurique et chlorhydrique , en traitant de gré à gré avec le propriétaire; elle a cessé depuis le l®*" janvier 18^7 d'infecter la chaussée , dont ses émanations corrosives avaient brûlé en très grande partie les beaux peupliers. Ces arbres ont été remplacés par des candélabres à gaz , dont l'éclairage produit le soir un très bel efi*et , vu surtout des hauteurs d'OulUns. Cette ligne de la presqu'île présente aussi quelques monuments nouveaux dignes d'attention, le débarcadère dn chemin de fer de Saint-Etienne et l'abattoir : celui-ci mérite une mention particulière.

On voyait , il y a quelques années, dans l'intérieur de la ville, quatre boucheries : celle de l'Hôpital , placée dans la partie Nord du bâtiment de l'Hôtel- Dieu, depuis la Grande-Rue jusqu'au

t* — La l'uustnictioii d'un «io cvn iioiiU, celui du RiiAnc, tient d'étro commencée (ao A t 1847).

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quai ; celle des Terreaux , siluée à la place des Carmes y depuis la rue Lanterne jusqu'au quai de Saône ; celle de Saint-Paul, et celle de Saint-George : auprès de ces tueries se trouvaient des accessoires infects , tels que des triperies et divers dépôts de matières animales à Fétat frais. On rencontrait à toutes les heures du jour , dans les rues les plus fréquentées , des troupeaux de bœufs et de moutons qu'on amenait aux bouchers ; le sang des animaux égorgés ruisselait sur la voie publique, et fatiguait également la vue et l'odorat des passants. Il arrivait quelquefois que des bœufs s'échappaient des caves dans lesquelles on les avait conduits pour les mettre à mort , et portaient partout sur leur passage le trouble et l'effroi. De toutes ces boucheries, la plus mal placée était sans contredit celle de l'Hôpital : situé auprès de salles de malades, dont l'atmosphère ne saurait jamais être assez pure, ce cloaque hideux était cependant une voie de communication obligée el très fréquentée ; on ne pouvait s'y engager sans avoir malgré soi le spectacle de bœufs tombant sous le maillet , ou de moutons se débattant sous le couteau. On aura peine à croire que cette abominable boucherie a subsisté jusqu'à nos jours, au mépris de toutes les règles de l'hygiène ; enfin elle s'est transformée en une galerie monumentale , longue de cent vingt-six mètres , large de sept et plus, couverte d'un toit vitré à une hauteur de quinze mètres , revêtue d'une couche de bitume et décorée par deux rangs d élégantes boutiques. Un lieu d'horreur s'est changé en une promenade couverte, très commode pour le quartier populeux de l'Hôpital, et d'un effet magnifique , surtout le soir, lorsqu'elle est illuminée par ses nombreux becs de gaz. Quand cette métamorphose s'est opérée , la ville avait fait construire l'abattoir de Perrache sur les plans de M. Louis Dupasquier, architecte, qui tira un bon parti de l'espace un peu trop resserré qu'on avait mis à sa disposition. Votés en 1837, les travaux furent entièrement terminés en 1840; peu d'améliorations étaient plus urgentes. Devenu insuffisant, l'abattoir sera incessamment agrandi et complété par rétablissement d'un marché aux bestiaux. D'autres édifices sont promis à la presqu'île Perrache : elle aura un grand marché et une église, celle de Sainte-BIandine ; il sera question autre part du débarcadère.

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