ÉCLAIRAGE AU GAZ. — XIX' SIÊCLK
De toutes les usines de la Presqu'île, la plus iuiportaute est celle du gaz pour l'éclairage. En 1834, six cent quarante-cinq réverbères clair -semés projetaient sur notre sol leur clarté rougeàtre et douteuse; aujourd'hui le gaz, jaillissant en gerbes de ses mille tuyaux , éclaire Lyon pendant la nuit d'une vive lumière. C'est en 1836 que h Société anonyme pour cette belle opération industrielle obtint l'autorisation royale; il y eut peu de tâtonnements , et l'entreprise marcha bien presque dès son début : des expériences faites avec le plus grand soin avaient constaté préalablement la haute supériorité de l'éclairage au gaz carboné sur l'éclairage à l'huile. La ville fit un traité avec la Compagnie au mois de janvier J84i; elle ne stipula d'abord que pour les quartiers principaux : les quartiers extrêmes de Perrache, de Saint-Just et de Pierre-Scise , ainsi qu'une partie considérable du Nord de la ville, continuèrent à se servir de becs à huile , contraste choquant et qui ne pouvait être maintenu. En vertu d'un traité nouveau, signé le 10 décembre 1846, tous ces quartiers seront éclairés au gaz sur un développement de trente mille mètres : la ville s'est expressément réservé le droit d'introduire cet éclairage dans toutes les rues , impasses et autres voies publiques dont l'indication aurait été omise. Cette mesure sera mise incessamment à exécution , et dans le courant de la prochaine année les cent soixante-seize réverbères encore existants auront pour jamais disparu. Il y avait dans Lyon , en 1843, huit mille deux cent quarante-trois becs de gaz, on en comptait neuf mille huit cents au mois d'octobre 1846; il y en a bien certainement dix mille aujourd'hui. Le prix stipulé par la ville pour son éclairage dans l'intérieur de la ville, est de deux centimes et demi par bec et par heure ; il s'élève à trois centimes trois quarts pour les quartiers désignés par le traité supplémentaire. Lyon a changé d'aspect pendant la nuit depuis le nouveau système d'éclairage ; le gaz qui brûle dans ses rues est fort brillant, mais l'art de Tcpurer fera bien certainement des progrès encore.
$ IV. Beaucoup de restaurations d'édifices publics ont été faites à Lyon depuis 1830 ; j'ai indiqué ailleurs celle du Grand-Théâtre, devenu maintenant plus commode, et qui contient un plus grand nombre de places, avantage balancé , il est vrai , par l'in-
convénient de raltération qu'a subie le caractère priiuilif du monument. Le théâtre secondaire est toujours à reconstruire : un incendie terrible consuma, dans la nuit du 11 décembre iS&O , celai qui avait été élevé sur la place de la Préfecture , et menaça les édifices voisins ; mobilier, décors , machines et loges , tout fut dévoré par le feu en quelques heures. On peut tirer difficilement parti de la salle actuelle des Célestins; elle est indigne d'une ville comme Lyon. Des travaux considérables , terminés à peine, ont été exécutés au Palais des Arts : minées par des fîltrations d'eau, les galeries ont été restaurées et consolidées; une élégante balustrade en pierre a remplacé , dans tout leur pourtour, un balcon délabré en fer ; des copies , en plâtre , des bas-reliefs du Parthénon décorent les parois intérieures de la grande cour; enfin, toutes les faces extérieures et intérieures de cet édifice ont été réparées et mises dans un état convenable. Les églises n'ont point été oubliées : on a continué avec activité les importants travaux commencés à la façade de Saint-Nizier , pour la compléter dans toutes ses parties. Les églises de Saint -Paul, de Saint- George, de Saint-Bonaventure, de Saint-Bruno, de Saint-François et de Saint-Just , ont reçu de grandes restaurations. On entreprendra incessamment la régénération de l'église d'Ainay , qui prendra rang parmi nos monuments les plus beaux. Une église nouvelle a été construite aux Broteaux ; celle de Sainte- Blandine, à Perrache, le sera bientôt. Hors de la ville, celle d'Ecully mérite une mention particulière; elle a été construite avec beaucoup d'intelligence et de goût. Le cimetière de Loyasse a été récemment agrandi ; ce musée funéraire moderne s'est peuplé de monuments d'un très bon style.
Ainsi , d'immenses travaux publics ont été exécutés à Lyon depuis 1830; il reste beaucoup à faire encore. On ne peut conserver l'hôtel de la Préfecture au lieu qu'il occupe actuellement : il est incommode, mal distribué, d'un aspect peu agréable; de toutes parts dominé, son jardin ne peut servir de promenade, et entretient une humidité nuisible. Ce vaste emplacement a une valeur très considérable : son prix de vente couvrirait et au-delà toutes les dépenses d'acquisition d'un autre sol et de construction d'un hôtel nouveau. Il n'y aurait qu'une maison à démolir pour ouvrir, au travers de ce terrain précieux , une large me de
AMÉUOBATlOIfS A FAIRE. Xl\^ SIÈCLE. iijl7
la place de la Préfecture à la place de Bellecour. Mêmes obser* vations pour le séminaire , dbnt d'impérieuses convenances demandent le déplacement ; on a proposé divers projets pour une distribution des terrains que l'institution occupe actuellement : celui de M. Gassini parait avoir les sympathies du Conseil municipal. Une petite place , ménagée au bas de la Groix-Pàquet, ser^ virait de point de départ à une rue tracée en lacet au milieu du clos; elle communiquerait par une pente douce, d'une part avec la rue du Commerce , de l'autre avec la rue des Capucins.
Tout ce côté Nord de la ville, et surtout le plateau qui domine la Saône , attend de grandes améliorations ; il a été oublié. On rencontre peu de voies de communication convenables depuis la place des Bernardines jusqu'au quai Sainte-Marie-des-Chaines; on s'est borné à sillonner ces coteaux abruptes par quelques chemins fort étroits. Il est question d'ouvrir sur cette colline déshéritée un cours qui , partant du clos Gonin , suivrait les contours principaux des rochers et descendrait sur le quai) non loin du bâtiment de la Manutention des vivres ; le terrain - est tellement accidenté , que la promenade serait fort pittores^ que : on s'occupe beaucoup de ce projet. Il en est un autre dont l'exécution donnerait à Lyon, de ce côté, un embellisse^ ment singulier : c'est celui de la construction d'un pont suspendu, du coteau des Chartreux au coteau de Founière , par-dessus le quai de Sainte-Marie-des-Chaines, la Saône et le quai de Bourgneuf; il rappellerait le pont de la Caille en Savoie et le célèbre pont de Fribourg, construits par un Lyonnais, M. Chanet : le point de vue de ce pont aérien serait admirable. Je parlerai bien-^ tôt de l'insuffisance des hôpitaux et de la nécessité d'en construire de nouveaux à la Croix-Rousse , à la Guillotière et à Vaise.
Le joli marché couvert de la Martinière invite à doter les principaux quartiers de la ville d'édifices analogues. Les facultés des sciences et des lettres n'ont point un logement digne d'elles; il ùmi un nouvel Observatoire, bâti sur une de nos collines; enfin Lyon, ville de commerce , n'a point de Bourse, et en veut une : ses agents de change et la Chambre de commerce occupent au Palais des Arts un emplacement dont l'Ecole et les Musées auraient grand besoin. On transportera sans doute un jour au Jardin-des-Plantes, dans un bàthnent dont la caserne de la rue
Neyret est remplacement naturel , le cabinet de géologie et les collections de minéraux , translation qui serait d'un immense avantage pour la bibliothèque du Palais des Arts , dont le développement a été si rapide. La place de Bellecour attend une régénération complète ; ses arbres tombent de vétusté, elle n'est plus une promenade. On ne saurait bien longtemps maintenir un amphithéâtre de dissection et FEcole de médecine dans les bâtiments de THôtel-Dieu, déjà insuffisants pour leur destination ; cet autre déplacement est dans la pensée du Conseil général des Hospices. Le Tribunal de commerce est mal logé; la Douane est à Tétroit dans des ruines. Il faut au quartier des Gélestins non-seulement un théâtre construit à neuf de fond en comble, mais encore d'autres voies de communication; il faut à la Bibliothèque de la ville un escalier qui en facilite l'accès au public. J'ai parlé autre part de la rue Centrale et des fâcheuses lacunes que présentent les quais; mais je n'ai rien dit encore du projet important de rectification du Chemin-Neuf, si désiré par le quartier de l'Ouest, ni de la démolition du vieux rempart du cloître de Saint-Jean : ainsi , le génie de nos architectes trouvera fréquemment encore l'occasion de se produire. Les Broteaux éprouvent une transformation totale; ce quartier est devenu magnifique. Quant à la Guillotière, dont le développement est vraiment extraordinaire , peu de villes l'égaleraient , si les plans qui ont été proposés pour son embellissement recevaient leur exécution. *
$ V. Eaux de Lyon. Malgré le voisinage immédiat d'un fleuve et d'une rivière , Lyon manque d'eau pour ses usages domestiques, et cependant aucune grande cité n'en réclame avec plus d'instance. Ce qui ajoute à cette singularité fâcheuse, c'est qn^auprès de la ville et sur plusieurs points de son périmètre jaiUissent des sources intarissables d'une eau excellente. Il en faut beaucoup pour la boisson d'une agglomération de deux cent mille habitants ; le service des ménages en consomme une quantité très grande , il en faut deç quantités considérables pour le service des bains, des ateUers, pour le nettoiement des
1. — Crépbt (Chriitophe), Notice historique et topographique sur la ville de la Guillotière. Lyon, MarU aine , 4845, graod in-4*, fig.